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Les clubs espagnols et portugais ne signent plus de joueurs sans blinder leur avenir.
Les clubs espagnols et portugais ne signent plus de joueurs sans blinder leur avenir. Image: Shutterstock

La clause libératoire à un milliard, la nouvelle blague du foot mondial

Le Barça a prolongé les contrats de Pedri, la semaine dernière, et d'Ansu Fati mercredi, en fixant le montant de leurs clauses à un milliard d'euros. Le genre de sommes astronomiques que les clubs espagnols adorent et qui sert à décourager les autres équipes de venir leur piquer des joueurs. La Super League utilise aussi la clause libératoire, mais différemment.
22.10.2021, 06:3522.10.2021, 17:08
Julien Caloz
Julien Caloz
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Pedri, Ansu Fati et Karim Benzema ont un point commun depuis quelques jours: Leur équipe (Barça pour les deux premiers et Real pour le troisième) les aime tellement qu'elle a fixé leur clause libératoire à un milliard d'euros.

Ça valait bien un gros bisou sur le logo du club 😘

Pedri est lié au Barça jusqu'en 2026.
Pedri est lié au Barça jusqu'en 2026.Image: Instagram

Cela ne veut pas dire que les trois joueurs valent cette somme.

  • La valeur marchande de Pedri est estimée à 80 millions d'euros selon le site spécialisé Transfermarkt.
  • Celle d'Ansu Fati à 60 millions.
  • Celle de Karim Benzema à 25 millions.

Cela signifie simplement que si un club adverse veut acheter le joueur encore sous contrat sans l'autorisation de son employeur (Barça ou Real), il doit payer un milliard. De quoi décourager n'importe quelle équipe. Mais c'est la loi du marché. «Comme dans la vie», glisse Michel Urscheler, agent de joueurs établi en Suisse. «Si vous avez une maison que vous adorez et qui vaut un million, vous ne serez jamais d'accord de vous en séparer au même prix. Mais si quelqu'un arrive et pose cinq ou dix fois son prix sur la table, vous ne serez pas insensible.» L'agent reconnaît toutefois qu'une clause à un milliard, ça fait un peu rire tout le monde.

Les montants n'ont jamais été aussi élevés par le passé. Mais tout a changé depuis 2017 et le départ de Neymar. Car, si le Barça a perdu son attaquant brésilien, c'est parce qu'il a sous-estimé le montant de sa clause libératoire. Le Paris Saint-Germain (PSG) n'a eu aucun mal à débourser les 222 millions nécessaires pour arracher le prodige aux blaugranas. Depuis, les grands clubs de la Liga n'hésitent plus à fixer des montants exorbitants.

Les clauses libératoires les plus folles de 2021

1️⃣ Pedri (FC Barcelone), Ansu Fati (FC Barcelone) et Karim Benzema (Real Madrid): un milliard d'euros
2️⃣ David Alaba (Real Madrid): 850 millions
3️⃣ Antoine Griezmann (FC Barcelone, prêté à l'Atlético): 800 millions
4️⃣ Luka Modric, Federico Valverde (Real Madrid) et Brahim Diaz (Real Madrid, prêté à l'AC Milan): 750 millions
5️⃣ Vinicius Jr, Marco Asensio et Isco (Real Madrid): 700 millions
6️⃣ Nico Gonzalez, Gerard Piqué, Sergi Roberto (FC Barcelone) et Gareth Bale (Real Madrid): 500 millions

Ce sont surtout les clubs espagnols et portugais qui ajoutent des zéros aux contrats. Les premiers pour garder leurs talents le plus longtemps possible, les seconds pour les faire venir d'Amérique du sud, selon une technique bien rodée. Michel Urscheler explique:

«Un bon joueur sud-américain sera naturellement tenté par la Liga espagnole. Pour le convaincre de venir au Portugal, les clubs lui disent: "Signe chez nous, tu gagneras un peu moins, mais on fixe une clause libératoire correspondant à la valeur que tu pourrais avoir au moment de ton départ (imaginons 50 millions d'euros), et sur laquelle tu toucheras 7,5 millions et ta famille autant"»

La clause libératoire existe aussi en Suisse, mais le procédé est différent et les proportions moindres. Les très bons clubs (comme Bâle ou Young Boys) ne l'ajoutent pas souvent au contrat, hormis dans des cas de figure très précis. «Par exemple pour éviter que le joueur parte libre», souligne Urscheler, citant ensuite Michel Aebischer en exemple.

«Son contrat se termine l'été prochain. Or YB ne voudra pas le laisser partir gratuitement. Pour éviter de ne rien toucher lors de son départ, le club pourrait être tenté de lui proposer une prolongation de contrat. Mais le joueur, lui, ne voudra pas être bloqué si une offre prestigieuse se présente. Dans ce cas, les deux parties peuvent se réunir et trouver un terrain d'entente: YB lui proposerait alors une prolongation avec une clause correspondant à la valeur du joueur (mettons 10 millions) et qui n'est valable qu'à l'international»
Aebischer cartonne en Super League.
Aebischer cartonne en Super League.Image: Keystone

C'est une subtilité dont certaines équipes helvétiques ont recours: une clause libératoire de X millions si le joueur reste en Suisse, et une autre de Y millions s'il rejoint un club étranger. Y est plus élevé que X, ce qui étonne à plus d'un titre:

  1. Il vaut mieux renforcer une équipe étrangère qu'un adversaire direct en championnat.
  2. Un club danois ou norvégien n'est pas forcément plus fortuné qu'une équipe de Super League.

Les footballeurs n'ont que rarement la possibilité de négocier le montant de la clause libératoire fixée par le club. «Mais c'est donnant-donnant: plus la clause est élevée, meilleures seront les conditions salariales pour le joueur», relève Lorenzo Falbo, un autre agent installé en Suisse.

La particularité française

Hormis la Liga, les principaux championnats étrangers ne sont pas adeptes de la clause libératoire. Celle-ci est même carrément interdite en Ligue 1. Contacté, un avocat français spécialisé en droit du sport nous en dévoile les raisons:

«On a historiquement un problème avec les clauses libératoires en raison du statut du contrat à durée indéterminée (CDI) français en droit du travail. Le droit prévoit déjà des clauses de rupture auxquelles on ne peut pas déroger, et en regard desquelles les clauses libératoires ne seraient pas conformes»

Les clubs français ont une autre méthode pour fixer le montant à partir duquel ils sont prêts à céder leurs meilleurs joueurs, mais cette méthode n'a aucune valeur juridique. Notre interlocuteur poursuit:

«Certains clubs font un acte sous seing privé avec leurs joueurs, mais cet acte ne peut pas être enregistré auprès de la Ligue. C'est plus psychologique qu'autre chose. Cela revient à dire à la nouvelle recrue: "Ok, on t'offre un contrat, et si une offre de x millions arrive dans tel délai, on s'engage à te libérer." C'est pour figer les accords à un moment donné. Mais si le club revient sur cet accord, le joueur est démuni juridiquement»

Si un acte sous seing privé est établi en 2021 sur la base d'un montant de quinze millions, et que le joueur en vaut autant deux ans plus tard, le club aura beau jeu de respecter sa parole. Mais si la valeur du footballeur a explosé, le club pourra toujours revenir sur son engagement officieux. Le genre d'affaires qui se règle après d'âpres négociations autour d'une table.

Le sous seing privé présente un avantage plus concret que certains clubs, comme Nice, ont déjà exploité. Il s'agit de signer symboliquement des valeurs très hautes et de les laisser filtrer dans la presse, de sorte à communiquer sur la valeur attendue des joueurs.

Le FC Barcelone, lui, n'espère pas un milliard pour Pedri ou Ansu Fati (ni la moitié). Mais le montant communiqué la semaine dernière a le double mérite de faire connaître au monde la valeur de son diamant, et de ne pas laisser un joueur du Real Madrid occuper seul la tête du classement des clauses libératoires.

En parlant de foot... «Les joueurs de l'équipe de Suisse, c'est des amateurs, non?»

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