Sport
Politique

Sport: les fascistes se radicalisent dans les Active Clubs

Les suprémacistes blancs prônent la virilité, la rigueur et la fraternité: des valeurs qu'ils peuvent vivre à travers le sport.
Les suprémacistes blancs prônent la virilité, la rigueur et la fraternité: des valeurs qu'ils peuvent vivre à travers le sport. image: the conversation/watson

Les fachos se radicalisent dans des clubs sportifs

Les suprémacistes blancs vivent leurs valeurs à travers la construction de leur corps. Ils le font dans des lieux aussi discrets que dangereux: les Active Clubs.
21.12.2025, 07:1721.12.2025, 07:17
Frédérick Nadeau / the conversation
Un article de The Conversation
The Conversation

Sur les réseaux sociaux, des photos de jeunes hommes torse nu, bras croisés devant des drapeaux aux symboles runiques ou celtiques, se multiplient. Ces images ne viennent pas de clubs de sport ordinaires: elles montrent un réseau d'extrême droite transnational, les Active Clubs.

Derrière l'apparence anodine du fitness et des appels à devenir «la meilleure version de soi-même», ces groupes mêlent camaraderie virile, nationalisme blanc et discours accélérationnistes. Leur credo: se forger un corps fort et discipliné pour préparer une guerre raciale et participer à la «reconquête» de la civilisation occidentale.

Un exemple avec l'Aktivklubb Sverige, en Suède.
Un exemple avec l'Aktivklubb Sverige, en Suède. image: capture d'écran x

Notre analyse s'appuie sur un corpus de 1 000 publications provenant de chaînes Telegram liées aux Active Clubs, ainsi que sur des ressources médiatiques internes au mouvement.

Le corps, symbole d'ordre moral et racial

Les Active Clubs sont nés aux Etats-Unis, inspirés par le Rise Above Movement, fondé en 2017 par Robert Rundo, militant néonazi californien. Exilé en Roumanie, Rundo a imaginé une constellation de clubs locaux et décentralisés dont le principe est simple: remplacer les grandes organisations hiérarchiques par des cellules autonomes, plus difficiles à réprimer, où la pratique sportive devient un outil de radicalisation.

Aujourd'hui, on retrouve des chapitres au Canada, en Europe et jusqu'en Australie. Selon l'organisation américaine Global Project Against Hate and Extremism, leur nombre aurait augmenté de 25 % depuis 2023 (187 clubs, dans 27 pays).

En s'entraînant ensemble, les membres développent une solidarité fondée sur l'effort, la discipline et la loyauté, des valeurs phares de l'idéologie fasciste. Le corps musclé, endurant, prêt au combat devient le symbole d'un ordre moral et racial à restaurer.

Le philosophe et écrivain d’extrême droite italien Julius Evola mis en avant par les Active Clubs.
Le philosophe et écrivain d’extrême droite italien Julius Evola mis en avant par les Active Clubs. image: telegram

Inspirée par la pensée «accélérationniste» – une idéologie qui appelle à provoquer, voire à précipiter l'effondrement de la société libérale pour permettre la «renaissance» d'une civilisation blanche –, cette vision se traduit dans des milliers de publications diffusées sur des applications de messagerie sécurisée comme Telegram. Les vidéos, images et symboles partagés créent une culture visuelle unifiée: celle d'un nationalisme blanc 3.0, globalisé et esthétiquement séduisant.

Au Canada, certains membres des Active Clubs ont été liés à des organisations désignées terroristes comme AtomWaffen Division (AWD). Après la condamnation de son propagandiste Patrick Gordon MacDonald en 2025, plusieurs sympathisants d'AWD se sont réorientés vers les Active Clubs.

Rigueur, virilité et fraternité

Les publications des Active Clubs montrent souvent des entraînements collectifs, des randonnées en forêt ou des séances de boxe en plein air. Les messages sur Telegram insistent sur la rigueur, la virilité et la fraternité. On peut lire sur un canal du réseau:

«Nous rejetons la faiblesse, la passivité et la décadence de notre époque. A leur place, nous cultivons la préparation physique, la force mentale et un engagement indéfectible envers notre peuple et notre mission. Par l'entraînement, la discipline et l'épreuve partagée, nous devenons plus forts – individuellement et collectivement.»
Les Active Clubs font la promotion de l’action communautaire.
Les Active Clubs font la promotion de l’action communautaire. image: telegram

Ce discours illustre ce que nous appelons «l'engagement corporel»: une manière d'incarner politiquement ses convictions à travers le corps, le style de vie et les gestes du quotidien. Dans cette logique, le politique se vit d'abord comme un rapport à soi. Les militants sont encouragés à transformer leur alimentation, leur apparence, leurs loisirs, et même leurs relations intimes pour correspondre à l'idéal promu par le mouvement.

Cette stratégie donne une dimension sensible et émotionnelle à l'idéologie. Elle rend la radicalité expérientielle: on n'adhère pas seulement à des idées, on les vit, on les ressent, on les performe. C'est l'une des raisons rendant les Active Clubs séduisants pour certains jeunes hommes en quête de sens, de communauté et de modèles masculins.

Une radicalisation en douceur

A la différence des organisations explicitement politiques, les Active Clubs investissent des espaces ordinaires. Sur les réseaux, ils se mettent en scène à l'entraînement, faisant du bénévolat ou nettoyant des lieux publics, des activités qui deviennent des rituels de socialisation et donnent l'image d'une jeunesse disciplinée et, surtout, fréquentable, loin des clichés du militant néonazi qui circulent dans la culture populaire. On peut lire sur le canal Telegram du SoCal Active Club:

«Les Active Clubs ne devraient pas être menaçants ni effrayants; cette image est dépassée et de mauvais goût. Les jeunes veulent avant tout s'épanouir à travers la fraternité et l'influence positive du modèle des Active Clubs.»
Aujourd’hui, on retrouve des Active Clubs à travers toute l'Europe (comme sur cette photo en Suède), y compris en Suisse.
Aujourd’hui, on retrouve des Active Clubs à travers toute l'Europe (comme sur cette photo en Suède), y compris en Suisse. image: capture d'écran x

Sous couvert de sport et de camaraderie, les Active Clubs opèrent un travail de politisation en douceur, inculquant progressivement des récits d'identité, de hiérarchie et de pureté morale et raciale. Leurs publications opposent systématiquement une distinction fréquente dans les idéologies fascistes entre les «forts» – sains, disciplinés – et les «faibles», décrits comme parasites à la morale décadente. Ces images produisent un sentiment d'appartenance fondé sur la fierté d'être du «bon côté»: celui des forts, des purs, des éveillés.

Ce qui rend les Active Clubs particulièrement dangereux, c'est leur capacité à déplacer la radicalisation politique vers le champ du quotidien, à la transformer en culture du bien-être. En reprenant le langage du dépassement de soi, de la fraternité et de la discipline, ils esthétisent la violence plutôt que de la rejeter. Là où les groupuscules néofascistes ou skinheads exhibaient une brutalité frontale et une esthétique marginale, les Active Clubs transforment cette violence en valeur morale, la présentant comme une expression de santé, d'honneur et de loyauté.

Une invitation à lancer son propre club local. L’infographie est réalisée par Will2Rise, une des branches du Rise Above Movement.
Une invitation à lancer son propre club local. L’infographie est réalisée par Will2Rise, une des branches du Rise Above Movement. source: Anti-Defamation League

Cette esthétisation du politique brouille les repères: elle rend la radicalité attirante, presque inspirante, en s'appuyant sur des émotions positives (le courage, la loyauté, l'accomplissement de soi) pour légitimer des idéaux autoritaires.

A travers une rhétorique et une esthétique empruntées au bien-être et à la performance, les Active Clubs transforment le fascisme en un mode de vie désirable.

Se changer d'abord soi pour changer le monde

Pour comprendre ces nouvelles formes de radicalisation, il ne suffit plus d'étudier les discours ou programmes politiques; il faut observer les corps, les gestes et les affects.

Les Active Clubs montrent que la bataille culturelle se joue désormais aussi dans les fitness, les stories Instagram et les podcasts de développement personnel. Pour changer le monde, il faut d'abord se changer soi.

En donnant à la radicalité les apparences du dépassement personnel et de la camaraderie, les Active Clubs participent à une banalisation de l'extrême droite. Ils traduisent certains codes du fascisme – hiérarchie, pureté, virilisme – dans le langage néolibéral de la performance, du bien-être et de la santé. En fusionnant culte du corps et idéologie radicale, ils rendent le fascisme désirable, car compréhensible à travers des valeurs hégémoniques liées à l'individualisme.

Ce faisant, ils contribuent à l'émergence d'un nouveau nationalisme blanc: moins frontalement politique, mais plus diffus, plus culturel, et donc plus difficile à repérer et à combattre pour les autorités policières, mais aussi pour les parents, les éducateurs et la société civile en général.

Les Active Clubs veulent donner un visage respectable à l’extrême droite.
Les Active Clubs veulent donner un visage respectable à l’extrême droite. image: telegram

Reconnaître cette dimension corporelle et esthétique de l'extrême droite est essentiel, car c'est souvent dans les espaces les plus ordinaires du quotidien que s'opère la radicalisation.

Cet article a été publié initialement sur The Conversation. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original.

Plus d'articles sur le sport
Voici les rares courses que Pogacar n'a pas encore gagnées
Voici les rares courses que Pogacar n'a pas encore gagnées
de Julien Caloz
Un Romand fait une contre-proposition à Sabalenka
Un Romand fait une contre-proposition à Sabalenka
de Julien Caloz
Les défaites ont rendu Simon Ehammer plus fort
1
Les défaites ont rendu Simon Ehammer plus fort
de Rainer Sommerhalder
Le patron du ski mondial veut «prolonger la saison»
Le patron du ski mondial veut «prolonger la saison»
Le Bayern Munich est victime d'une curieuse hécatombe
Le Bayern Munich est victime d'une curieuse hécatombe
de Romuald Cachod
Le grand projet de Sierre est une aubaine pour Ajoie
1
Le grand projet de Sierre est une aubaine pour Ajoie
de Klaus Zaugg
La réforme du hockey suisse est le comble de l'arrogance
La réforme du hockey suisse est le comble de l'arrogance
de marcel kuchta
Pourquoi la star suisse de la natation est si peu connue
1
Pourquoi la star suisse de la natation est si peu connue
de Simon Häring
Ce Fribourgeois peut sauver la saison du CP Berne
Ce Fribourgeois peut sauver la saison du CP Berne
de Klaus Zaugg
L’histoire émouvante d’un petit fan de Bodø mène en Suisse
L’histoire émouvante d’un petit fan de Bodø mène en Suisse
de Romuald Cachod
Dominique Gisin: «Si je pouvais décider, ma fille ferait du ski de fond»
Dominique Gisin: «Si je pouvais décider, ma fille ferait du ski de fond»
de Étienne Wuillemin
Un «retour historique» se prépare aux Paralympiques
Un «retour historique» se prépare aux Paralympiques
Les coachs suisses sont victimes d'un changement
Les coachs suisses sont victimes d'un changement
de Klaus Zaugg
Une situation cocasse a fâché les fans de rugby
Une situation cocasse a fâché les fans de rugby
Marco Odermatt explose (presque) tous les compteurs
1
Marco Odermatt explose (presque) tous les compteurs
de pascal vogel
La deuxième division du hockey suisse va vivre une révolution
1
La deuxième division du hockey suisse va vivre une révolution
de Klaus Zaugg
«Dans l'ombre de l'UTMB, les trails romands souffrent»
«Dans l'ombre de l'UTMB, les trails romands souffrent»
de Julien Caloz
«Le coach de Tottenham a fait une faute professionnelle»
«Le coach de Tottenham a fait une faute professionnelle»
de Yoann Graber
Une sale fréquentation éclabousse un équipier de Pogacar
Une sale fréquentation éclabousse un équipier de Pogacar
de Romuald Cachod
Une spécificité du calendrier rend Bodø/Glimt dangereux
Une spécificité du calendrier rend Bodø/Glimt dangereux
de Romuald Cachod
Voici les pires frasques de Gianni Infantino
1
Voici les pires frasques de Gianni Infantino
de Stefan Wyss
On en a la chair de poule
On en a la chair de poule
de Yoann Graber
Ce club portugais fait trembler les grands d'Europe
Ce club portugais fait trembler les grands d'Europe
de Julien Caloz
Sepp Blatter «Trump est malade, et Infantino lui ressemble»
Sepp Blatter «Trump est malade, et Infantino lui ressemble»
de François Schmid-Bechtel et Sebastian Wendel
Newcastle peut profiter d'un défaut insolite de son stade
Newcastle peut profiter d'un défaut insolite de son stade
«Honteux!»: la décision de cet arbitre de tennis fait polémique
«Honteux!»: la décision de cet arbitre de tennis fait polémique
de Yoann Graber
La pétanque suisse prend une mesure insolite pour aller aux JO
La pétanque suisse prend une mesure insolite pour aller aux JO
de Yoann Graber
Fiasco total pour l'écurie Aston Martin en F1
1
Fiasco total pour l'écurie Aston Martin en F1
de Romuald Cachod
Polémique autour du match de rugby Ecosse-France
Polémique autour du match de rugby Ecosse-France
Un tournoi de tennis très rare va naître près de la Suisse
Un tournoi de tennis très rare va naître près de la Suisse
de Yoann Graber
«Génial»: Une innovation en biathlon cartonne
«Génial»: Une innovation en biathlon cartonne
Une joueuse de tennis placée sous protection policière
2
Une joueuse de tennis placée sous protection policière
de Yoann Graber
Cet arbitre suisse raconte son improbable idée lors d'un match Iran-USA
Cet arbitre suisse raconte son improbable idée lors d'un match Iran-USA
de Sebastian Wendel
Cette Romande est une championne ultime
Cette Romande est une championne ultime
de Julien Caloz
Le curieux aveu d'une ancienne star du foot suisse
Le curieux aveu d'une ancienne star du foot suisse
Ce mythe du foot romand prend sa retraite et raconte ses «dernières fois»
Ce mythe du foot romand prend sa retraite et raconte ses «dernières fois»
de Yoann Graber
L'ironie en 22 images
1 / 24
L'ironie en 22 images
source: imgur
partager sur Facebookpartager sur X
On a testé les chips à l’Aromat
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
3 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
3
Nouveau coup dur pour le grand patron du hockey suisse
Déjà fragilisé par le projet de réforme de la Swiss League imaginé par la National League, le président de Swiss Ice Hockey, Urs Kessler, voit désormais son candidat préféré à la succession du directeur sportif Lars Weibel se retirer, laissant la voie grande ouverte au «chouchou» de la National League.
Directeur sportif de la Fédération suisse de hockey sur glace, Lars Weibel quittera son poste au 1er juin pour devenir directeur sportif d'Ambri, une fonction qu’il exerce déjà officieusement, à distance et de manière peu professionnelle, cumul des rôles oblige.
L’article