Les deux stars du ski suisse ont des différences majeures
Pour beaucoup de fans de ski, Marco Odermatt (28 ans) est presque un saint. Mais voilà que Franjo von Allmen (24 ans) vient lui contester sa place au sommet de l’Olympe du ski avec trois médailles d'or en trois courses aux JO 2026. Analyse d'un duel de géants où s'affrontent le gendre idéal et le bosseur terre-à-terre.
Caractère
Marco Odermatt: Par son attitude, il rappelle de plus en plus Roger Federer. Quoi qu’il fasse, Marco Odermatt le fait avec éloquence, professionnalisme et sympathie. C'est un perfectionniste, qui tient des to-do lists et un journal de ses courses. Il réfléchit, analyse et ne laisse rien au hasard. Presque tout dans la vie du Nidwaldien suit un plan. Même lorsqu'il défait sa valise, comme il l'explique dans sa biographie:
Odermatt est un coéquipier modèle qui ne disparait pas après une déception. Les images de sa tête à moitié rasée lors des Mondiaux 2025 sont restées inoubliables. Le Nidwaldien avait certes manqué le podium en descente, mais cela ne l'avait pas empêché de célébrer avec enthousiasme et sans aucune jalousie les médailles helvétiques.
Franjo von Allmen: Franjo von Allmen est, selon ses propres mots, difficile à supporter au réveil et «ne fonctionne pas comme Odermatt». A tel point qu’il se lève exprès très tôt pour pouvoir prendre son petit-déjeuner seul. Le Bernois se laisse rarement déstabiliser. Il l'affirme:
Cette insouciance se reflète dans son style de ski. Le natif de Boltigen (BE) prend des risques et attaque avec audace, quitte à se retrouver dans des situations délicates. Il parle aussi à l'instinct. Au sein de l’équipe suisse, il est moins ancré qu’Odermatt. Il a moins besoin d’harmonie et suit parfois sa propre voie.
Popularité
Marco Odermatt: Son fan-club compte plus de 3 500 membres issus de vingt nations et il approche les 600 000 abonnés sur Instagram. Marco Odermatt est une idole et évolue avec aisance sur tous les terrains. Cela fait de lui un ambassadeur idéal. Mais l’amour des fans a aussi son revers, puisqu'il doit de plus en plus souvent être protégé de supporters alcoolisés.
Le contact avec le public donne aussi lieu à des situations particulières. Comme ce jour où, lors d’une séance d’autographes, une femme s’est présentée avec la signature d’Odermatt tatouée sur son décolleté.
Franjo von Allmen: Dans son cercle privé, il est sociable. Le Bernois pourrait se passer des projecteurs, mais il s’y habitue de plus en plus:
L’intérêt pour sa personne augmente cependant rapidement avec ses succès. Après son titre olympique en descente, des journalistes du Japon et des Etats-Unis se sont intéressés à lui, au point de lui causer quelques soucis:
Sur Instagram, près de 250 000 personnes suivent Franjo von Allmen. Son fan-club approche la barre des 1000 membres. Et avec chaque succès, les ventes du schnaps commercialisé par son fan-club selon une recette du Bernois augmentent.
Enfance
Marco Odermatt: Enfant, Marco Odermatt avait hâte de devenir coureur. Il s’est tenu pour la première fois sur des skis peu après son deuxième anniversaire. Son père était alors entraîneur au ski-club de Hergiswil (NW). «Marco voulait sans cesse venir à l’entraînement. Mais je ne l’ai emmené qu’une fois qu’il avait 5 ou 6 ans», raconte son père Walter Odermatt.
Marco Odermatt a grandi à Buochs (NW). Le Nidwaldien a fréquenté l’école secondaire sportive d’Engelberg (OW) et obtenu sa maturité avec mention. En tant que skieur, il a suivi le parcours classique et il est aujourd'hui encore pleinement intégré aux structures de Swiss-Ski. Il a remporté cinq médailles d’or aux Mondiaux juniors en 2018.
Franjo von Allmen: L’école, ou plutôt le chemin de l'école, a marqué Franjo von Allmen à vie. Il devait franchir 400 mètres de dénivelé deux fois par jour, la plupart du temps à vélo. Le retour se faisait en montée.
C’est au col du Jaun (BE) qu’il a appris à skier. Contrairement à Odermatt, il ne rêvait pas d’une carrière dans le ski. «On faisait surtout beaucoup de bêtises», se souvient-il. Il a néanmoins rejoint le ski-club local et a rapidement disputé des courses. Il se murmure aussi qu'il arrivait souvent en retard aux remises de prix parce qu’il construisait quelque part un tremplin avec des amis.
Le père de Franjo Von Allmen père est décédé de manière inattendue lorsque le skieur avait 17 ans. L’argent se faisant rare, ses amis ont alors lancé un crowdfunding et sauvé sa carrière. En parallèle, le Bernois a achevé un apprentissage de charpentier. Il a aussi remporté trois médailles d’argent aux Mondiaux juniors 2022.
Revenus
Marco Odermatt: Selon diverses estimations, Marco Odermatt génèrerait jusqu’à cinq millions de francs par an. Les primes de course, qui se montent à plus de 3,5 millions de francs depuis le début de sa carrière, n’en constituent qu’une partie.
Le Nidwaldien est sous contrat avec 17 partenaires premium, cinq équipementiers et trois sponsors de soutien. Il pourrait toutefois gagner bien davantage. Son manager Michael Schiendorfer a déclaré qu’il devait refuser des offres presque quotidiennement. Un multimillionnaire kazakh aurait par exemple proposé 150 000 francs pour deux journées privées de ski avec Marco Odermatt.
Franjo von Allmen: Le Bernois aime dépenser son argent. Comparé à Marco Odermatt, il reste toutefois plus réservé en matière de marketing. Il affirme:
Franjo Von Allmen compte un sponsor principal, cinq partenaires premium, trois équipementiers et deux sponsors de soutien. Il a récemment franchi la barre du demi-million de francs de gains depuis le début de sa carrière et, selon certains experts, il pourrait désormais dépasser le million de francs de revenus de sponsoring.
Vie privée
Marco Odermatt: Le natif de Buochs s'est mis en couple il y a six ans avec Stella Parpan, qu'il connaissait depuis le jardin d’enfants, après s’être perdus de vue pendant longtemps. Marco Odermatt lui a écrit sur Instagram et elle l’a invité à une soirée jeux. Depuis le printemps dernier, ils vivent ensemble dans un appartement à Ennetbürgen (NW).
Franjo von Allmen: il vit avec son frère Kilian dans l’ancienne maison familiale à Boltigen. Sa grand-mère passe régulièrement pour faire le ménage. Il se sent mieux parmi ses anciens collègues artisans. «Parfois, j’aimerais retourner sur les chantiers et discuter un peu», reconnait-il. Il reste cependant discret sur sa vie amoureuse.
Loisirs
Marco Odermatt: Outre la montagne, «Odi» est attiré par l’eau. Il a passé le permis bateau et se retrouve parfois sur une planche de surf. Depuis quelques années, il est aussi membre d’un club de tennis. Avec ses coéquipiers, il apprécie de jouer au jass, comme la plupart des sportifs suisses.
Marco Odermatt aime aussi faire la fête et savourer ses succès comme il se doit lorsque le moment s’y prête. Après son titre mondial en descente en 2023, il a fait irruption dans un bar d’après-ski et largement célébré son résultat. Les images étaient devenues virales et il y avait répondu ainsi:
Franjo von Allmen: Pour se changer les idées, il aime bricoler de vieilles voitures. Il possède lui-même une Golf de première génération. Il est aussi passionné de motocross, ce qui ne fait pas vraiment plaisir à ses entraîneurs. «Je ne renoncerai pas à ça», leur rétorque-t-il.
Le Bernois sait également faire la fête. Il a besoin de cet équilibre. Après son titre mondial en 2025, il avait même lancé:
Il sait toutefois quand se retenir. Après l’or en combiné par équipes lundi, à la veille du Super-G olympique, il a déclaré: «Je laisse la fête à Tanguy Nef. Je dois économiser de l’énergie». L'idée s'est finalement avérée judicieuse avec son nouveau sacre.
(traduction et adaptation: btr)
