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20 kilomètres de Lausanne: «Je cours pour démolir mes potes»

La proportion de runners n'a cessé d'augmenter au cours des dernières années, notamment chez les jeunes et les femmes.
La proportion de runners n'a cessé d'augmenter au cours des dernières années, notamment chez les jeunes et les femmes.getty/watson

20 kilomètres de Lausanne: «Je cours pour démolir mes potes»

Ils sont de plus en plus nombreux, les «néos-runners», ces joyeux lurons à chausser les baskets pour mordre le pavé, le goudron, la pelouse ou le tartan depuis peu. De tout nouveaux coureurs qui s'élanceront en masse et avec entrain ce week-end, à Lausanne. Leurs motivations sont aussi bariolées qu'une paire d'Asics fluo.
27.04.2024, 08:0427.04.2024, 08:04

Ces derniers jours, l'open space de watson a vibré d'une excitation tranquille mais constante. Entre mystérieuses livraisons de colis (tiens tiens, qui s'est commandé cette paire de semelles rose vif?), les conversations passionnées à la pause de midi, un échange de conseil derrière l'écran de son ordinateur et les soupirs exaspérés à la perspective de la météo maussade, ou du bazar logistique qui attend les utilisateurs des transports publics ce week-end. Bref, les 20 kilomètres de Lausanne sont sur presque toutes les lèvres.

Chez watson, les profils de coureurs sont aussi divers que les marottes. De la runneuse irrégulière à l'esprit de compétition exacerbé, qui s'inscrit pour mettre la misère à ses copains, au multi-marathonien aguerri mais modeste, en passant par l'addict shootée à ses 8km à l'aube, après un détour par l'adepte du footing régulier sur les bords du Léman. Le dernier à rejoindre ce joyeux melting-pot, c'est S.* qui, à 38 ans, vient tout juste de se lancer dans la noble pratique de la course à pied.

Toujours plus de coureurs

S. fera partie des quelque 30 685 inscrits qui battront le pavé ce week-end, à l'occasion des 20 kilomètres de Lausanne. Un «record absolu» de participants, précise la manifestation avec satisfaction, avec 23% de plus par rapport à l'édition précédente. Même son de cloche du côté des grandes courses populaires qui ont rythmé le mois d'avril, du marathon de Paris et ses 54 000 participants (35% de plus qu'en 2015) à celui de Londres, le week-end dernier, avec 53 000 finishers (contre 43 965 en 2023).

Les statistiques sont unanimes. Le peloton grossit. Un peu plus chaque année depuis la pandémie de Covid, qui a vu un nombre record de «néo-runners» glisser les baskets pour la première fois. Et surtout, y prendre goût. 2 millions de «néo-runners» rien qu'en France, qui compte désormais 12,5 millions de pratiquants déclarés. Parmi eux, au moins 8 millions courent au moins une fois par semaine.

NEW YORK - NOVEMBER 4: Runners competing in the 1990 New York City Marathon run in Brooklyn near the Queensboro Bridge on November 4, 1990 in New York, New York. (Photo by David Madison/Getty Images)
Le marathon de New York compte de plus en plus de jeunes sportifs chaque année.Getty Images North America

Nous autres, petits Suisses, n'avons pas à rougir. Selon une enquête datant de 2022, 48% des Suisses s'adonneraient au jogging. La proportion des adeptes de la course quotidienne a quadruplé depuis 2019. L'an dernier, la participation aux courses populaires a explosé à travers le pays. Plus de 25% par rapport à l'année précédente, selon Swiss Athletics.

Parmi tous ces «néo-runners», beaucoup sont des femmes (elles représentent désormais près de la moitié des pratiquants), mais surtout de jeunes. «On voit apparaître les 18-24 ans, c'est un phénomène nouveau», constate Virgile Caillet, délégué de l'Union Sport et Cycle, sur le podcast RMC Running. Il semble loin, le temps où le marathon était réputé réservé aux coureurs plus «mûrs», avec beaucoup de kilomètres au compteur et dans les mollets. Depuis que TikTok et Instagram regorgent de vidéos de jeunes adultes se filmant en train de courir, la génération Z (née entre 1997 et 2010) se jette avec entrain et sans complexes dans la distance reine du marathon.

Pourquoi courrent-ils?

Une génération avec ses propres motivations, selon le magazine américain The Atlantic. Au milieu d'une période de vie jalonnée par les incertitudes et d'une époque où les marqueurs traditionnels de maturité (mariage, enfants, carrière stable, propriété) sont devenus plus difficiles à atteindre, venir à bout d'un marathon est un moyen de reprendre le contrôle de sa vie. De se donner un but, une identité.

«Lorsque d’autres étapes importantes de la vie semblent insaisissables, un marathon, bien qu’extrême, peut sembler être un moyen plus sûr de trouver un sens. Si vous respectez votre plan d’entraînement, c’est un objectif que vous pouvez atteindre»
Maggie Mertens, auteur d'un livre sur la course à pied chez les femmes, dans The Atlantic.

Et pour les autres, le running répond à tout un spectre de motivations: se libérer du stress du quotidien, s'injecter un boost de confiance en soi, bichonner son physique, caresser sa santé mentale, viser une performance, rejoindre une communauté ou, tout simplement, se vider la tête.

Prenez nos collègues de watson, par exemple. Quand notre collègue Margaux ne pense qu'à «démolir ses potes» 100 mètres avant la ligne d'arrivée, S. ne tient pas du tout le même discours. Quand on lui demande ce qui l'a poussé à s'inscrire à son tout premier 5 kilomètres, il répond du tac au tac:

«Un de mes amis a conçu l'affiche de la course, ça m'a motivé»
Phrase de graphiste, bonjour.

Plus sérieusement, depuis qu'il s'est mis à courir, S. commence tout juste à comprendre «le plaisir derrière la souffrance». Les premières séances ont été rudes, mais le «1% se révèle étonnamment agréable», confesse-t-il avec un sourire. Et c'est ce petit truc, incontestablement, qui rassemble tous les runners de la Terre.

*Nom connu de la rédaction.

Sans parler du plaisir de l'apéro...

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source: keystone
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Le magnifique geste d'un marathonien pour son pote
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