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Swiss-Ski envoie ses jeunes talents skier sur d'autres continents

Pour percer, les jeunes skieurs suisses doivent s'aligner sur des courses ailleurs qu'en Europe.
Pour percer, les jeunes skieurs suisses doivent s'aligner sur des courses ailleurs qu'en Europe. image: watson

Pourquoi Swiss-Ski envoie ses jeunes talents à l'autre bout du monde

Les jeunes skieurs alpins de notre pays partent désormais souvent faire des courses sur d'autres continents. Une nouvelle stratégie développée par la fédération, avec un but précis.
25.09.2026, 05:3825.09.2026, 05:38
Rainer Sommerhalder

La Suisse est la nation numéro 1 du ski. La saison dernière, ses skieuses et skieurs ont décroché 50 podiums en Coupe du monde, dominé la Coupe d’Europe avec 56 places dans le top 3 et remporté 59 médailles aux Championnats du monde juniors au cours des dix dernières années. Depuis 2020, les Suisses ont également remporté à six reprises le classement des nations de la Coupe du monde, confirmant ainsi leur domination collective au sommet de la discipline.

Ce bilan est avant tout réjouissant. Mais les défis qui en découlent sont encore plus importants. Car, en raison de la concurrence interne, gravir les échelons jusqu’au sommet mondial s’avère quasiment impossible pour un nombre croissant de jeunes talents.

Pour les espoirs suisses du ski alpin, les places sont très chères.
Pour les espoirs suisses du ski alpin, les places sont très chères. image: Joel Marklund

En Coupe du monde, huit athlètes au maximum peuvent être engagés par course. En outre, les trois premiers du classement annuel de chaque discipline de Coupe d’Europe obtiennent une place fixe. Chez les hommes, notamment dans les disciplines de vitesse où brillent Von Allmen, Odermatt et Monnet, il reste donc peu de place à ce niveau pour permettre aux jeunes talents de se développer.

Pour les jeunes Suisses, il est toutefois encore plus difficile de se hisser au sommet de la Coupe d’Europe et ainsi de se rapprocher de la Coupe du monde. Là aussi, le nombre de places au départ est limité. Pour les courses disputées dans son propre pays, une nation bénéficie toutefois d’un quota deux fois plus important. Afin de préserver les perspectives sportives de ses talents, Swiss-Ski investit donc beaucoup dans l’organisation de courses de Coupe d’Europe.

Le fait que les premiers géants de l’hiver soient par exemple organisés chaque année à Zinal répond, selon le chef du ski alpin Hans Flatscher, à un intérêt stratégique majeur. Obtenir rapidement de précieux résultats permettant de décrocher de bonnes positions de départ est un atout pour la suite de la saison.

Une concurrence très féroce en Coupe d'Europe

Même lors des courses à domicile, le défi n’est pas de remplir les places disponibles au départ. Les 104 athlètes actuellement membres des cadres ne demandent qu’à courir. Le problème vient plutôt du fait que les jeunes skieuses et skieurs doivent souvent s’élancer avec des dossards très élevés dans des pelotons nettement plus fournis qu’en Coupe du monde.

Ils prennent donc le départ à un moment où l’état de la piste ne permet généralement plus de réaliser des performances de premier plan. Dans les disciplines techniques, se qualifier ne serait-ce que pour la deuxième manche devient ainsi déjà un obstacle pratiquement insurmontable. Flatscher affirme:

«La Coupe d’Europe est le niveau où la concurrence est la plus féroce dans le ski»
Hans Flatscher, directeur alpin de Swiss-Ski.
Hans Flatscher, directeur alpin de Swiss-Ski. image: keystone

Pour obtenir une meilleure position de départ en Coupe d’Europe, il faut réaliser de bons résultats dans les courses FIS, le troisième échelon de la pyramide des compétitions. Mais les nouvelles règles introduites il y a deux ans par la Fédération internationale de ski, qui désavantagent le système de points des courses FIS par rapport aux circuits organisés en Amérique du Nord et en Asie – deux des six équivalents de la Coupe d’Europe –, creusent encore davantage cet écart.

La FIS entend ainsi valoriser les courses de ski organisées dans d’autres régions du monde et rendre ce sport plus global. Cela peut certes favoriser la diversité géographique du plateau en Coupe du monde, mais dévalorise en même temps les courses FIS et pénalise ainsi les jeunes talents suisses, qui dominent la discipline. Dans les faits, ceux-ci ne peuvent pratiquement plus améliorer leur position.

Mais Swiss-Ski a décidé de faire de nécessité vertu et de transformer en globe-trotteurs une partie des talents qui risquent de voir leur progression dans la hiérarchie se gripper. La fédération divise le cadre C en deux groupes et envoie une partie de ces très jeunes skieuses et skieurs effectuer, durant la saison, des voyages lointains de manière encore plus régulière et systématique.

Pour le Valaisan Giuliano Fux et les autres jeunes skieurs suisses, la concurrence est rude en Coupe d'Europe.
Pour le Valaisan Giuliano Fux et les autres jeunes skieurs suisses, la concurrence est rude en Coupe d'Europe. image: instagram

Dans la mesure du possible en combinaison avec des camps d’entraînement, ces espoirs doivent profiter de bons résultats en North America Cup et en Far East Cup (Asie) pour améliorer de manière décisive leur statut en vue d’engagements en Coupe d’Europe et ainsi ne pas perdre leurs chances de poursuivre leur ascension.

Une solution qui constitue une alternative aux départs en Coupe d’Europe avec des dossards élevés. Hans Flatscher explique:

«Nous voulons soutenir au mieux nos talents et leur offrir des perspectives afin qu’ils puissent progresser sur le plan sportif»

Le meilleur exemple est celui de Giuliano Fux, 21 ans, devenu champion du monde juniors de slalom l’hiver dernier. Alors que le Valaisan n’a pas terminé une seule première manche lors de ses six participations en Coupe d’Europe dans cette discipline au cours de la saison – avec des dossards compris entre 64 et 72 –, il a engrangé de précieux résultats pour son classement lors de quatre courses de South America Cup et de huit épreuves de Far East Cup.

Giuliano Fux est parti s'aguerrir sur des courses en Amérique du Sud et en Asie.
Giuliano Fux est parti s'aguerrir sur des courses en Amérique du Sud et en Asie. image: instagram

Dans un peu moins de trois mois, de jeunes skieurs suisses se rendront à nouveau dans le Colorado pour tenter de décrocher de précieux points NorAm.

Un soutien financier grâce à l’héritage des Mondiaux 2027

Au printemps 2026 déjà, sept talents avaient participé à ce type de courses en Amérique du Nord après la finale de la Coupe d’Europe, fin mars. A l’avenir, l’équipe de planification autour de Hans Flatscher entend suivre cette voie de manière encore plus structurée, systématique et anticipée. Mais les efforts nécessaires à cette forme particulière de soutien aux jeunes talents sont considérables. Sur le plan financier également.

Afin de réduire la charge pesant sur les jeunes skieurs, Swiss-Ski a lancé, dans le cadre des prochains Mondiaux à domicile, un projet d’héritage qui prend en charge une partie des coûts de ces voyages. Afin d’éviter que la possibilité de participer à des courses à l’autre bout du monde durant les mois d’été ne devienne une simple question de moyens financiers personnels, Swiss-Ski ne tient d’ailleurs pas compte de ces résultats pour la répartition dans les cadres, comme l’explique Hans Flatscher.

Dans le même temps, Swiss-Ski fait du lobbying en coulisses auprès de la FIS en avançant plusieurs propositions. La fédération suisse entend profiter des réflexions visant à réduire la taille des pelotons en Coupe du monde – afin de mettre encore davantage en avant les stars de la discipline et de mieux les présenter grâce à des retransmissions télévisées plus courtes – pour renforcer la Coupe d’Europe. Parallèlement, la valeur d’une bonne performance dans une course FIS doit être rehaussée. Ce serait la seule manière de refléter équitablement l’équilibre entre les grands noms et les petites nations dans le ski.

Car malgré toute cette volonté de mondialiser le sport, le numéro 25 du classement suisse descend, dans l’immense majorité des cas, toujours mieux une piste de compétition que l’espoir le plus prometteur d’un pays où le ski est encore en développement. Même si, dans sa progression vers le sommet, le jeune Suisse doit parfois lui-même se sentir comme un exotique lorsqu’il dispute des courses à l’autre bout du monde.

Adaptation en français: Yoann Graber

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