Sport
Football

Guerre en Ukraine: en sport aussi, la Russie est boycottée et honnie

Russian President Vladimir Putin watches an exhibition hockey game at a tournament of the Night Hockey League in the Black Sea resort of Sochi, Russia, Saturday, May 16, 2015. President Vladimir Putin ...
Vladimir Poutine aime le hockey sur glace, qui ne le lui rendra pas de si tôt.Image: AP POOL RIA NOVOSTI KREMLIN

En sport aussi, la Russie est sanctionnée, boycottée et honnie

De nombreux événements ont été annulés vendredi, certains longtemps à l'avance. Sous pression politique et populaire, le monde sportif agit à l'unisson contre les intérêts russes; à quelques réticences près.
25.02.2022, 17:1225.02.2022, 17:59

L'Uefa dans l'embarras

Comme pressenti et à «l'invite» de plusieurs gouvernements, l'Uefa a retiré l'organisation de la finale de la Ligue des champions à Saint-Pétersbourg. L'événement a été attribué à Paris, dans une bascule hautement symbolique.

Selon les révélations de L'Equipe, Emmanuel Macron a négocié cet accord en personne, entre deux coups de fil à Poutine et à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan). Les premières discussions auraient commencé mercredi matin, dans le plus grand secret, à l'initiative du président slovène de l'Uefa, Aleksander Ceferin.

Officiellement, l'instance européenne ne fait pas de politique. Elle motive toutes ses décisions par des raisons de sécurité. C'est pour ces mêmes raisons que les équipes russes et ukrainiennes, sans aucune dérogation possible, sont désormais tenues de disputer leurs compétitions internationales sur terrain neutre, «le temps qu'il faudra».

Mais l'Uefa n'en demeure pas moins un outil de pression que la coalition anti-russe souhaiterait plus maniable. Objet de son attention, voire de son embarras: le contrat qui lie la fédération de football au géant énergétique Gazprom, détenu majoritairement par le pouvoir russe.

Gazprom est un partenaire commercial de l’Uefa depuis dix ans et s'est engagé à le rester jusqu'en 2024. Dix ans que la petite musique du géant russe* berce des millions de téléspectateurs ébaudis avant chaque soirée de Ligue des champions:

Le spot de Gazprom

*Le Lac des cygnes, de Tchaikovsky.Vidéo: YouTube/GAZPROM Football

Le contrat rapporterait 40 millions d'euros par an à l'Uefa. Aucune raison de sécurité ne semble pouvoir l'(inter)rompre, mais il subsiste la raison d'Etat:

«Gazprom utilise le football comme un moyen de diplomatie, pour tenter de trouver des acheteurs et ainsi étendre l’influence russe sur le continent»
Simon Chadwick, professeur de géopolitique et d’économie du sport, sur francetvinfo.fr

La Fifa bousculée
par ses membres

Le président Gianni Infantino se dit «choqué» et «préoccupé», mais il reste sur une ligne politique neutre (à ne pas confondre avec pleutre). Théoriquement, la Russie doit recevoir la Pologne le 23 mars prochain. Enjeu: les qualifications au Mondial 2022. Moins proactive que son homologue européenne, la Fifa temporise et annonce «des développements ultérieurs». Mais la Suède qui, elle aussi, pourrait affronter la Russie en barrages, a d'ores et déjà annoncé que ce scénario resterait «impensable». La Pologne et la République tchèque se sont jointes à son veto.

Des sponsors effacés

En Formule 1, l'écurie américaine Haas a ôté le logo d'Uralkali, son généreux sponsor russe, de toutes ses structures mobiles, à commencer par la monoplace qui a tourné ce vendredi aux essais de Barcelone.

«Haas F1 Team présentera sa VF-22 dans une livrée blanche unie. Aucun autre commentaire ne sera fait pour le moment concernant les accords avec les partenaires de l'équipe»
Le nom du sponsor russe a été ôté des camions et le sera bientôt des tenues officielles.
Le nom du sponsor russe a été ôté des camions et le sera bientôt des tenues officielles.

Schalke 04 a également effacé Gazprom de ses équipements jusqu'à nouvel ordre. La firme russe était présente sur les maillots depuis quinze ans, malgré l'indignation têtue de nombreux supporters. En début de semaine, le club allemand s'est senti obligé d'exprimer officiellement sa volonté de prolonger l'entente. Mais cette position est devenue intenable: jeudi matin, Matthias Warnig, proche de Poutine et délégué de Gazprom dans le board de Schalke, également PDG de la société d'exploitation du gazoduc Nord Stream 2, a démissionné sous la pression populaire.

ARCHIV - 11.08.2020, Mecklenburg-Vorpommern, Schwerin: Matthias Warnig, Gesch�ftsf�hrer der Nord Stream 2 AG, spricht nach einem Gespr�ch mit der Ministerpr�sidentin von Mecklenburg-Vorpommern vor der ...
Entre Matthias Warnig et les fans de Schalke, il y a toujours eu de l'eau dans le gaz.Image: DPA-Zentralbild

Des annulations en cascade

  • Le Snow Rugby Championship, qui devait se dérouler le 27 et 28 février à Moscou, n'aura pas lieu.
  • L'ATP a annulé un tournoi Challenger prévu la semaine prochaine à Moscou. Elle pourrait anticiper d'autres annulations.
  • L'Euroligue de basket a reporté tous les matchs qui concernent des équipes russes.
  • La Fédération internationale de ski (FIS) a finalement (tardivement) annulé les épreuves de skicross prévues ce week-end à Sunny Valley où seuls des Russes avaient pris part aux qualifications: toutes les équipes étrangères, dont certaines étaient déjà sur place, avaient renoncé d'elles-mêmes en signe de protestation. Quelques heures plus tard, la FIS a étendu sa décision à toutes les disciplines (ski de fond, sauts à ski) dont le calendrier prévoyait un déplacement en Russie.

Appels au boycott

Des pressions tout aussi soutenues, au sein même du sérail, ont convaincu Formula One d'annuler le GP de Russie prévu le 25 septembre prochain à Sotchi. Max Verstappen et Sebastian Vettel avaient déjà prévenu qu'ils ne seraient pas du voyage. Les deux champions du monde sont sur la même ligne:

«Je pense que c'est mal de courir dans ce pays. Je suis désolé pour les personnes innocentes qui perdent la vie, qui sont tuées pour des raisons stupides et pour une gouvernance très étrange et folle»
Max Verstappen

Plusieurs mouvements sportifs militent pour que les championnats du monde de volley-ball, également programmés en Russie à partir du 26 août, soient délocalisés dans un autre pays, indépendamment de l'évolution du conflit ukrainien.

Le CIO hausse le ton

Le président Thomas Bach accuse Moscou d'avoir violé la trêve olympique, homologuée par un traité de l'Organisation des Nations unies (ONU). Les paralympiques commencent dans une semaine. Officiellement, la Russie en est déjà exclue après une condamnation au Tribunal arbitral du sport (TAS) pour dopage d'Etat. Mais cette mise au ban est relative puisque les athlètes russes peuvent concourir sous l'appellation ROC, pour «Russian Olympic Committee», et sous bannière neutre.

Le pays dont on ne prononce pas le nom, dont on ne mentionne pas la présence et dont on ne fredonne pas l'hymne (mais dont chacun reconnaît les goûts et les couleurs*), a trouvé d'autres moyens d'exister, notamment à travers le hashtag #WewillROCyou. Evoquer une violation de la trêve olympique est-il une façon habile, pour un Comité international olympique (CIO) agacé et rancunier, de préparer le terrain à des mesures plus coercitives?

*

Image

Probablement puisque, vendredi, le CIO a encore exhorté toutes les fédérations à annuler ou délocaliser leurs événements prévus en Russie et en Biélorussie. Le Comité exécutif demande accessoirement que le drapeau de ces deux pays ne soit plus hissé et leur hymne national plus joué. Avant une exclusion provisoire des athlètes?

Des sportifs russes
peu loquaces

Interrogé au tournoi de Dubaï, où il vient d'acquérir le statut de n°1 mondial, Daniil Medvedev a déclaré qu'il était «pour la paix» (ouvrant ainsi un débat intéressant: pour ou contre la paix?), avant de préciser: «Je me suis réveillé avec beaucoup d’émotions».

En réalité, peu de sportifs russes ont affiché ouvertement leur opposition (et pas davantage leur soutien) à l'action de Vladimir Poutine. Un seul s'y est risqué à demi-mots: Fedor Smolov, 32 ans, 45 sélections en équipe nationale (pas sûr qu'il y en ai d'autres) et nouvelle recrue du Dynamo Moscou. Peu après sa publication, son post Instagram n'était plus qu'un carré noir.

Image

A noter encore l'intervention d'Andrey Rublev (ATP 7) au même tournoi de Dubaï: « Je reçois de vilains commentaires sur les réseaux sociaux parce que je suis russe, des messages agressifs. Si je veux être tranquille, je dois montrer que je m’en fiche. Même s’ils me jettent des pierres, je dois montrer que je suis pour la paix. Ce qui compte, c’est qu’il y ait la paix dans le monde et que nous nous respections les uns les autres, que nous soyons unis».

Des sportifs ukrainiens combatifs

Vitali Klitschko, maire de Kiev et ancien champion du monde des poids lourds, défendra son pays «les armes à la main s'il le faut», a-t-il promis à la presse ukrainienne. L'ex-candidat à la présidence est inscrit comme volontaire dans les troupes de réserve de l’armée, de même que son frère Vladimir, lui aussi boxeur.

Le footballeur Oleksandr Zinchenko prétend qu'Instagram a censuré une story dans laquelle il s'adresse à Poutine en des termes particulièrement précis: «J'espère que tu mourras de la façon la plus douloureuse qui soit, créature».

Le post avant sa disparition

Image

Ce vendredi encore, le défenseur de Manchester City a exhorté le peuple russe à s'indigner et descendre dans la rue:

«Chers Russes, êtes-vous satisfaits de vous réveiller dans une Allemagne fasciste? Tout Russe qui ne s'exprime pas maintenant sera considéré comme un ennemi pour toujours. C'est soit noir soit blanc»

Mircea Lucescu, entraîneur roumain du Dynamo Kiev, a offert sa solidarité. «L'activité sportive en Ukraine est suspendue pendant 30 jours. Je ne quitterai pas Kiev pour retourner en Roumanie, je ne suis pas un lâche. J'espère que ces gens sans cervelle arrêteront cette guerre.»

De très nombreux sportifs ukrainiens ont suivi le mouvement, dont la légende du football Andrey Shevchenko et la joueuse de tennis Elina Monfils-Svitolina.

Poutine et le sport, une histoire d'amour

Vladimir Poutine aime le hockey sur glace dont il joue essentiellement avec ses ministres et officiellement très bien: il a mis huit buts à une sélection de VIP et d'anciennes stars de la Sbornaja en décembre dernier.

Le «festival» de Poutine, avec un marquage «dur» sur l'homme

Mais Poutine est surtout un ancien judoka. Dans un récit autobiographique, il raconte que le sport en général, et le judo en particulier, l'ont sorti de la délinquance et du caniveau. Poutine a développé de nouvelles techniques de combat au sein du KGB où il a appris à tuer en deux gestes discrets.

Image

Ceux qui l'ont côtoyé, dont l'ancien président de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) René Fasel, racontent un homme raffiné qui entretient son corps, follement épris de sport. Selon L'Equipe, Jean-Claude Killy figure parmi les rares personnalités étrangères à partager son intimité (du moins jusqu'à jeudi dernier).

Les quolibets du monde sportif ne dévieront certainement pas Poutine de ses objectifs géostratégiques, mais d'aucuns supposent que ces sanctions l'émouvront quand même un peu; entre deux missiles.

Plus d'articles sur le sport
Ce club suisse fait payer ses fans plus chers que les visiteurs
Ce club suisse fait payer ses fans plus chers que les visiteurs
de Sebastian Wendel
Zverev a pris une décision radicale avec son téléphone
Zverev a pris une décision radicale avec son téléphone
de Yoann Graber
Aston Villa transforme une faute sur Manzambi en coup de génie
Aston Villa transforme une faute sur Manzambi en coup de génie
de Yoann Graber
Le capitaine de La Tchaux s'est blessé de façon absurde
1
Le capitaine de La Tchaux s'est blessé de façon absurde
Des gardiens accusés de tricher dans le hockey suisse
Des gardiens accusés de tricher dans le hockey suisse
Il encaisse deux buts dans la même seconde
Il encaisse deux buts dans la même seconde
de Yoann Graber
Ce Suisse organise une course aux règles impitoyables
Ce Suisse organise une course aux règles impitoyables
de Selina Odermatt
Roger Federer a trouvé un moyen de gagner encore plus d'argent
Roger Federer a trouvé un moyen de gagner encore plus d'argent
de Simon Häring
2000 francs d'amende et une suspension à 5 ans: le père d'Emily riposte
2000 francs d'amende et une suspension à 5 ans: le père d'Emily riposte
de Flavia Zemp
La star montante du tennis n'aurait jamais dû s'en prendre à un enfant
1
La star montante du tennis n'aurait jamais dû s'en prendre à un enfant
de Yoann Graber
Cette course mythique se cache juste derrière la frontière suisse
Cette course mythique se cache juste derrière la frontière suisse
de Julien Caloz
Une bataille inédite se joue en coulisses du tournoi de tennis de Bâle
Une bataille inédite se joue en coulisses du tournoi de tennis de Bâle
de Simon Häring
Dortmund face à une situation rarissime en Ligue des champions
Dortmund face à une situation rarissime en Ligue des champions
de Julien Caloz
Il s'est passé un truc fou sur cette balle de match
Il s'est passé un truc fou sur cette balle de match
de Yoann Graber
Le salaire de ce joueur de Gottéron interroge
1
Le salaire de ce joueur de Gottéron interroge
de Klaus Zaugg
Zidane a négocié un salaire pas comme les autres avec les Bleus
Zidane a négocié un salaire pas comme les autres avec les Bleus
de Julien Caloz
Des agents israéliens armés au match à Sion? Le mystère reste entier
Des agents israéliens armés au match à Sion? Le mystère reste entier
de Raphael Gutzwiller
Un échange de gardiens agite le hockey suisse
Un échange de gardiens agite le hockey suisse
de Klaus Zaugg
«J'ai la nausée»: on a testé l'Hyrox, ce sport qui cartonne en Suisse
1
«J'ai la nausée»: on a testé l'Hyrox, ce sport qui cartonne en Suisse
de Mira Güntert
Il demande un temps mort médical pour une raison à peine croyable
Il demande un temps mort médical pour une raison à peine croyable
de Yoann Graber
Une cause improbable stoppe définitivement ce match en Romandie
Une cause improbable stoppe définitivement ce match en Romandie
de Yoann Graber
Ce club impose une interdiction insolite à ses fans dans le stade
Ce club impose une interdiction insolite à ses fans dans le stade
de Yoann Graber
Zverev bientôt sur le trône du tennis, mais une polémique éclate
Zverev bientôt sur le trône du tennis, mais une polémique éclate
de David Digili
Xhaka s'embrouille dans un centre commercial
2
Xhaka s'embrouille dans un centre commercial
de Yoann Graber
Voici comment réussir vos randonnées automnales
Voici comment réussir vos randonnées automnales
de Niclas Zettergren
Cher Roger Federer, ne faites pas cette erreur!
2
Cher Roger Federer, ne faites pas cette erreur!
de Simon HÄring
Cher Alex Frei, arrêtez d’entraîner!
Cher Alex Frei, arrêtez d’entraîner!
de Simon HÄring
Le grand rival d'Odermatt tout proche d’un incroyable come-back
Le grand rival d'Odermatt tout proche d’un incroyable come-back
de Romuald Cachod
Federer va manquer les adieux de Wawrinka
Federer va manquer les adieux de Wawrinka
de Simon HÄring et Jakob Weber
La face sombre du dernier match de Lionel Messi
La face sombre du dernier match de Lionel Messi
de Pierre Donadieu
Odermatt est désavantagé en Autriche
Odermatt est désavantagé en Autriche
de Rainer Sommerhalder
La pépite suisse de l’Italie a frôlé la catastrophe
La pépite suisse de l’Italie a frôlé la catastrophe
de Romuald Cachod
Cette légende du FC Sion a pourri le premier match de Messi
Cette légende du FC Sion a pourri le premier match de Messi
de Yoann Graber
L’équipe suisse Tudor proche d’un transfert XXL
L’équipe suisse Tudor proche d’un transfert XXL
de Romuald Cachod
Des gardiens accusés de tricher dans le hockey suisse
Le portier des ZSC Lions Simon Hrubec accuse certains de ses homologues de National League de tricher avec leur équipement. Soutenu par Connor Hughes, du CP Berne, il réclame des contrôles plus stricts. La ligue défend son système actuel.
Tout est parti d'une chronique publiée au printemps par Simon Hrubec (35 ans) dans son pays natal, la République tchèque. Le gardien des ZSC Lions, double champion de Suisse, y dénonçait les règles encadrant l'équipement des portiers de National League. Selon lui, certains profiteraient de protections artificiellement agrandies pour bénéficier d'un avantage déloyal. La chronique évoquait même une forme de «dopage des gardiens».
L’article