La natation, premier sport à faire une place aux athlètes trans? Oui, c'est acté et validé par Husain Al-Musallam, président de la Fédération internationale de natation (Fina). Une avancée significative, comme un premier pas vers le progrès.
Al-Musallam se félicite et déclare que «cette nouvelle politique d'inclusion du genre entre en vigueur le 20 juin 2022». Problème: votée à 71% lors d'un congrès de 152 membres, cette catégorie, derrière son apparente ouverture, cacherait selon les défenseurs de la cause, un bannissement des athlètes transgenres.
Le problème a été soulevé mi-mars, quand une athlète de 22 ans a claqué une victoire dans le bassin accueillant les championnats universitaires de l'Ivy League d'Atlanta. Lia Thomas est née homme avant de faire sa transition. Ses détracteurs expliquent qu'elle profite d'un avantage physiologique certain. La première femme transgenre à glaner un titre universitaire a fait froncer beaucoup de sourcils.
C'est pourquoi, et sûrement après cet événement, la fédération devait agir pour éteindre l'incendie. Problème, cette dite avancée a rallumé un autre incendie. Plusieurs voix se sont élevées pour parler d'exclusion.
Dans le cadre des règles annoncées, la compétition masculine serait ouverte à tous. En revanche, les athlètes nés hommes et ayant transitionnés femmes ne pourront pas concourir dans les catégories féminines de la Fina.
L'éternel problème du changement de sexe (spécialement dans un sens) revient sans cesse sur le tapis. Biologiquement, Lia détient «un avantage injuste», selon Nancy Hogshead-Makar, médaillée d'or olympique en 1984. Autre discours dans ce sens, celui de Sebastien Coe, le président de World Athletics, qui se grattait l'arrière du crâne à propos de la présence d'athlètes transgenres dans le Times. Il expliquait que leur présence «fragiliserait l'intégrité et l'avenir du sport féminin».
Une sujet brûlant qui anime les débats tant dans les milieux sportifs que politiques. Bien que concernées, les associations en Suisse ont souvent refusé de nous répondre, voire tout simplement évité nos nombreuses sollicitations. Pourquoi ce silence? En «off», l'une d'elles s'est exprimée franchement, expliquant que cette catégorie ouverte est une décision compréhensible, qu'«un corps d'homme, même après la transition et les hormones, reste un corps d'homme».
Alors qu'en France, les associations n'ont pas hésité à monter aux barricades, ciblant la recherche scientifique qui «contribue à l’exclusion des femmes trans dans le sport». Elles évoquent «une décision scandaleuse et violemment discriminatoire». Une politique réactionnaire est déplorée par les milieux trans*, si bien que la décision dite révolutionnaire par la Fina pousse ces associations à demander l'abrogation pure et simple de cette nouvelle règle.
Lynn Bertholet, présidente de l'association ÉPICÈNE à Genève, nous confie que le problème est délicat, en s'attardant sur l'exemple de Lia Thomas.
Pour la présidente, il est important de faire la différence avec des athlètes qui ont fait leur transition avant leur puberté: «Ces personnes peuvent concourir dans les mêmes catégories du genre ressenti, décrit Lynn Bertholet, elles n'ont pas les mêmes avantages d'une transition post-puberté.»
La fondatrice de l'association genevoise explique que Lia Thomas possède des avantages grâce (ou à cause) de sa transition post-puberté.
Un vrai casse-tête pour les associations et les fédérations. Il y a un équilibre à trouver, «une balance entre équité et inclusion», comme le souligne Lynn Bertholet. Mais cette inclusion a du plomb dans l'aile dans les associations sportives. A la question de savoir si la fédération nationale de natation suisse (Swiss Swimming) avait déjà cherché à les contacter, elle répond: «Non. C'est un peu dommage, nous sommes oubliés. Le sport est important pour nous, même si nous avons des problèmes plus importants à gérer.» Le problème risque encore de faire couleur beaucoup d'encre dans les bassins.