La finale de National League ne sera pas celle que vous croyez
Notre hockey a-t-il déjà connu, ces dernières années, autant d’effervescence, d’agitation et de remous que depuis le début de la saison? Probablement pas.
En 2025/2026, Ambri a connu une pléiade d'entraîneurs, un nouveau directeur sportif et un nouveau président. Le CP Berne, lui, a vu arriver un nouveau coach et un nouveau directeur général, tandis que son directeur sportif adjoint a été limogé.
Les meneurs d’hommes ont aussi changé à Ajoie, Bienne, Genève-Servette et Zoug, sans oublier l'arrivée dans notre championnat de 32 joueurs étrangers. En vérité, nous n'avions pas connu une telle effervescence depuis des lustres. Notre National League est une branche florissante de l’industrie helvétique du divertissement.
Cependant, maintenant que l’instant de vérité est arrivé, tout semble soudain beaucoup trop normal. Le suspense entourant les quarts de finale Genève-Servette–Lausanne HC et Fribourg-Gottéron–Lakers a certes reflété l’imprévisibilité des semaines précédentes, mais juste un peu, car finalement, la logique a été respectée, comme dans les deux autres séries.
Une normalité rare
Davos (1er), Fribourg-Gottéron (2e), Genève-Servette (3e) et les ZSC Lions (4e), c'est-à-dire les quatre premiers de la saison régulière, se retrouvent désormais en demi-finales. Une telle configuration n’est survenue que deux fois au cours des dix dernières années, en 2019 et 2024.
Pour l'expliquer, le théoricien invoque la force normative du factuel, tandis que le praticien parle de la chance des hommes d'action et des travailleurs méritants.
Le premier concept se vérifie à Davos. Une base économique solide, des caisses bien remplies et une direction compétente: voilà déjà la moitié du succès. Les joueurs du HCD ont franchi les qualifications sans encombre. Même l’annonce du départ du meilleur buteur, Matej Stransky, à l'issue de la saison, alors que son contrat devait se poursuivre, a été accueillie avec sérénité.
A Genève, le directeur sportif Marc Gautschi a mis fin, dès début octobre, au mandat de Yorick Treille, complètement dépassé par les événements, et a promu Ville Peltonen à sa place. Mais si le GSHC a atteint les demi-finales après sept matchs contre le LHC, c’est aussi grâce à un petit coup de pouce des dieux du hockey. Ici, la chance a souri aux audacieux.
Les ZSC Lions, eux, ont continué à faire confiance à Marco Bayer. Et pour cause: il a déjà mené l’équipe au titre de champion et à la victoire en Ligue des champions. Cette stabilité a porté ses fruits: Lugano n’a pas réussi à ébranler les Zurichois. A Fribourg, malgré les blessures, les rumeurs sur la popularité déclinante de l’entraîneur, le transfert éventuel de l’assistant Lars Leuenberger à Ambri ou Berne, et le mécontentement de Lucas Wallmark, l’équipe a su rester solide.
Une finale Genève-Zurich
La logique voudrait désormais que la situation reste inchangée à l'occasion des demi-finales. Davos (1er) dominera les ZSC Lions (4e), tandis que Fribourg-Gottéron (2e) éliminera Genève-Servette (3e). Mais le suspense, l’excitation, l’effervescence et l’imprévisibilité des qualifications, ainsi que l’équilibre entre ces quatre titans, incitent à établir un tout autre pronostic et à ne pas se fier aux prévisions, comme on ne se fie pas à la météo en montagne.
Zurich se qualifiera pour la finale en sept matchs. Les joueurs de Davos descendront en plaine et présenteront les caractéristiques propres aux montagnards: un jeu direct, franc, audacieux, fougueux et rugueux. Les ZSC Lions, eux, miseront sur l’expérience, la patience, un jeu totalement structuré et une passion souvent sous-estimée. Le gardien du HCD, Sandro Aeschlimann, n’a encore jamais été titré, tout le contraire de l’expérimenté Simon Hrubec, déjà double champion. Davos devra encore patienter pour retrouver une finale.
Dans l'autre série, Genève-Servette s'imposera en six matchs. Le suspense du quart de finale contre les Lakers n’a pas épuisé la bande de copains de Gottéron. Au contraire, cette série les a resserrés, et le romantisme est au rendez-vous. Julien Sprunger ne peut tout de même pas clore sa carrière sans avoir fêté un titre de champion. Mais que se passera-t-il si l’émotion submerge Gottéron? Ou si l'impatience d'un premier titre prend le dessus?
Les Genevois se sont eux aussi imposés face aux Lausannois au terme d'une série dramatique en sept matchs. Mais ils possèdent une qualité qui sera décisive: ils savent devenir champions. Ils sont également plus patients, plus sereins, et tactiquement plus malins. La précision contre l’émotion. En outre, Stéphane Charlin, leur dernier rempart, est en mission. Il peut montrer qu’il n’est pas seulement un portier bien payé, mais un gardien d’exception.
