Pourquoi des stars du tennis menacent de boycotter les Grands Chelems
D'abord de simples lettres, désormais des menaces de boycott: initié au printemps 2025, le bras de fer entre les stars du tennis et les quatre tournois du Grand Chelem se durcit nettement à quelques jours de Roland-Garros. La numéro 1 mondiale en personne, Aryna Sabalenka, a haussé le ton lundi.
Interrogée en conférence de presse à Rome sur la possibilité d'en arriver à un boycott des Grands Chelems par les meilleurs joueurs mondiaux, la Bélarusse – quadruple lauréate de tournois majeurs – n'a pas fermé la porte:
Des propos bien plus fermes que la lettre polie adressée par la plupart des membres du top 10 des classements ATP et WTA aux organisateurs de Grands Chelems en mars 2025.
Les trois demandes concrètes
A l'époque, les signataires de la missive se contentent de réclamer une réunion avec les responsables des quatre Majeurs en marge du tournoi de Madrid, programmé fin avril-début mai 2025.
Ils affirment vouloir construire «un partenariat plus collaboratif entre les Grands Chelems et les joueurs», avançant trois demandes concrètes.
- D'abord un financement du «bien-être» (frais de santé, retraite, ...) des joueurs par les quatre tournois majeurs.
- Ensuite être associés plus étroitement aux décisions des Grands Chelems qui les concernent.
- Et enfin la redistribution de 22% des recettes de ces tournois aux joueurs sous forme de prize-money (contre environ 15% à l'heure actuelle, selon leurs calculs).
Une réunion entre les meilleurs joueurs mondiaux et les représentants des tournois majeurs s'est finalement tenue à Roland-Garros en 2025.
Elle a été suivie de nouveaux échanges à Wimbledon et à l'US Open, avant que les stars du circuit ne déclinent une réunion que les Grands Chelems leur avaient proposée à Melbourne, où se déroule l'Open d'Australie, en janvier 2026, assure à l'AFP une source dans le camp des joueurs.
Plusieurs interlocuteurs au fait des discussions ont indiqué qu'une nouvelle réunion pourrait se tenir en marge du tournoi de Rome, qui a débuté mardi et s'achèvera le 17 mai. Certains membres de la gouvernance de la Fédération française de tennis (FFT, organisatrice de Roland-Garros) ont ainsi prévu de faire le déplacement dans la Ville éternelle.
Des négociations secrètes et complexes
Très secrètes depuis le début, les négociations sont aussi particulièrement complexes. D'une part parce qu'en augmentant tous les quatre leur dotation depuis la lettre de mars 2025, les Grands Chelems estiment avoir partiellement répondu aux demandes des joueurs.
La FFT souligne qu'en plus d'une augmentation «d'environ 45%» de la dotation de Roland-Garros depuis 2019, elle a investi «plus de 400 millions d'euros» dans les infrastructures du tournoi, dont bénéficient les joueurs pendant la quinzaine parisienne.
D'autre part, les joueurs ne présentent pas un front uni même si jeudi à Rome, le numéro 1 mondial Jannik Sinner a estimé que «c'était la première fois que j'ai le sentiment que les joueurs sont sur la même page et ont le même point de vue».
L'Italien a martelé:
Il a dit «comprendre les joueurs qui parlent de boycott, car il faut bien commencer quelque part».
Signataire de la lettre de mars 2025, Novak Djokovic n'a pas apposé son nom au bas d'un communiqué publié lundi par les joueurs pour faire part de leur «profonde déception» à propos de l'augmentation, selon eux insuffisante, de la dotation de Roland-Garros cette année, et s'agissant des progrès jugés insuffisamment rapides des négociations avec les Grands Chelems.
Le Serbe a confirmé en conférence de presse à Rome qu'il «suivait ça de loin», tout en rappelant qu'«il supporterait une position plus forte pour les joueurs dans l'écosystème» du tennis.
Swiatek n'est pas favorable au boycott
La menace de boycott des Majeurs ne fait pas non plus l'unanimité. Lundi à Rome, la sextuple lauréate de tournoi du Grand Chelem Iga Swiatek a jugé qu'une telle mesure serait «un peu extrême».
«On a eu tellement de sujets par le passé pour lesquels les joueurs auraient pu s'unir et boycotter, mais ça ne s'est jamais produit», a fait valoir la numéro 2 mondiale Elena Rybakina, reconnaissant «ne pas participer» aux discussions avec les Grands Chelems.
Les tournois majeurs, comme la WTA et l'ATP, doivent par ailleurs gérer un autre front également ouvert en mars 2025: l'offensive judiciaire d'un syndicat de joueurs, la PTPA, qui les accuse notamment de les «exploiter financièrement» et de les soumettre à des conditions de jeu insoutenables.
(afp/yog)
