La réforme du hockey suisse est le comble de l'arrogance
Alors que l’on pensait que la lutte de pouvoir entre la National League et la Fédération (ainsi que la Swiss League) avait atteint son paroxysme, les faits viennent démontrer le contraire. Vendredi, la plus haute ligue suisse de hockey sur glace a présenté ses derniers «projets de réforme». Mais au lieu de tenter de réintégrer la Swiss League, devenue ces dernières années un parent pauvre aux perspectives limitées, la National League a sorti le marteau pour enfoncer les derniers clous du cercueil et condamner définitivement la deuxième division.
L’idée, en résumé, est la suivante: la Swiss League passerait de 11 à 24 équipes et serait divisée en deux groupes (Est et Ouest). Les 13 nouvelles équipes de Swiss League seraient constituées par les 13 formations réserves de National League, qui participent actuellement au championnat U21 (seul Ajoie ne possède pas encore d’équipe U21). Concrètement, cela signifie que les clubs traditionnels comme Viège, Sierre, Olten, La Chaux-de-Fonds, Bâle ou Thurgovie, devraient à l’avenir affronter majoritairement des équipes juniors renforcées.
Ce scénario serait peu attractif sur le plan sportif et s’apparenterait surtout à un désastre commercial. Déjà aujourd’hui, les confrontations face à des équipes affiliées comme les GCK Lions ou Bellinzone font fuir le public. Selon le projet de la National League, d’innombrables rencontres de championnat se disputeraient dans ces conditions à l’avenir. En bref: un produit qui peine déjà à se vendre se dégraderait davantage, faute d’intérêt des spectateurs. Les rares clubs ambitieux issus des marchés traditionnels du hockey seraient encore plus fragilisés, d’autant que la National League menace déjà, en cas de refus de coopérer, de créer tout simplement sa propre ligue de clubs affiliés composée exclusivement d’équipes U23.
On pourrait objecter que les clubs de Swiss League profitent actuellement eux aussi de l’apport de joueurs prêtés par la National League (ils seraient une centaine cette saison). C’est par exemple le cas d'Olten, grâce à sa collaboration avec le HC Bienne. Cette forme de «subvention» disparaîtrait naturellement, puisque les clubs de NL pourraient garder leurs joueurs au sein de leurs championnats respectifs. Les équipes de Swiss League devraient alors assumer à nouveau la charge d’un effectif complet (semi-professionnel) par leurs propres moyens, ce qui constituerait sans aucun doute une épreuve financière pour des budgets déjà fortement sollicités.
Les équipes ambitieuses de Swiss League ont certes profité du soutien des clubs de NL, mais elles ont aussi participé à la formation de ces joueurs, les rendant meilleurs qu'à leur arrivée. Dans l’environnement compétitif d'Olten, par exemple, des talents biennois comme Niklas Blessing, et plus récemment Mark Sever, ont pu s’aguerrir avant de devenir des joueurs réguliers et performants dans la plus haute division. Et c’est précisément l’objectif recherché par les clubs de National League.
Que ce processus fonctionne de la même manière dans une ligue U23 autonome reste hautement douteux. Les joueurs progressent surtout lorsqu’ils sont mis au défi dans un championnat ambitieux et qu’ils évoluent sous pression, devant des tribunes pleines, comme c’est actuellement le cas lors des play-offs de Swiss League.
🍿 C'est serré en play-offs:
Sans même parler des pertes financières que les clubs de National League devraient inévitablement assumer, puisque même une ligue junior «améliorée» ne générera pas de recettes. Et les éventuels joueurs d’expérience appelés à renforcer ces équipes n’accepteront pas non plus de jouer gratuitement devant des gradins vides: il faudra bien leur offrir une compensation avec des contrats dûment rémunérés.
Une telle ligue fermée sur elle-même constituerait en tout cas un nouveau revers sévère pour la formation des jeunes hockeyeurs suisses, déjà en difficulté. Sous cet angle également, cette nouvelle initiative solitaire de la National League apparaît comme un nouvel exemple d’arrogance.
Cela fait peser une lourde responsabilité sur la Fédération suisse de hockey sur glace. Sous la conduite de son président Urs Kessler, l’instance faîtière doit impérativement reprendre les rênes et présenter enfin une solution viable pour l’avenir de la Swiss League, en collaboration avec la troisième division, la MyHockey League.
Mais, sur ce point aussi, les clubs de Swiss League devront faire preuve de sens du compromis. Il est également dans leur intérêt que des équipes comme Langenthal, Seewen ou Thoune trouvent leur place dans une telle ligue. Et pourquoi ne pas envisager aussi l’intégration de clubs étrangers provenant de régions frontalières? Toutes les options doivent être examinées.
Ce processus devra se dérouler indépendamment des «rois-soleil» de la National League, dont l’arrogance n’a plus de limites. Ils viennent une fois de plus d'apporter la preuve flagrante qu'ils ne pensent qu'à une seule chose: eux-mêmes. Ils n'ont absolument aucun intérêt à considérer sérieusement la Swiss League comme une véritable deuxième ligue professionnelle en Suisse. Au fond, leur objectif est clair depuis longtemps: instaurer une ligue fermée. Et ce but n’a jamais semblé aussi proche.
