Pourquoi les fans de Xamax doivent soutenir l’Egypte
Difficile de le croire aujourd'hui, mais il y a 30 ans, Neuchâtel Xamax faisait peur à tous les grands clubs d'Europe. Les «rouge et noir» étaient alors au sommet du foot suisse et réussissaient des épopées continentales.
Deux hommes à la Coupe du monde 2026 ont contribué à la gloire européenne de Xamax: le sélectionneur égyptien Hossam Hassan (59 ans) et son frère jumeau Ibrahim, team manager des Pharaons.
Les deux frangins ont disputé une seule saison à la Maladière, celle de 1991/92. Hossam n'a joué que 13 matchs, toutes compétitions confondues. Et Ibrahim 19. Mais ils ont chacun marqué les esprits grâce à une performance exceptionnelle.
Le 22 octobre 1991, les Neuchâtelois reçoivent le Celtic Glasgow en match aller du deuxième tour de la Coupe UEFA (l'ancêtre de l'Europa League). Les Ecossais sont écrasés 5-1. Leur bourreau? Hossam Hassan, qui claque... un quadruplé! C'est peu dire que l'actuel coach de l'Egypte frappe très fort pour sa première apparition en Coupe d'Europe.
Le quadruplé d'Hossam Hassan contre le Celtic, en vidéo
L'avant-centre fait étalage de tout son talent: goal de la tête sur corner, enchaînement contrôle-frappe imparable à pleine vitesse et deux buts de véritable renard des surfaces. La qualif' est validée quelques jours plus tard à Glasgow, malgré une défaite 1-0.
Au tour suivant, en 8e de finale, Xamax défie le Real Madrid, qui aligne notamment Fernando Hierro, Gheorghe Hagi et le tout jeune Luis Enrique. Et c'est l'autre jumeau, Ibrahim Hassan, qui va cette fois briller. Le milieu de terrain inscrit le seul but d'une victoire de prestige à la Maladière, devant 20 400 spectateurs (dont beaucoup sont massés dans des tribunes temporaires construites pour l'occasion). Et de quelle manière!
A la 35e minute, l'Egyptien tire à l'orée des seize mètres une merveille de coup franc direct. Son ballon brossé vient heurter l'intérieur du poteau, proche de l'équerre, et ne laisse aucune chance au gardien.
Le superbe but d'Ibrahim Hassan contre le Real, en vidéo
Mais ce magnifique goal ne suffira pas pour accéder aux quarts de finale: les «rouge et noir» sont balayés 4-0 deux semaines plus tard lors du match retour au Santiago Bernabéu. Peu importe, cette victoire contre l'ogre madrilène – recordman de sacres en Ligue des champions – reste parmi les plus beaux exploits du football suisse.
Ils sont inséparables
C'est tout sauf une surprise de retrouver les deux jumeaux dans la même équipe et, désormais, ensemble sur le banc de l'Egypte. Ils sont tout simplement inséparables! Au pays, ils sont d'ailleurs souvent désignés non pas avec leurs noms respectifs mais simplement comme «les jumeaux», «comme s'il s'agissait d'un seul et même être», précise The Athletic, qui a écrit leur portrait pendant ce Mondial.
Les deux frangins ont toujours joué en même temps dans les mêmes clubs, et ont longtemps porté ensemble le maillot des Pharaons. Personne n'a donc été étonné de voir Ibrahim nommé team manager de la sélection, en février 2024, au même moment où Hossam en devenait le coach. «Hossam a posé son frère comme condition à chaque recrutement de sa carrière», révèle So Foot. A Xamax en 1991, c'est aussi ce qu'il s'est plus ou moins passé.
«Lorsque nous avions discuté avec Hossam, nous savions bien qu'il avait un frère jumeau. Mais à l'époque, il était hors de question d'engager les deux», confiait Roy Hodgson, le coach xamaxien, dans La Suisse. Mais plusieurs blessures au milieu de terrain obligent l'entraîneur à revoir ses plans et s'intéresser de près à Ibrahim:
Bingo! L'Egyptien retrouve son jumeau. «L'arrivée d'Ibrahim va aussi, sans conteste, faciliter l'intégration d'Hossam, qui avait mal supporté l'éloignement avec son frère», s'avance La Suisse.
Une légende au pays
Il faut dire que les natifs d'Helwan, sur les bords du Nil, ne parlent ni le français ni l'anglais. C'est certainement l'une des raisons qui expliquent leur non-percée en Europe, malgré un talent indéniable. A part leur unique saison à Xamax, ils n'ont joué qu'une année en Grèce, au PAOK Salonique (1990/91).
Et comme entraîneurs, ils ne comptent aucune expérience hors d'Egypte, à l'exception d'une année à la tête de la Jordanie. Où l'adjoint d'Hossam Hassan était évidemment – ô surprise – Ibrahim Hassan. D'ailleurs, dans tous les clubs où Hossam a entraîné, son jumeau était au même moment le directeur sportif. Inséparables, décidément!
Une carrière en Europe, c'est aussi ce qui a manqué aux deux frères pour devenir des stars ailleurs que dans leur pays, contrairement à Mohamed Salah (actuellement à Liverpool). Car Hossam Hassan possède – au niveau national – le plus beau palmarès, qui fait de lui une légende en Egypte: trois Coupes d'Afrique des nations avec les Pharaons (zéro pour Salah) et 14 titres en championnat, notamment.
Sans compter que l'ex-Xamaxien est toujours le meilleur buteur de l'histoire de la sélection (68 goals en 176 capes). Fait cocasse: c'est sous ses ordres, au Mondial, que Salah peut battre son record (il en est à 66 buts).
Le photographe, le fusil et la grinta
Pour The Athletic, c'est ce CV de joueur inspirant le respect et le tempérament d'Hossam Hassan qui l'ont propulsé, lui et son jumeau, à la tête des Pharaons:
Car oui, les frangins Hassan sont du genre sanguin. Il n'y a qu'à voir le comportement du sélectionneur, très actif et parfois théâtral derrière sa ligne, par exemple quand il réclame auprès des arbitres. D'autres preuves? Il a frappé un photographe du ministère de l'Intérieur égyptien en 2016, ce qui lui a valu quatre jours au trou. Et franchement, au vu de sa dégaine – qui ressemble plus à celle d'un coach de boxe que de foot –, on n'a pas envie de faire le mariole avec lui...
Son frère Ibrahim n'est pas en reste. «En 1998, il manque la CAN victorieuse, viré de la sélection après un geste obscène envers le public marocain et une bagarre générale au Liban», rappelle So Foot. Cette baston légendaire est détaillée par The Athletic:
De cette fougue, les deux anciens Neuchâtelois ont aussi gardé son côté positif: la grinta. La rage de vaincre. La même qui se lisait sur leur visage et dans leurs célébrations après leurs fameux buts contre le Celtic et le Real.
Visiblement, ils ont su la transmettre à leurs joueurs: sous leur commandement, les Egyptiens n'ont perdu qu'un match officiel – la demi-finale de la dernière CAN contre le Sénégal (0-1). Actuels premiers de leur groupe après le nul contre la Belgique (0-0) et la victoire face à la Nouvelle-Zélande (3-1), ils ont de très fortes chances de passer pour la première fois les poules d'un Mondial. Cet état d'esprit peut permettre aux Pharaons de soulever des montagnes pyramides. Comme Xamax il y a 35 ans.
