Xhaka ne laisse personne indifférent: ses plus grandes frasques
Il y a 17 ans, Granit Xhaka débutait sa carrière de footballeur pro. Depuis, le Bâlois aux racines kosovares – joueur le plus capé de l'histoire de la Nati (152 sélections) – ne laisse personne indifférent. Chez les fans, ce footballeur au talent indéniable et au fort caractère suscite à la fois l'admiration, l'enthousiasme, mais aussi l'incompréhension et la colère.
La semaine dernière, Xhaka a avoué s'être procuré un faux certificat de vaccination contre le Covid, à l'époque de la pandémie. D'un commun accord avec l'Association suisse de football (ASF), il a décidé de ne pas jouer les quatre prochains matchs de la Nati en Ligue des nations.
Voici toutes les frasques et moments forts du capitaine de l'équipe de Suisse depuis ses débuts.
2009
Jusqu’à ce que la Suisse atteigne les quarts de finale, pratiquement personne dans le pays ne prête attention à la Coupe du monde M17 au Nigeria. Mais avant même de s’envoler pour l’Afrique, Granit Xhaka vise déjà le maximum:
Trois semaines plus tard, la Nati M17 soulève effectivement le trophée de championne du monde. Une sensation à laquelle Xhaka, véritable chef d'orchestre de cette équipe, contribue largement. Depuis, même chez les grands, le Bâlois ressort sa phrase sur les habits avant presque chaque tournoi...
2011
Xhaka est convoqué pour la première fois avec la Nati A. Et, comme un symbole de la suite de sa carrière internationale, ses débuts ont lieu sur la plus grande scène possible: dans le temple du football qu’est le stade de Wembley, à Londres, contre l’Angleterre. Xhaka se souvient:
2016
Cela fait déjà un certain temps que Xhaka revendique le rôle de patron du milieu de terrain de la Nati lorsqu’il l’obtient, peu avant l’Euro en France. C’est une petite révolution: le sélectionneur Vladimir Petkovic écarte le capitaine Gökhan Inler et installe à sa place Xhaka au poste de numéro 6. Le brassard revient dans un premier temps à Stephan Lichtsteiner. Pour Xhaka, les débuts comme maître à jouer de la Nati se terminent de la pire des manières: son penalty manqué contre la Pologne, en huitième de finale, entraîne l’élimination.
2018
Lors du match de groupe du Mondial contre la Serbie, Granit Xhaka égalise à 1-1, d'une superbe frappe. Il célèbre son goal devant les supporters serbes en mimant l’aigle bicéphale, symbole identitaire des Albanais du Kosovo. La réponse de Xhaka aux insultes des fans serbes et une allusion au conflit au Kosovo (qui a déclaré son indépendance en 2008 de la Serbie, que celle-ci ne reconnaît pas).
Le geste déclenche un vif débat en Suisse sur la réussite ou l’échec de l’intégration, sur ce que signifie être véritablement suisse et sur la question de savoir si Xhaka a le droit d’exposer le conflit serbo-kosovar sous le maillot de la Nati. «Doppeladler» («aigle bicéphale») devient le mot suisse de l’année 2018 et Xhaka réaffirme à plusieurs reprises dans des interviews qu’il se sent autant Kosovar que Suisse.
2022
En mars, Granit Xhaka est convoqué pour la première fois en équipe nationale sous les ordres de Murat Yakin. Et il y a immédiatement des étincelles: parce que Yakin remplace Xhaka après une heure de jeu lors du match amical contre le Kosovo, ce dernier est furieux. C’est le début d’une relation longtemps explosive entre le sélectionneur et son capitaine.
A l’automne 2023, alors que les résultats de la Nati sont décevants (une qualification laborieuse pour l'Euro 2024), le directeur des équipes nationales Pierluigi Tami veut licencier Yakin en faveur de Xhaka. Cela ne se produit finalement pas, car le coach et le capitaine s’expliquent franchement et détendent leur relation.
2022
La Nati retrouve la Serbie en phase de groupes de la Coupe du monde et, une nouvelle fois, Granit Xhaka provoque un scandale: il commence par se saisir l’entrejambe devant le banc serbe pour signifier: «Je n’ai pas peur!» Après la victoire (3-2), qui entraîne la qualification de la Nati pour les huitièmes de finale, il s’empare du maillot de son coéquipier Ardon Jashari, qui porte le même nom de famille que le combattant kosovar de l’UCK Adem Jashari, tué par les forces serbes en 1998.
Xhaka le porte à l'envers, pour mettre le nom «Jashari» en évidence sur sa poitrine. Les Serbes sont furieux. Le capitaine de la Nati avance l’argument qu’il utilise généralement dans ce genre de situation: le geste se voulait un salut amical adressé au Kosovo.
2026
Au Mondial cet été, la Suisse bat la Bosnie (4-1) pour son deuxième match de groupe. Xhaka scelle le score à la 97e minute, sur penalty. Au lieu de fêter sa réussite, le capitaine fait plusieurs fois le même geste avec sa main: celui qui demande à quelqu'un de fermer sa bouche. De se la coincer.
On devine que ce geste polémique vise une partie de la presse suisse. Après le nul initial décevant contre le Qatar (1-1), les médias du pays ont parlé de tensions au sein de l'équipe à cause des critiques publiques de Xhaka. Au micro de la RTS juste après la victoire contre la Bosnie, qui lui a demandé si sa célébration visait la presse, le Bâlois a répondu:
Ce malaise entre Xhaka et une partie des médias nationaux n'aura pas de conséquences négatives durant cette Coupe du monde: pour la première fois depuis 72 ans, la Suisse atteint les quarts de finale. Emmenée par son capitaine, dont le rôle de leader est plus important que jamais.
2026
Mais deux mois plus tard, il fait à nouveau les gros titres en dehors des terrains.
La semaine dernière, l'ex-premier ministre du Kosovo – et ancien combattant indépendantiste – Hashim Thaci a été condamné à 25 ans de prison pour crimes de guerre. Xhaka affiche sur les réseaux sociaux sa solidarité avec Thaci et d’autres dirigeants de l’UCK. Ce qui soulève une nouvelle fois la question: que viennent faire des déclarations politiques, sur des conflits sans lien avec la Suisse, sur les comptes du capitaine de la Nati? Pierluigi Tami, de l'ASF, répond laconiquement:
Mais est-ce vraiment aussi simple?
Quelques heures après cette marque de sympathie envers Thaci, on apprend que Xhaka fait l’objet d’une enquête: pour s’être procuré illégalement un certificat Covid. Pendant trois jours, Xhaka nie tout, avant d’admettre la «triche vaccinale». Et de déclencher une nouvelle immense vague de discussions autour de sa personne. Affaire à suivre.
Adaptation en français et contribution: Yoann Graber
