von Allmen: «Avec l'alcool, les fans perdent le respect»
Lorsque l'hélicoptère atterrit juste devant chez lui à Boltigen (BE), Franjo von Allmen est encore un peu sonné. Le Bernois de 25 ans est néanmoins impatient et curieux de voir ce qui l'attend.
De quoi se réjouit le plus le triple champion olympique? «De beaucoup dormir», répond-il lorsqu'il se présente à l'interview après une longue nuit de fête où il a notamment poussé la chansonnette dans un bar.
Franjo Von Allmen, Avec trois médailles d’or, Bormio est-il désormais votre nouveau lieu préféré?
FRANJO VON ALLMEN: Non. Non. En ce qui concerne le ski, c’est Wengen. Et sinon, c'est chez moi à Boltigen. C’est le cas pour tout le monde: l’endroit où l’on a grandi reste un point d’ancrage. C’est là que l’on aime revenir pour échapper un peu à l’agitation.
Aimez-vous l'attention dont vous faites actuellement l'objet?
Cela fait partie du jeu. Dans le ski, nous vivons en partie de cette attention. Les gens prennent plaisir à nous voir, y compris lorsqu’ils nous croisent. Mais, très franchement, je pourrais aussi m’en passer.
Craignez-vous ce qui pourrait arriver après ces succès?
Non. Je suis curieux de voir ce qui va changer, mais, au fond, je reste le même. Je prends les choses comme elles viennent.
Aimez-vous les apparitions sur le tapis rouge?
Ce n’est pas mon univers, mais c’est intéressant d’en avoir un aperçu. Ce sont des expériences que je ne vivrais pas si je n’étais pas un skieur à succès, alors j’essaie d’en profiter.
Après la descente, vous avez fait mettre votre médaille d’or en lieu sûr pour ne pas la perdre. Qui a ramené les trois médailles à la maison?
J’en suis désormais moi-même responsable (rires).
Vous avez expliqué que vous étiez désordonné. Est-ce le cas dans tous les domaines de votre vie?
Cela dépend un peu. Si quelqu’un renverse quelque chose à table, c’est souvent moi.
Comment organisez-vous vos rendez-vous?
C’est un cauchemar. Je suis très mauvais en planification. Je suis donc heureux d’avoir des personnes qui me donnent un coup de main.
Parfois à l'écart du groupe
Aimez-vous la vie à l’hôtel?
Je m’y habitue. La plupart du temps, lorsque je rentre à la maison, les vêtements passent immédiatement à la machine à laver, puis retournent directement dans la valise. Cela me permet d’être sûr d’avoir toujours tout avec moi (rires).
Vous êtes aussi quelqu’un qui reste parfois à l'écart de l’équipe. A quel point ce temps pour vous est-il important?
Il est très important. Nous passons les deux tiers de l’année ensemble. Cela fait donc du bien de pouvoir prendre du temps pour moi. Il y a des jours où l’on n’a pas envie de voir ses coéquipiers. Tout le monde le comprend.
Vous partagez votre chambre avec Lars Rösti. Comment fait-on pour se retirer dans ces conditions?
Parfois, nous ne nous parlons tout simplement pas. A un moment donné, on s’est déjà tout raconté (rires). C’est comme partout, pas seulement dans le ski: quand on se voit tous les jours, il y a des moments où l’on en a assez les uns des autres.
Habituellement, c’est Marco Odermatt qui est au centre de l’attention. Lors de ces JO, c’était vous. Comment avez-vous vécu ces journées avec «Odi»?
On sentait que les Jeux olympiques comptaient pour lui, mais c’est le cas pour tous ceux qui sont ici. Il a essayé de faire son truc. J’ai essayé de faire le mien. Cela n’empêche pas de se réjouir l'un pour l’autre après la course.
Même si l’on est soi-même déçu?
Je ressens surtout de la peine lorsque je vois quelqu’un abattu, comme Alexis Monney, qui n’a remporté aucune médaille. Il est parfois difficile de concilier sa propre joie avec le regard des coéquipiers déçus.
Un hélicoptère à Boltigen
Comme Marco Odermatt, vous bénéficiez du programme de soutien de Red Bull. Dans le ski, c'est considéré comme une forme d’adoubement. Dans quels domaines en tirez-vous le plus profit?
Il y a beaucoup d’aspects positifs, mais celui que je ressens le plus pendant la saison concerne les déplacements, où je peux utiliser leurs hélicoptères.
Comment cela fonctionne-t-il? Voyagez-vous avec d’autres athlètes ou pouvez-vous commander un hélicoptère pour vous seul?
Si je devais me rendre seul quelque part, ce serait possible, pour autant que cela m'apporte un avantage. Après Noël, lorsque nous avons pris l’hélicoptère pour les courses à Livigno, nous n’avions pas tous besoin d’un appareil séparé. Marco Odermatt, Loïc Meillard et moi avions largement de la place côte à côte (rires).
Où l’hélicoptère atterrit-il à Boltigen?
Juste à côté de la maison. Avec un hélicoptère, on peut se poser presque partout.
Et comment réagissent les voisins lorsque vous rentrez chez vous en hélicoptère?
Nous n’avons pas beaucoup de voisins (rires). Mais ceux que nous avons le prennent avec humour. Cela reste toutefois inhabituel pour moi.
Dans ces moments-là, vous sentez-vous parfois mal à l’aise?
Oui, un peu. Ce n’est pas le monde dans lequel j’ai grandi.
Aucune idole de jeunesse
Enfant, vous ne rêviez pas d’une carrière de skieur. Aviez-vous des idoles?
Je n’ai jamais été un grand fan. Enfant, je ne courais pas après les autographes. Je n’en ai demandé qu’un seul, c’était celui de l'ancien skieur Nils Mani lors du tournoi de beach-volley de Gstaad. Et encore, ma mère m’y a presque forcé (rires).
Vous préfériez vivre dans votre propre monde?
Nous regardions les courses de ski, bien sûr, mais quand j’entends aujourd’hui les noms d’anciennes stars du ski, il m’arrive souvent de ne pas les connaître. Ce n’est pas important pour moi.
Vous ne connaissiez donc pas Toni Sailer ni Jean-Claude Killy, les deux seuls skieurs avant vous à avoir remporté trois médailles lors des mêmes Jeux olympiques?
Si je n'avais pas entendu sans cesse ces derniers temps ces noms être répétés, probablement pas (sourire). J’essaie juste de profiter du moment. Le reste, ce ne sont que des statistiques.
(traduction et adaptation: btr)
