La réforme du hockey suisse se transforme en lutte de pouvoir
Si vous avez manqué le début de l'histoire, voici en résumé le plan de la National League (NL) pour l'avenir du hockey suisse: la Swiss League passerait de 11 à 24 équipes et serait divisée en deux groupes (Est et Ouest). Les 13 nouvelles équipes de Swiss League seraient constituées par les 13 formations réserves de National League, qui participent actuellement au championnat U21 (seul Ajoie ne possède pas encore d’équipe U21).
Mais le «noyau dur» de la Swiss League s'oppose à ces projets de réforme et a publié une déclaration commune :
Communiqué commun des clubs de Swiss League HC La Chaux-de-Fonds, HC Sierre, EHC Olten et HC Viège:
Cette prise de position signifie qu'on se dirige vers une lutte de pouvoir plutôt qu'une réforme. Celui qui perdra ce combat est déjà prévisible: la Swiss League, la Fédération et notre hockey en général.
Il n'est jamais bon lorsqu'il n'y a pas d'unité. L'opportunité est belle, pour le nouveau président de la Fédération Urs Kessler, de se profiler comme un président réformateur. Il a répété à plusieurs reprises que la réforme de la Swiss League était une priorité absolue pour lui. Mais il devient de plus en plus évident qu'il n'a pas le pouvoir rassembleur d'un «Bismarck du hockey» et qu'il est même incapable de réduire la prolifération des dépenses inutiles au sein de l'administration de la fédération.
La proposition de réforme de la National League est la plus controversée depuis l'introduction des playoffs en 1986 et, à y regarder de près, la seule option réelle pour établir une base solide pour notre hockey professionnel. Parce que la NL connaît un tel succès dans un marché limité et divisé en trois régions linguistiques qu'une deuxième ligue professionnelle ne peut tout simplement pas être financée.
D'où l'écart désormais infranchissable entre les deux premières divisions: l'éternel dernier Ajoie dispose de près de 15 millions, soit presque trois fois plus que les clubs les plus solides de Swiss League. C'est la raison pour laquelle est née l'idée d'une ligue hybride combinée à la plus haute compétition junior, afin de mieux soutenir les meilleurs talents et éviter qu'ils ne partent dans les ligues juniors étrangères. Actuellement, ce sont environ 50 joueurs chaque saison.
Mais l'idée d'intégrer des équipes U23 a déjà été rejetée et écartée par une communication officielle. La National League va donc créer sa propre ligue U23, avec des conséquences pour les clubs de Swiss League. Actuellement, environ 100 joueurs de première division prêtés évoluent en SL pour acquérir de l'expérience, et sont financés par les clubs de NL. La plupart d'entre eux participeront désormais au championnat U23.
La création d'une ligue U23 indépendante sous l'égide de la NL ne peut être empêchée ni sur le plan politique ni juridique. La NL bénéficie d'une indépendance juridique. Comme le championnat U23 remplace l'ancienne ligue U21, la question du financement ne se pose pas: les équipes U21 sont déjà financées par les organisations de développement des clubs de NL.
Marc Gianola est directeur général du HC Davos, une organisation de hockey qui excelle dans la formation des jeunes talents tout en étant un modèle sur le plan sportif. Grâce à l'organisation de la Coupe Spengler, il connaît parfaitement les dynamiques économiques du marché du sport suisse. Or il affirme qu'il est désormais crucial de mettre en place le championnat U23:
Cela signifie que, malgré les protestations de la Swiss League et du syndicat (la SL faisant partie de ce dernier), la National League continue son chemin, prend davantage de responsabilités dans la formation des jeunes et ne perd pas d'énergie dans une lutte de pouvoir qui n'en est pas une. Au final, la National League reste celle qui détient le pouvoir. Tout le monde, y compris le syndicat et la Swiss League, dépend financièrement et sportivement de la National League.
Celle-ci n'est pas tout dans notre hockey. Mais sans une National League réussie, rien n'a de sens.
