Le sport suisse pourrait perdre beaucoup d'argent
L'année 2025 a rapporté à plus d'un organisateur d'événements sportifs internationaux une manne financière très attendue. Deux ans plus tôt, le Parlement avait décidé que les millions de l'Etat, jusque-là réservés à l'organisation de championnats du monde ou d'Europe, serviraient également à soutenir les événements sportifs annuels récurrents.
La logique derrière cette décision était claire: c'est justement ce type de rendez-vous réguliers qui posent les bases et permettent de développer le savoir-faire nécessaire pour des événements de plus grande ampleur. Comment la Suisse pourrait-elle organiser les Jeux olympiques d'hiver de 2038, avec 16 disciplines olympiques, sans organisateurs déjà expérimentés?
Très peu de ces événements sportifs sont en effet rentables. Il suffit souvent que les caprices de la météo ou qu'une difficulté soudaine surviennent dans l'organisation, pour que les comptes basculent dans le rouge.
Pour l'année 2025, le Parlement avait débloqué cinq millions de francs afin de combler ce type de déficits, avec un plafond de 500 000 francs par événement. L'argent n'étant versé que si le canton et la commune d'accueil apportent, ensemble, le double de ce montant.
Au final, seuls trois millions ont été effectivement utilisés. La liste interne de l'Office fédéral du sport, que CH Media a pu consulter, montre que ces fonds ont surtout été les bienvenus dans le cyclisme et les événements placés sous l'égide de Swiss Ski.
De grands événements, comme la course de Lauberhorn ou le spectacle skiable d'Adelboden, ont pu retirer leur demande de subvention lorsqu'ils sont parvenus à atteindre l'équilibre financier. D'autres organisateurs, en revanche, ont reçu un coup de pouce de la Confédération se chiffrant en centaines de milliers de francs.
Les manifestations sportives les plus aidées par la Confédération
- Tour de Suisse hommes, Cyclisme, 368 996 francs
- Laax Open, snowboard freestyle, 290 920 francs
- Athletissima, Lausanne, athlétisme, 287 375 francs
- Coupe du monde de ski alpin, Crans-Montana, 266 000 francs
- Tour de Romandie féminin, cyclisme, 190 000 francs
- Longines Classics, Bâle, saut d'obstacles, 128 725 francs
- Coupe du monde de ski de fond, Engadine, 122 550 francs
- Europe Top 19, Montreux, tennis de table, 96 266 francs
- Yonex Swiss Open, Bâle, badminton, 95 475 francs
- Coupe du monde de ski cross, Veysonnaz, ski cross, 95 000 francs
- Tour de Suisse femmes, cyclisme, 91 042 francs
- Régate de Lucerne, aviron, 76 000 francs
Ces fonds ne sont pas destinés à corriger un déficit structurel. Cette année, le traditionnel Laax Open est parvenu à boucler son budget sans aide de l'Etat et grâce à de nouveaux sponsors et des économies réalisées. Quant au Tour de Suisse, la compétition est parvenue, grâce à un nouveau format d'organisation, à réduire son déficit de près de moitié.
Les organisateurs d'événements sportifs récurrents peuvent en théorie déposer leurs demandes pour 2027 jusqu'à fin septembre.
Mais il y a un «mais» de taille. Dans le projet de budget fédéral, récemment publié, ces fameux cinq millions de francs promis au sport ont été supprimés. Ainsi, cette subvention pourrait déjà appartenir au passé après deux ans d'existence seulement, si le Conseil fédéral obtenait gain de cause.
Il va falloir lutter pour survivre
Qu'est-ce que cela signifierait pour les organisateurs concernés? Adriano Iseppi, le directeur de course de la Coupe du monde de ski de fond en Engadine, et Bernhard Aregger, le chef du comité d'organisation du saut à ski à Engelberg, affirment que la disparition de ces fonds serait lourde de conséquences, voire menacerait l'existence de leur événement. Tous deux soulignent également les interdépendances entre les fonds fédéraux et les soutiens communaux et cantonaux.
L'autre enjeu de taille, pour ces événements, est l'écart entre les exigences croissantes imposées aux épreuves de Coupe du monde par la Fédération internationale de ski (FIS) et celles imposées par les autorités, qui font grimper les coûts. Adriano Iseppi explique:
La Coupe du monde de ski de fond doit composer avec un budget total de 1,2 million de francs.
Si les Jeux olympiques étaient organisés en Suisse en 2038, le saut à ski et certaines disciplines de ski de fond se dérouleraient à Engelberg.
Bernhard Aregger se bat depuis longtemps déjà pour boucler le budget de 1,8 million de francs de l'épreuve de Coupe du monde de saut à ski. Il s'agace du fait que les fonds fédéraux avaient initialement été promis sur un horizon d'au moins 5 ans — et voilà que la Confédération veut, au final, faire brutalement marche arrière, après deux ans seulement.
Les évènements sont menacés
Pour Donald Nader, le chef du comité d'organisation du Laax Open, le problème réside lui aussi dans la prévisibilité d'un événement. Des accords pluriannuels ont été conclus avec la commune et le canton, accords qui dépendent eux-mêmes du soutien fédéral. Il lance:
Directeur du Tour de Suisse, Olivier Senn estime que ces fonds de la Confédération ne doivent pas être intégrés de façon fixe dans un budget, mais plutôt servir de filet de sécurité en cas d'imprévu.
Par exemple, un changement de concept, une réorientation, ou une situation exceptionnelle ponctuelle et afin de garantir la pérennité d'événements organisés traditionnellement. Mais Olivier Senn s'agace lui aussi contre le Conseil fédéral, qu'il accuse de «vouloir remettre en cause une décision parlementaire déjà confirmée à plusieurs reprises, agissant ainsi contre la volonté du Parlement».
Diego Züger connaît bien l'importance du soutien fédéral pour certains événements. Le co-directeur général de Swiss Ski connaît aussi les incertitudes liées à la météo pour ces disciplines. Il déclare:
A chaque fois que l'on supprime un soutien, cela fait au final mal au sport. Car c'est grâce à ces fonds que la Suisse peut accueillir autant d'événements de haut niveau, dans des disciplines aussi variées.
Ce sera au Parlement de décider
Swiss Top Sport est l'association qui regroupe 23 des plus grands événements sportifs suisses récurrents, comme la Coupe Spengler à Davos ou les Swiss Indoors de Bâle, en tennis. C'est Luana Bergamin, la présidente de Swiss Cycling, qui en assure la direction générale. Elle affirme vouloir combatte cette coupe dans le budget de la Confédération.
Dans les prochaines semaines, il faudra cependant convaincre les conseillers nationaux et aux États de la nécessité de ces fonds. Luana Bergamin conclut:
Traduit de l'allemand par Joel Espi
