Les fans de Franjo von Allmen ont une tradition insolite: on a participé
Le voyage vers la région natale de Franjo von Allmen aurait pu être plus idyllique ce mercredi. Nuages et brouillard enserrent les sommets de l’Oberland bernois alors que la pluie tombe sans relâche. Les visiteurs sont toutefois accueillis par d’innombrables drapeaux et pancartes.
Première étape: le Lothar-Bar à Zweisimmen (BE). C’est ici que les «Franatiker», le fan-club de Franjo von Allmen, se réunissent pour suivre le Super-G. Un peu plus de 100 femmes, hommes et enfants sont présents. A 11 heures 43, le bar explose. Le Bernois vient de franchir la ligne d’arrivée avec du vert. Il ne quittera finalement pas ce 1er rang et décrochera sa troisième médaille d'or en cinq jours.
Fait remarquable, lorsque Marco Odermatt a échoué peu après à battre le meilleur temps, il n’y a pas eu d’explosion de joie. Au contraire, les «Franatiker» ont même bruyamment encouragé le Nidwaldien.
Une très longue semaine
Derrière le comptoir se tient Simon Haldi, patron du Lothar-Bar. Il sourit et confie avec humour:
Même si les fameuses «saucisses Franjo» de la boucherie de Boltigen sont déjà en rupture de stock, personne ne manque de nourriture ou de boisson. En tête des préférences: le shot «Franatiker». Le fan-club du triple champion olympique a en effet créé son propre schnaps, comme le raconte Haldi:
Ce qui avait débuté comme une plaisanterie entre amis est devenu un vrai succès: environ 5 000 bouteilles sont aujourd’hui produites chaque année. Tradition oblige, on offre une tournée et on trinque à Franjo von Allmen. Ce mercredi midi ne fait pas exception.
Quand le vainqueur se présente en interview après la course, le silence se fait dans le bar. Tous écoutent les mots de leur héros. Eclat de rire général lorsque le jeune homme de 24 ans déclare: «Oui, je crois que je peux être satisfait de ces Jeux olympiques». Difficile de faire mieux en effet.
Une performance «surréaliste»
Au centre du Lothar-Bar se tient Sandro Siegenthaler. A 30 ans, il est président du fan-club. Comme beaucoup ici, il porte une casquette «FvA». Mais ce sont surtout ses yeux qui trahissent l’incrédulité face à ce qui vient de se produire. «Surréaliste», lâche-t-il à propos des trois médailles d’or.
Comme Franjo von Allmen, Sandro Siegenthaler a grandi à Boltigen. Il l’a connu au ski-club local, alors que Franjo, de six ans son cadet, faisait déjà parler de lui. «Il n’a pas fallu longtemps pour qu’il nous dépose tous», se souvient-il.
A l’été 2022, il décide avec quelques camarades qu’il est temps de créer un fan-club. La fête fondatrice, en novembre 2022, a déjà lieu au Lothar-Bar. Cet hiver-là, le groupe – alors composé de quinze personnes – se rend pour la première fois sur des courses: à Wengen pour de la Coupe d'Europe et à Verbier pour le championnat de Suisse. Les 15 «Franatiker» de l'époque sont aujourd'hui plus de 1 300.
Un apprentissage de menuisier
Rien ne laissait présager que Franjo von Allmen deviendrait un jour skieur professionnel et encore moins triple champion olympique. Son parcours n’était pas tracé. A 17 ans, après le décès de son père, la carrière semble même menacée par des difficultés financières. L’idée d’un crowdfunding voit alors le jour avec succès.
C’est aussi l’époque où il effectue son apprentissage de charpentier. Son maître d’apprentissage s’appelle Stefan Schletti. Quelques heures après le troisième sacre olympique, il nous reçoit dans son bureau.
Entre 2017 et 2021, Franjo von Allmen suit «un apprentissage normal», insiste son ancien formateur. Certains entraîneurs auraient préféré qu’il prenne une année supplémentaire. «Mais Franjo et moi savions qu’il y arriverait». Il termine avec de bonnes notes. Sa plus grande force? «Sa polyvalence». Stefan Schletti détaille:
Ce qui impressionne le plus Stefan Schletti, c’est son caractère. «Il est resté fidèle à lui-même. Il n’est pas devenu une superstar inaccessible».
L’intérêt pour le métier est toujours là. Après son apprentissage, Franjo von Allmen est régulièrement revenu donner un coup de main. «Il m’écrivait sur WhatsApp: "Je peux passer trois jours, ça t’intéresse?"». Peut-être le fera-t-il encore à l'avenir, si son agenda de triple champion olympique le permet.
Une rue pour von Allmen?
Albert Wampfler est syndic de Boltigen depuis neuf ans. Sa commune prépare une réception en l'honneur de Franjo von Allmen. Une rue ou un chemin portera-t-il un jour le nom de son skieur fétiche? Le fonctionnaire l'admet:
La soirée tombe sur l’Oberland bernois. Le soleil parvient enfin à percer les nuages. Mais pour certains, cette journée historique est loin d’être terminée. Les shots de «Franatiker» ont assurément coulé à flot jusqu'à tard dans la nuit.
(traduction et adaptation: btr)
