On a vu la nouvelle romance toxique sous acide avec Margot Robbie
Il faut prévenir tout de suite: l’adaptation 2026 de Hurlevent, en salles dès ce mercredi 11 février, n’est pas un film qui cherche à plaire à tout le monde. Et surtout pas à ceux qui pensent que «le cinéma, c’était mieux avant». Dès les premières minutes, Emerald Fennell, à qui l’on doit aussi Saltburn, impose sa vision.
Des couleurs saturées, des lumières agressives, des caméras suspendues au plafond comme si elles observaient les personnages depuis un autre monde. On n’est pas dans le réalisme. On est dans la mise en scène pure, presque insolente.
A la sortie du visionnage, difficile de rester indifférent. On est encore un peu happé, électrisé, légèrement sonné aussi. Enthousiaste, mais conscient des défauts. Ce Hurlevent ne cherche pas le réalisme parfait, il préfère nous en mettre plein la tronche. Et ça, ça marche.
«Hurlevent», la bande-annonce:
Robbie et Elordi, le couple (toxique) parfait
Le cœur battant du film, comme dans le roman, c’est évidemment la relation entre Catherine et Heathcliff. Et sur ce point, il n’y a pas de débat. La chimie entre Margot Robbie et Jacob Elordi est indiscutable. Il y a quelque chose de brutalement crédible entre les deux acteurs australiens, une tension presque animale. Ils se pourchassent, s’aimantent, se dévorent, se détruisent à la perfection dans un corps à corps infini.
C’est d’ailleurs là que les critiques les plus virulentes ont d'ores et déjà dégainé: trop de sexe, trop explicite, trop répétitif. Mais c'est justement cette répétition qui raconte quelque chose.
Catherine et Heathcliff, après des années de séparation, se retrouvent et sont incapables de se lâcher. Ils se consomment et se consument dans des chambres, des couloirs, des calèches, dans la nature froide qui contraste avec leur passion, dans des recoins improbables, encore et encore. Un martèlement qui finit par dire l’urgence et la dépendance entre eux. Ce n’est pas subtil, non. Mais ce n’est pas vide ou gratuit pour autant.
Des tableaux et des décors sous acide
Visuellement, Hurlevent fonctionne comme une suite de tableaux. Chaque scène semble pensée pour être regardée, presque figée. La caméra filme souvent d’en haut, écrasant les corps ou les exposant comme des figurines tragiques.
Complices aussi sur le tapis rouge:
@warnerbros In the most wuthering of winds, they warm our hearts. #WutheringHeightsMovie ♬ original sound - Warner Bros.
Les couleurs, elles, crient leur intention: des décors presque uniquement noir et blanc quand il faut souligner le vide, rouge sang pour le désespoir, couleurs pastel pour peindre le fade, contrastes violents pour les moments de rupture. Par moments, c’en est presque ridicule. Et c’est justement là que le film devient intéressant. On croirait que le ridicule n’est pas nié, mais revendiqué.
Ce parti pris radical explique sans doute pourquoi le film a autant fait grincer des dents dans les rangs des critiques les plus classiques avant même sa sortie. Ceux qui espéraient une adaptation sage, fidèle, victorianisée jusqu’au dernier ruban de corsage ont dû ravaler leur déception. Hurlevent n’illustre pas un livre, comme une énième adaptation que personne n’aurait réclamée. Il puise dans notre époque, nos excès, notre rapport frontal au désir et à la toxicité amoureuse pour proposer une vision vintage et moderne à la fois.
Tout n’est pas irréprochable, évidemment. Les personnages secondaires par exemple, comme Edgar, le mari de Catherine, et Isabella, présentée ici comme pupille d’Edgar (et non comme sa sœur, comme dans le roman), manquent de profondeur. Edgar apparaît parfois trop fade, presque transparent face à l’intensité du duo central.
Isabella, elle, semble parfois coincée dans un registre excessif, comme si l’actrice jouait en permanence sous acide. Quelques gimmicks finissent par se répéter un peu trop, et certains effets visuels auraient peut-être gagné à être légèrement retenus. Mais aurait-ce encore été le même film?
Too much assumé
Car c’est là tout l’enjeu; Hurlevent tient précisément parce qu’il va au bout de son idée. Un film plus sage, plus mesuré, aurait échoué. Emerald Fennell semble préférer l’excès à la tiédeur et signe une œuvre imparfaite, parfois maladroite, mais jamais tiède.
Des décors et des costumes revisités:
@warnerbros Los Angeles, have you caught your breath from last night's premiere? #WutheringHeightsMovie ♬ original sound - Warner Bros.
Ce Hurlevent ne s’adresse pas aux amateurs de cinéma classique, ni aux puristes du roman. Il parle plutôt à celles et ceux qui acceptent volontiers qu’une adaptation prenne des libertés, quitte à provoquer. Aux fans de romances toxiques, aux spectateurs ouverts aux propositions esthétiques radicales, aux curieux qui aiment qu’un film les bouscule plutôt que de les rassurer.
Ce n’est peut-être pas le meilleur film de l’année. Mais c’est un film qui fait jaser, qui divise, qui ne laisse pas indifférent. Et surtout, dont on se souviendra par sa différence. A une époque où tant de productions s’effacent aussitôt vues, c’est peut-être là que réside sa vraie réussite. Courra-t-on acheter le coffret DVD, avec les bonus et scènes coupées? Sans doute que non. Mérite-t-il qu'on aille le voir au cinéma, offrant un sujet de débat autour d'une pizza post-séance? Absolument.
«Hurlevent» («Wuthering Heights» en version originale), dans les salles romandes à partir du mercredi 11 février.
