Comment le football a rendu aveugle la voix du Mondial
Quand on pense musique et Coupe du monde, un nom nous vient immédiatement à l’esprit: Shakira, qui s’est produite très régulièrement lors des cérémonies d’ouverture et de clôture du plus grand tournoi de la planète. Elle a encore assuré le spectacle jeudi pour le coup d’envoi du Mondial.
Mais au-delà de la Coupe du monde, un autre artiste parle particulièrement aux fans de football: Andrea Bocelli, qui a interprété juste avant Mexique-Afrique du Sud l’hymne officiel du Mondial 2026 aux côtés d’EJAE, sur un son de David Guetta.
S'il s'agissait de sa première performance dans un stade de la Coupe du monde, Bocelli, 67 ans, n’en était assurément pas à son premier coup d’essai dans les grands événements footballistiques. Ces quinze dernières années, il a souvent prêté sa voix puissante et reconnaissable entre toutes lors de cérémonies précédant des matchs importants, pour des moments toujours riches en émotion.
Ligue des champions, Euro, Ballon d'Or...
Le ténor italien a ainsi interprété le mythique hymne de la Ligue des champions lors des finales de 2009, 2016 et 2017, les deux premières ayant eu lieu chez lui, à Rome et Milan. En 2009, sa performance avait été précédée par un instant de magie, lorsqu’il avait chanté sur Now We Are Free, l’un des morceaux les plus populaires de la bande originale du film Gladiator. Les joueurs du Barça et de Manchester United étaient alors prêts à en découdre dans l’arène romaine.
Andrea Bocelli a aussi été appelé pour le coup d’envoi de l’Euro 2020 à Rome, la cérémonie du Ballon d’Or 2022 et le tirage au sort de la Coupe du monde 2026. A chaque fois, il a entonné le célèbre Nessun dorma – l’un des airs les plus connus de Giacomo Puccini, extrait de l’opéra Turandot –, marchant ainsi dans les pas d’un certain Luciano Pavarotti, qui avait ouvert la Coupe du monde 1990 en Italie sur cette même musique.
La performance d'Andrea Bocelli lors du tirage au sort du Mondial ⬇️
Le chanteur lyrique a également interprété cet air particulièrement adapté au football, puisqu'il se termine par «A l’aube, je vaincrai», lors des célébrations du titre de Leicester en 2016. Il s’était spontanément proposé à son compatriote Claudio Ranieri, alors entraîneur des Foxes, qui avait tout de suite apprécié l’idée. A cette occasion, Bocelli avait aussi chanté Time to Say Goodbye, la version anglaise de son célèbre Con te partirò, en remplaçant justement «Time to say goodbye» par «Time to win again», pour le plus grand bonheur des spectateurs présents au King Power Stadium.
En dehors des apparitions publiques, Andrea Bocelli s’est approprié You’ll Never Walk Alone dans son album Believe, un chant bien connu des supporters de football. Devenu l’hymne de Liverpool, il est entonné par d’autres clubs comme le Celtic ou Twente.
Football et opéra ont souvent fait bon ménage, tant les deux disciplines génèrent de fortes émotions. Mais l’association n’est jamais évidente, ces univers semblant a priori très éloignés. Il faut donc, pour que cela fonctionne, que le ténor soit un amoureux du ballon rond, ce qui est le cas d’Andrea Bocelli, à l’image de nombreux Italiens. Il est un fervent supporter de l’Inter Milan, un club pour lequel il a déjà chanté dans l’intimité du vestiaire.
Tragique accident lors d'une partie de football
Si le football est pour lui une passion, il a aussi profondément marqué sa vie. Andrea Bocelli est né avec une maladie rare, un glaucome incurable endommageant progressivement le nerf optique et le condamnant à devenir aveugle. Il avait été conseillé à sa mère d'avorter, à une époque où cela était encore illégal en Italie.
Le ténor a subi durant son enfance de nombreuses opérations, a grandi avec une vision limitée et a été envoyé à l'âge de sept ans dans une école pour enfants malvoyants. «Enfant, j’étais considéré comme extrêmement myope. Je voyais tout, mais seulement de très près», a-t-il expliqué dans le documentaire Andrea Bocelli: Because I Believe.
C’est à l’âge de 12 ans qu’il perdra finalement la vue, après avoir reçu un ballon au visage lors d’une partie de football, alors qu’il évoluait comme gardien de but. Le choc provoqua une hémorragie cérébrale et aggrava son glaucome, ce qui le rendit définitivement aveugle.
Depuis ce tragique accident, Andrea Bocelli vit sa passion pour le football à sa manière, en écoutant les commentaires enflammés de la radio italienne et en retenant avec minutie les compositions des équipes. Sa voix est aussi devenue une façon d’exister, même s’il refuse l’idée que cet événement ait nourri son talent. La musique et le chant faisaient déjà partie de sa vie, et ce, depuis son plus jeune âge.
Plus de 60 ans après cette partie tragique, Andrea Bocelli fait partie des artistes ayant vendu le plus d’albums au monde. Il est aussi une figure indissociable des grandes compétitions footballistiques et un pourvoyeur d’émotions chez ceux qui les regardent. Jeudi, à Mexico, il était enfin le digne représentant d’un football italien privé de Coupe du monde. Une fierté personnelle, comme il l’a lui-même confié.
