Comment la Loterie Romande gère le chaos des paris sur la CAN
L'annonce a eu l'effet d'une bombe: ce mardi, on apprenait que le résultat de la finale de la Coupe d'Afrique des nations, disputée le 18 janvier dernier, allait être inversé. Deux mois après le match, le titre remporté par le Sénégal a été attribué au Maroc par l'instance dirigeante du football africain. En cause: des incidents survenus à la fin de la rencontre, lorsque plusieurs joueurs sénégalais avaient quitté la pelouse pour protester contre une décision de l'arbitre.
La décision de la Confédération africaine de football (CAF) a suscité de nombreuses réactions, à commencer par celle, outrée, de la fédération sénégalaise. Mais ce revirement inattendu pourrait également avoir des répercussions sur un tout autre niveau, celui des paris sportifs. Une question en particulier se pose: les gains peuvent-ils être rétroactifs?
Peu de temps après l'annonce de la CAF, l'entreprise de paris française Betclic indiquait avoir validé «à titre exceptionnel» les paris placés sur la victoire du Maroc. «Les paris déjà payés sur le Sénégal restent bien entendu valides», précisait le site sur son compte X. Un «beau geste» salué tant par les parieurs que par la presse spécialisée.
Aucun impact en Suisse romande
Un tel scénario pourrait-il se produire également en Suisse? Non, nous informe le directeur général de la Loterie Romande, Jean-Luc Moner-Banet. «Les paris sont toujours réglés sur la base des résultats officiels annoncés à l’issue de l’événement par l’organisateur de la compétition», précise-t-il. Et d'ajouter:
Cette disposition est définie par l’article 12.1 du règlement de JouezSport, le site de paris sportifs de la Loterie Romande. «Les résultats sportifs modifiés ou annulés suite à une mesure disciplinaire devant un tribunal sportif ou non, ou suite à une décision des autorités compétentes, alors que ces résultats ont déjà fait l’objet d’une première annonce par l’organisateur, ne sont pas pris en compte», peut-on notamment y lire.
Peut-on réclamer l'argent?
Autrement dit, rien ne va changer pour les parieurs romands, quelle que soit l'équipe sur laquelle ils avaient misé. «Les gains versés sur la base des résultats officiels sont définitifs et ne font pas l’objet de récupération ultérieure», assure Jean-Luc Moner-Banet.
De même, les personnes ayant parié sur la victoire du Maroc ne pourront pas réclamer de l’argent à la Loterie Romande, puisque cette option n'est pas conforme au règlement.
A la question de savoir si la décision de Betclic pouvait être envisageable sous nos latitudes, le directeur de la Loterie Romande répond ceci:
«Ce type de dérogation n’est pas prévu dans le règlement JouezSport», ajoute-t-il, en rappelant que «le cadre réglementaire est globalement similaire chez la plupart des opérateurs».
Jean-Luc Moner-Banet note finalement que ce type de situation peut se produire, notamment en cas de dopage ou de décisions disciplinaires. L'an dernier, par exemple, le CIO a attribué à Martin Fourcade la victoire de la Mass Start des Jeux olympiques de Vancouver, suite à la disqualification pour dopage d’Evgeny Ustyugov - 15 ans après la compétition.
«Il n’y avait pas de paris sportifs JouezSport en 2010, mais c’est un cas comparable», affirme Jean-Luc Moner-Banet. Et de conclure: «Les décisions rétroactives n’ont pas d’impact sur les paris sportifs, qui restent fondés sur le résultat officiel initial».
L'entreprise affirme qu'elle peut, en principe, récupérer les gains déjà versés en cas de réévaluation. Cette procédure n’intervient toutefois qu’immédiatement après l’évaluation et sert à corriger des erreurs. «Dans le cas présent, nous ne le ferons pas», déclare Swisslos.
Swisslos rappelle finalement que les modifications a posteriori des résultats et des décisions «sont monnaie courante, par exemple en Formule 1». «En versant une compensation à titre de geste commercial aux deux parties, nous créerions un précédent coûteux».
