Suisse
Sport

Marco Odermatt: «Je pense souvent à des choses tristes sur le podium»

Pépite du ski alpin, Marco Odermatt a remporté la médaille d'or du slalom géant aux JO de Pékin.
Pépite du ski alpin, Marco Odermatt a remporté la médaille d'or du slalom géant aux JO de Pékin.image: instagram

Marco Odermatt: «Sur le podium, je pense souvent à des choses tristes»

Le champion olympique de slalom géant parle de sa folle aventure à Pékin, mais aussi de sa face cachée, mélancolique, et quelque peu torturée par sa notoriété croissante. Interview.
21.02.2022, 18:5322.02.2022, 08:33
Rainer Sommerhalder / ch media

Marco Odermatt vient de rentrer des Jeux olympiques de Pékin, où il a décroché l'or en géant. Le Nidwaldien de 24 ans, nouveau prodige du ski alpin, a donné sa première grande interview post-JO, dans laquelle il se dévoile comme athlète, mais surtout en tant qu'humain.

Après votre titre olympique, vous avez déclaré très sobrement que vous étiez heureux de pouvoir désormais faire une croix sur cet objectif. Vous tenez une sorte de liste avec des cases à cocher?
MARCO ODERMATT: C'est effectivement le cas, je peux l'admettre. Logiquement, beaucoup de choses doivent s'accorder pour que je puisse parler comme ça. Il faut d'abord acquérir le potentiel sportif avant de créer une liste avec des cases. Après cette saison, je sais que je suis capable de gagner toutes les grandes courses.

Olympia Goldmedaillengewinner Marco Odermatt posiert bei seiner Ankunft am Flughafen Zuerich mit seiner Goldmedaille, aufgenommen am Dienstag, 15. Februar 2022 in Zuerich Kloten.(KEYSTONE/Ennio Leanza ...
A peine arrivé à Zurich après les JO, Marco Odermatt a dû se plier à une séance photo. Image: keystone

Il ne reste plus qu'à cocher les autres cases.
C'est cool de pouvoir accomplir ce genre d'objectifs. Ça me donne beaucoup de tranquillité pour les prochains Jeux olympiques, dans quatre et huit ans. Je pourrai me rendre à ces grands événements d'une tout autre manière. Je n'ai plus la pression de devoir devenir champion olympique. Je peux beaucoup plus profiter de l'événement. C'est une meilleure situation que si j'avais tout gagné sauf ce titre olympique et que je me rende dans huit ans aux JO, par exemple, avec une énorme pression.

Que reste-t-il sur votre liste des choses à faire?
Ce n'est pas un secret: le classement général de la Coupe du monde est mon grand objectif. C'est le plus beau titre qu'un skieur puisse gagner.

Vous pourrez cocher cette case dans deux semaines!
Oui, pour se comparer aux tout meilleurs, il faut un titre de champion du monde et, en tant que descendeur, une victoire à Kitzbühel et à Wengen.

Vous avez une préparation très méthodique. Est-ce que dans votre vie hors du sport, vous fonctionnez aussi avec des listes de choses à accomplir?
Pas seulement en pensée, mais aussi par écrit! Ce matin, j'en ai justement rédigé une: les tâches que je dois encore faire, à quoi je dois penser. Même si le succès sportif est une bonne chose, il découle de beaucoup de travail. Alors je veux contrôler ce travail et m'y confronter rapidement.

Vous faites preuve d'un grand sens du devoir. Vous pourriez aussi dire: «Je suis champion olympique, je peux rester tranquille quelques jours!»
Oui, je suis sans aucun doute une personne consciencieuse. Je n'aime pas avoir des choses inachevées ou commencées.

«Si je sais que j'ai encore des choses à faire, je ne suis pas libéré dans ma tête et donc pas prêt à me reposer correctement. Il en va de même pour les e-mails. Je veux que ma boîte mail soit bien rangée. Un dossier vide et bien rangé me procure un bon sentiment»

Sur les pistes, la flexibilité et l'insouciance sont vos grandes forces. Mais, en même temps, vous êtes très méthodique. N'est-ce pas contradictoire?
Je ne pense pas. Je sais relativement bien juger quand il faut telle ou telle compétence. C'est vrai que dans la vie de tous les jours, à l'entraînement ou en préparation de la saison, j'ai une approche très systématique. Mais dans les deux minutes qui séparent le départ et l'arrivée d'une course, on met presque toute la méthodologie de côté et on fait confiance à ses réflexes naturels.

Quelles sont les impressions que vous retirez de vos premiers JO?
Beaucoup de choses. Il s'agissait sans aucun doute de Jeux spéciaux en raison des circonstances. Mais tout a mieux fonctionné que ce que l'on craignait a priori. Et ce que les Chinois ont mis en place en termes d'infrastructures est énorme. Ce n'est pas nécessaire de débattre à chaque fois pour savoir si ça avait un sens ou non de faire comme ça.

Vous êtes extrêmement structuré, avec un plan clair dans la tête. Profitez-vous aussi de l'instant présent?
Je pense que oui. Dès que j'ai terminé quelque chose en ski, je peux vraiment déconnecter. Je peux et veux profiter de ce que j'ai accompli.

Jusqu'où vous projetez-vous dans l'avenir?
Pas loin du tout. Actuellement, mes plans vont jusqu'en avril, avec des rendez-vous qui m'attendent. Et je ne planifierai pas, déjà en mai, la saison à venir.

Vous ne pensez donc pas encore à votre après-carrière sportive?
Non, pas du tout.

Aussi à l'aise dans l'eau que sur la neige.
Aussi à l'aise dans l'eau que sur la neige. image: Instagram

On dit que vous avez toujours été un leader dans un groupe. Aimez-vous guider?
Je suis quelqu'un qui a une opinion claire et qui veut l'imposer autant que possible. Je ne m'écarte pas facilement d'un plan. Mais un mâle alpha qui marche en tête? Ce n'est pas la bonne définition.

Mais vous appréciez aussi fixer dans votre vie privée un programme.
Oui et non. Je veux faire bon usage du peu de temps libre que j'ai. D'une certaine manière, ça implique aussi d'être efficace. Quand quelqu'un a une bonne idée, je suis toujours partant. Mais je ne me lance pas dans un week-end de congé sans réfléchir et simplement me laisser bercer.

Jusqu'à Pékin, on vous voyait exprimer les émotions habituelles d'un sportif: la joie en cas de succès, la déception après un échec. Mais lors de l'entraînement de la descente des JO, on a aussi vu un Marco Odermatt en colère. Une nouvelle facette de vous?
Non, elle existait déjà avant. J'ai aussi exprimé clairement mon opinion à d'autres occasions. Je pense notamment à la finale de la Coupe du monde à Lenzerheide l'année dernière. A l'époque, c'était certainement un mélange de frustration et de déception.

«Entre-temps, j'ai acquis un statut grâce auquel je veux et je peux exprimer des critiques. Je veux contribuer à l'amélioration des situations. La communication entre les athlètes et les organisateurs, comme le jury et la Fédération internationale de ski (FIS), ne fonctionne pas encore super bien»

Vous voulez changer ça?
On peut soit ne pas en parler, ce qui serait peut-être préférable à court terme en vue de la prochaine course. Ou alors en parler. Si personne ne le fait, on n'avancera pas.

Mais vous n'avez pas l'air d'être quelqu'un de très émotif.
J'ai déjà ma perception subjective. Mais je pense que je peux faire la part des choses. Il m'arrive de m'émouvoir. Mais je ne perds jamais mon sang-froid.

L'émotion vous gagne, par exemple, lorsqu'il s'agit de votre coéquipier Gian-Luca Barandun, décédé dans un accident en 2018. Aujourd'hui encore?
Oui, quand je suis sur le podium et que j'entends l'hymne national, ce genre de choses me vient très, très souvent à l'esprit.

«Quand je m'écoute ou que je lève la tête au ciel, il y a des pensées tristes qui me viennent à l'esprit»

Est-ce que Gian-Luca vous est aussi venu en tête à Pékin?
Oui.

Comment vit-on en tant que surdoué?
Il n'y a rien de spécial du tout. En fin de compte, j'essaie simplement de faire mon travail aussi bien que possible. Comme vous essayez de le faire en tant que journaliste ou comme mon père en tant qu'ingénieur civil. Tout le monde a des talents. Je ne me considère pas comme un surdoué parce que je skie mieux que les autres.

Dans votre vie privée, vous ne revendiquez surtout pas un statut particulier.
Oui, ça ne me botte pas du tout. Et avoir un statut particulier est ce qui me dérange le plus.

C'est-à-dire?
De plus en plus, je ne peux plus faire des choses banales du quotidien. Ce n'est plus aussi simple pour moi d'aller dans un bar à Lucerne, à la piscine ou dans un sauna public. On est reconnu partout, des gens ont même l'idée de nous filmer et de publier ça quelque part sur internet. Je ne me sens plus libre de faire ce que j'aimerais faire dans ces moments de temps libre.

Avec ses potes en vacances.
Avec ses potes en vacances. image: instagram

La célébrité peut aussi être embêtante à vivre.
Absolument. Ça vole de l'énergie. Pour moi, en tant que sportif, le plus important sera, à l'avenir, la récupération. Mais ça devient de plus en plus compliqué. Avant, je rentrais à la maison entre les courses, je déconnectais du sport et je vivais une vie normale.

«Maintenant, même dans ces moments-là, je suis toujours confronté à des sujets liés au sport. Lorsque je regarde mon bureau, je vois une grande pile de lettres de fans. J'en reçois environ 50 par jour»

Heureusement, mon père et ma mère m'aident. Mais en fin de compte, ça prend aussi beaucoup de temps et d'énergie.

Combien de messages d'admiratrices recevez-vous?
Sur Instagram, j'ai perdu le fil des messages depuis longtemps. Après une victoire, il y en a des milliers. Mais je ne connais pas de véritables admiratrices.

Donc pas de groupies ou de propositions immorales?
Non.

Le bonnet porté à l'intérieur, stylé?
Le bonnet porté à l'intérieur, stylé? image: instagram

Qu'est-ce qui vous a le plus fait plaisir à votre retour de Pékin?
La nourriture. Aujourd'hui, j'ai mangé un bon morceau de viande dans un restaurant avec ma famille et ma copine. C'est aussi agréable quand, pendant quelques jours, tout ne tourne pas autour du ski.

Vous faites désormais partie des personnes qui gagnent le plus d'argent dans le sport suisse. Quelle place a l'argent pour vous?
C'est une question difficile. Ce n'est pas mon moteur en tant que sportif. Au départ d'une course, je ne vois pas les 45 000 francs pour le vainqueur et je ne me dis pas: «Voilà, je vais prendre ce fric!» Mais je suis tout à fait conscient que le ski est à la fois mon job et un métier que l'on ne peut exercer que pendant un certain temps. Je n'ai pas fait d'études et je sais qu'à 35 ans, je n'ai pas la garantie de continuer à percevoir un bon salaire mensuel. Alors si je fournis une bonne prestation, je dois en retirer quelque chose.

Vous vivez en colocation avec un collègue. Quand allez vous déménager dans une villa?
Ce ne sera pas une villa, mais je déménagerai dans mes propres murs au plus tard cet été.

La victoire olympique vous a rapporté 40 000 francs supplémentaires. Qu'est-ce...
... c'est vrai? Je savais seulement qu'il n'y avait pas de prix en espèces comme en Coupe du monde.

Oui, Swiss Olympic récompense l'or olympique avec ce montant!
Je ne savais pas. C'est beau!

Qu'est-ce que vous allez vous offrir avec cette somme?
Jusqu'à maintenant, je ne me suis jamais offert quelque chose de spécial.

Adaptation en français: Yoann Graber

Plus d'articles sur le sport
Ce club suisse fait payer ses fans plus chers que les visiteurs
Ce club suisse fait payer ses fans plus chers que les visiteurs
de Sebastian Wendel
Zverev a pris une décision radicale avec son téléphone
Zverev a pris une décision radicale avec son téléphone
de Yoann Graber
Aston Villa transforme une faute sur Manzambi en coup de génie
Aston Villa transforme une faute sur Manzambi en coup de génie
de Yoann Graber
Le capitaine de La Tchaux s'est blessé de façon absurde
1
Le capitaine de La Tchaux s'est blessé de façon absurde
Des gardiens accusés de tricher dans le hockey suisse
Des gardiens accusés de tricher dans le hockey suisse
Il encaisse deux buts dans la même seconde
Il encaisse deux buts dans la même seconde
de Yoann Graber
Ce Suisse organise une course aux règles impitoyables
Ce Suisse organise une course aux règles impitoyables
de Selina Odermatt
Roger Federer a trouvé un moyen de gagner encore plus d'argent
Roger Federer a trouvé un moyen de gagner encore plus d'argent
de Simon Häring
2000 francs d'amende et une suspension à 5 ans: le père d'Emily riposte
2000 francs d'amende et une suspension à 5 ans: le père d'Emily riposte
de Flavia Zemp
La star montante du tennis n'aurait jamais dû s'en prendre à un enfant
1
La star montante du tennis n'aurait jamais dû s'en prendre à un enfant
de Yoann Graber
Cette course mythique se cache juste derrière la frontière suisse
Cette course mythique se cache juste derrière la frontière suisse
de Julien Caloz
Une bataille inédite se joue en coulisses du tournoi de tennis de Bâle
Une bataille inédite se joue en coulisses du tournoi de tennis de Bâle
de Simon Häring
Dortmund face à une situation rarissime en Ligue des champions
Dortmund face à une situation rarissime en Ligue des champions
de Julien Caloz
Il s'est passé un truc fou sur cette balle de match
Il s'est passé un truc fou sur cette balle de match
de Yoann Graber
Le salaire de ce joueur de Gottéron interroge
1
Le salaire de ce joueur de Gottéron interroge
de Klaus Zaugg
Zidane a négocié un salaire pas comme les autres avec les Bleus
Zidane a négocié un salaire pas comme les autres avec les Bleus
de Julien Caloz
Des agents israéliens armés au match à Sion? Le mystère reste entier
Des agents israéliens armés au match à Sion? Le mystère reste entier
de Raphael Gutzwiller
Un échange de gardiens agite le hockey suisse
Un échange de gardiens agite le hockey suisse
de Klaus Zaugg
«J'ai la nausée»: on a testé l'Hyrox, ce sport qui cartonne en Suisse
1
«J'ai la nausée»: on a testé l'Hyrox, ce sport qui cartonne en Suisse
de Mira Güntert
Il demande un temps mort médical pour une raison à peine croyable
Il demande un temps mort médical pour une raison à peine croyable
de Yoann Graber
Une cause improbable stoppe définitivement ce match en Romandie
Une cause improbable stoppe définitivement ce match en Romandie
de Yoann Graber
Ce club impose une interdiction insolite à ses fans dans le stade
Ce club impose une interdiction insolite à ses fans dans le stade
de Yoann Graber
Zverev bientôt sur le trône du tennis, mais une polémique éclate
Zverev bientôt sur le trône du tennis, mais une polémique éclate
de David Digili
Xhaka s'embrouille dans un centre commercial
2
Xhaka s'embrouille dans un centre commercial
de Yoann Graber
Voici comment réussir vos randonnées automnales
Voici comment réussir vos randonnées automnales
de Niclas Zettergren
Cher Roger Federer, ne faites pas cette erreur!
2
Cher Roger Federer, ne faites pas cette erreur!
de Simon HÄring
Cher Alex Frei, arrêtez d’entraîner!
Cher Alex Frei, arrêtez d’entraîner!
de Simon HÄring
Le grand rival d'Odermatt tout proche d’un incroyable come-back
Le grand rival d'Odermatt tout proche d’un incroyable come-back
de Romuald Cachod
Federer va manquer les adieux de Wawrinka
Federer va manquer les adieux de Wawrinka
de Simon HÄring et Jakob Weber
La face sombre du dernier match de Lionel Messi
La face sombre du dernier match de Lionel Messi
de Pierre Donadieu
Odermatt est désavantagé en Autriche
Odermatt est désavantagé en Autriche
de Rainer Sommerhalder
La pépite suisse de l’Italie a frôlé la catastrophe
La pépite suisse de l’Italie a frôlé la catastrophe
de Romuald Cachod
Cette légende du FC Sion a pourri le premier match de Messi
Cette légende du FC Sion a pourri le premier match de Messi
de Yoann Graber
L’équipe suisse Tudor proche d’un transfert XXL
L’équipe suisse Tudor proche d’un transfert XXL
de Romuald Cachod
Ces personnes amputées ont le sens de l'humour
1 / 13
Ces personnes amputées ont le sens de l'humour
source: imgur
partager sur Facebookpartager sur X
Le meilleur d'Andri Ragettli, le skieur acrobatique des Grisons
Video: watson
Du lourd pour Wawrinka au 1er tour de son dernier tournoi
Le tennisman vaudois connaît son adversaire pour le premier tour du dernier tournoi de sa carrière, la semaine prochaine à Bâle. Et ce n’est pas un cadeau.
Stan Wawrinka (ATP 140) n'aura pas la tâche facile au 1er tour des Swiss Indoors, qui constituent le dernier tournoi de sa carrière.
L’article