La star suisse de la course à pied a pris une décision déchirante
Pour Dominic Lobalu, un voyage au Kenya est toujours chargé d’émotions. Un pays par lequel il a transité, enfant, quand il a fui son Soudan du Sud natal.
Au Kenya, le coureur de fond (27 ans) – champion d'Europe du 10 000 m en 2024 – a vécu dans un camp de réfugiés. Sa sœur y vit encore aujourd’hui. C’est aussi dans ce pays d'Afrique de l'Est qu’il s’entraînait jusqu’en 2019 au sein de l’équipe des réfugiés («Refugee Team»), avant de poser définitivement ses bagages en Suisse après une couse à Genève.
Longtemps, Lobalu n’avait pas osé entreprendre ce retour vers les origines de sa carrière. Il est désormais un coureur de classe mondiale, représente la Suisse et vit à Abtwil (AG). A 27 ans, il est désormais temps pour lui de s’entraîner là où évoluent de nombreux athlètes de son niveau: à Iten, au Kenya. Sans doute le centre de course à pied le plus connu au monde, offrant des conditions idéales et de bonnes infrastructures.
A 2 400 mètres d’altitude, dans les hauts plateaux kenyans, il est possible d’y effectuer un entraînement en altitude dans des températures constantes et modérées. C'est donc tout sauf un hasard si de nombreux coureurs de classe mondiale s’y entraînent, voire en sont originaires. Ces dernières années, Dominic Lobalu avait déjà effectué plusieurs camps d’entraînement en Afrique, notamment en Afrique du Sud et en Ethiopie. Mais Iten constitue pour lui une première. L'habitant d'Argovie y est parti début avril.
Une vieille connaissance
Et il est fort possible que Dominic Lobalu y croise un autre coureur suisse bien connu, qui est encadré par la même structure helvétique. Son nom? Julien Wanders. Aujourd’hui âgé de 30 ans, le Genevois choisi Iten comme lieu de vie dès son adolescence: il y vit depuis des années et est marié à une Kényane.
Longtemps considéré comme un prodige de la course, il a battu le record d’Europe du semi-marathon (en 59 min et 13 secondes). Mais depuis 2020, Wanders s’est fait plus discret. Il a dû à plusieurs reprises renoncer à ses grands objectifs ou les repousser. Du surentraînement et des problèmes physiques ont été évoqués. L’année 2019 a probablement été la meilleure de sa carrière. C’est justement cette année-là, celle où Lobalu entamait son ascension en Suisse, que le déclin de Wanders a commencé.
Blessure enfin identifiée
Mais le Genevois nourrit de grands espoirs de renouer avec ses meilleures performances. Le problème à l’origine de sa baisse de forme a peut-être été identifié: comme il l’a récemment détaillé sur les réseaux sociaux, il souffrait d’une endofibrose iliaque. Un mal qui concerne presque exclusivement les sportifs d’endurance – souvent dans le cyclisme. La paroi interne de l’artère iliaque s’épaissit en raison des fortes charges d’entraînement. Et l’endofibrose entraîne une irrigation insuffisante des muscles de la cuisse.
En décembre, Julien Wanders a subi une opération et peut désormais reprendre des entraînements plus intensifs à Iten. Le Genevois se montre confiant: après cinq années de souffrance, le problème a enfin été identifié. Il a écrit sur Instagram:
Wanders et Lobalu devraient se croiser dans les prochains jours, peut-être même s’entraîner ensemble.
Dominic Lobalu restera à Iten jusqu’en mai, avant de participer au Grand Prix de Berne, puis de se préparer pour la saison de la Diamond League. Le point culminant de l'année sera les Championnats d’Europe à Birmingham. Les échéances de Julien Wanders, elles, sont plus floues. Elles dépendront beaucoup de l’évolution de sa reprise.
Adaptation en français: Yoann Graber
