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Football: Roy Hodgson de Watford, est «charmeur et pingre»

epa03202834 New manager for England soccer team Roy Hodgson smiles in the dressing room in Wembley Stadium in London, Britain on 1 May 2012. Hodgson was appointed England manager on a four-year contra ...
«Roy Hodgson avait cette grande force de persuasion. Il cernait rapidement la personnalité d'un joueur et savait exactement que lui dire, sur quel ton»Image: EPA

«Il était très charmeur et pingre». Les Suisses racontent Roy Hodgson

A 74 ans, l'ex-entraîneur de la Nati sort de sa retraite pour reprendre Watford. Nous avons collecté des petits secrets sur celui qui se définit lui-même comme «un dictateur sympathique».
26.01.2022, 09:4526.01.2022, 14:40

Il avait coutume de dire aux journalistes qu'«avec de la démocratie, dans le football, on ne va pas loin». Mais au fond, Roy Hodgson n'était pas méchant. Il se décrivait lui-même comme un «dictateur sympathique», Roy-gosse bienveillant, et c'est exactement le souvenir que laissera sa carrière légendaire, commencée à 29 ans dans un gourbi suédois et reprise ce mardi 25 janvier dans le marasme de Watford, avant-dernier de Premier League, à l'âge vénérable et record de 74 ans: il sait «convaincre».

«Roy avait cette grande force de persuasion. Il cernait rapidement la personnalité d'un joueur et savait exactement que lui dire, sur quel ton», confirme Christophe Bonvin, fidèle apôtre du coach et pourtant exclu de la Word Cup 1994 - «la plus grossière erreur de ma carrière», continue de dire Hodgson.

«Il était très charmeur», explique finement Edmond Isoz, ancien directeur de la Ligue nationale. «Je dirais qu'il savait se vendre, sans connotation péjorative, à une époque où la communication n'était pas encore prépondérante pour un entraîneur. Il avait cette façon très anglo-saxonne de s'intéresser à vous dans les moments idoines».

Roy Hodgson, Trainer der Schweizer Fussballnationalmannschaft, aufgenommen am 27. Juni 1994 mit dem Schweizer Starstuermer Stephane Chapuisat in Palo Alto, Kalifornien, anlaesslich eines Vorbereitungs ...
Avec Stéphane Chapuisat.Image: KEYSTONE

Un bon mot pour chacun, sans faire de jaloux. Et des mots choisis. «Alain Geiger avait besoin d'entendre qu'il était le meilleur n°5 d'Europe et Roy n'oubliait jamais de le mentionner. Avec moi, c'était différent. Le football n'existait pas en dehors du terrain, alors nous parlions peinture, littérature; car Roy était également cultivé et brillant», témoigne Christophe Bonvin.

«Il avait ce don assez étrange... Il vous annonçait que vous étiez remplaçant et à la fin, vous lui disiez encore merci»
Christophe Bonvin

«Ce n'était pas un ange non plus», reconnaît le Valaisan. «Dans son métier, l'angélisme ne mène à rien. Roy, par-dessus tout, savait décider. Il ne laissait ce soin à personne et imposait une discipline stricte. C'était sa façon à lui de tirer le meilleur de chacun». Comme dit un proverbe créole que nous venons d'inventer, qui suce la moelle de son prochain fait souvent de vieux os dans le métier.

Un homme rond pour une structure carrée

Le great dictator s'est toujours réclamé de la vieille école et du 4-4-2 en ligne, avec une utilisation méthodique, parfois abusive, du piège du hors-jeu. «Je ne crois pas en l’innovation», affirmait-il à l'ère des sentences faciles, tandis qu'il promenait ses certitudes le long des lignes de touche, mains dans le dos, avec un pardessus fripé, sans un coup d'œil pour la critique.

«Il arrêtait l'entraînement, nous tirait par la manche et nous plaçait à l'endroit précis où il voulait que nous soyons, comme des enfants»
Christophe Bonvin

«Il faut rappeler qu'à l'époque, nos clubs avaient des conceptions tactiques plutôt abstraites», situe Edmond Isoz. «Les Romands voulaient jouer comme des Français, les Alémaniques comme des Allemands, les Tessinois comme des Italiens. Puis Roy est arrivé avec, outre sa bonhommie, une organisation claire et précise».

«Brusquement, des gens sont venus de toute la Suisse pour assister à ses entraînements et les équipes se sont mises à jouer en 4-4-2»
Edmond Isoz

Edmond Isoz n'oublie pas non plus que dans ce cadre formaté, «Roy choisissait toujours des joueurs capables d'adhérer. Les autres sortaient».

Die Trainerbank von Inter Mailand im Fokus der Fotografen, aufgenommen am 22. Oktober 1995 beim Meisterschaftsspiel Inter gegen Lazio Rom mit, von links nach rechts, Luis Suarez, Roy Hodgson, Giacinto ...
A l'Inter Milan, son management autoritaire était particulièrement scruté. Image: KEYSTONE

Dans une chronique au Temps, Stéphane Henchoz, ancien pilier du système, insiste davantage sur ses limites. «Roy est l’entraîneur parfait pour des équipes peu habituées à gagner. En équipe de Suisse, les dix joueurs de champ connaissaient parfaitement leur rôle. Ils évoluaient dans le même mouvement, comme un orchestre».

«Tout ceci passe par des entraînements très minutieux et souvent ennuyeux. Les petits 5 contre 5 où l’on parie "la mousse", il y en a rarement avec lui»
Stéphane Henchoz

«Les grands joueurs acceptent moins facilement un cadre aussi rigide», conclut Henchoz. «A l’Inter Milan, prendre Roberto Carlos par le bras pour lui expliquer comment il doit se déplacer, ça ne passe pas aussi bien. Comme il n’écoutait pas, Roy l’a vendu au Real Madrid, ce qui lui a longtemps été reproché».

«Roy Hodgson m'a détruit. Il n'y connaissait pas grand-chose au football mais il décidait de tout»
Roberto Carlos le 10 avril 2020

Fortes têtes et gueules de bois

Il est l'homme des succès sans ivresse, obtenus à grande eau. A Xamax, ses reliquats de kick and rush britannique, fondés sur de longs ballons à destination d'une forte tête, plus sûrement d'un grand gaillard servile, fut un choc culturel avec le jeu léché de Gilbert Gress, à tel point que personne n'a regretté l'échange avec Ueli Stielike pour le poste de sélectionneur national.

Ceux qui l'ont côté en Suisse ne nient pas certains désagréments; un passage catastrophique à GC où Blick l'a caricaturé en grigou alcoolique; une nature profondément radine, jusqu'à facturer les cafés qu'il buvait avec les journalistes au siège de l'Association suisse de football (ASF), et qu'il tirait à la machine; ou encore ses retards aux rassemblements de l'équipe quand, retenu au golf, il oubliait le chauffeur venu le rapercher.

Il passait beaucoup de temps au golf.
Il passait beaucoup de temps au golf.

So British, so good

Reste qu'avec les petits clubs, partout où régnaient le désordre et la désolation, le great dictator fut adulé de tous, que ce soit pour sa science du (hors) jeu, sa passion immodérée du théâtre et du football, de la dramaturgie humaine, son autorité, son charme, sa classe.

Avec cet air old school qu'il a toujours porté comme un étendard, ventre rebondi par trop de bons goûts, joues rubicondes d'avoir trop grondé, Hodgson a enseigné son 4-4-2 dans huit pays différents (Norvège, Suède, Danemark, Italie, Suisse, Émirats, Finlande, Angleterre), il a appris 6 langues, remporté 7 titres nationaux, atteint 1 finale de Coupe UEFA (Inter), conduit la Suisse à sa première Coupe du monde depuis vingt-huit ans (1994), puis à son premier Euro, exploit qu’il fut poche de rééditer avec la Finlande (1998).

Du plus jeune entraîneur européen (29 ans) au vétéran de Premiere League (73 ans), vu par The Times
Du plus jeune entraîneur européen (29 ans) au vétéran de Premiere League (73 ans), vu par The Times

Avec le petit peuple de Fulham, il a enfin conquis cette Angleterre qui l'ignorait depuis trente ans, en grand «oublié» des élites insulaires.

«C’est incroyable, je veux coucher avec Roy Hodgson!»
Hugh Grant, acteur et fan de Fulham
epa02154350 British actor and Fulham supporter Hugh Grant (R) cheers for his team during the UEFA Europa League final match between FC Fulham and Atletico Madrid at Hamburg Arena in Hamburg, Germany,  ...
Image: EPA

Il n'en oubliait pas d'avoir de l'esprit, et même un esprit critique. Au sujet de Fulham, dont le propriétaire égyptien possédait également la chaîne de magasin Harrods, il a déclaré un jour:

«Quand un agent dit que son joueur rêve de jouer à Fulham, ce qu’il veut réellement dire, c’est que sa femme veut faire un peu de shopping chez Harrods»

Après avoir évolué sous ses ordres à l'Inter, Gianluca Pagliuca révélait dans So Foot une passion moins connue pour Björn Borg, dont «Roy répétait le nom avant, pendant et après chaque entraînement. Nous devions être comme Björn Borg. "Je veux une mentalité comme Borg". Puis une fois l'entraînement terminé, il s'arrêtait pour parler de tennis et de Borg avec certains d'entre nous».

C'est ce que retient Bonvin de cette carrière, avec même une pointe d'étonnement: «Une telle passion, jusqu'à 73 ans, j'avoue que ça me laisse admiratif, voire perplexe. Autant de courage. Autant d'enthousiasme pour le foot, dans un milieu où tu es un génie un jour, un idiot le lendemain. Quand on y réfléchit, c'est très troublant. Il est solide, le Roy...».

Une histoire que personne n'a jamais racontée: quatre joueurs de la Nati passent la nuit au poste

«Nous étions en camp d'entraînement en Hongrie, juste avant la Coupe du monde 1990. Le dernier soir, Roy décide de relâcher la pression et de nous laisser quartiers libres. Le lendemain, à l'heure du tennis-ballon, il manque quatre joueurs sur le terrain. Les gars sont au poste de police pour avoir refusé de payer un taxi qui, les voyant bien habillés, a essayé de surfacturer la course. Nos bonshommes étaient un peu ronds et ont riposté. Sur le terrain, nous sommes tous persuadés que Roy va leur passer un savon. Mais quand la voiture arrive, il s'exclame avec son flegme british: "Ooooh, la police..." Puis, il a remercié ces messieurs d'avoir ramené les joueurs».
Christophe Bonvin
Roy Hodgson, Trainer der Schweizer Fussball-Nationalmannschaft, aufgenommen am 13. November 1994 im Stade Olympique de la Pontaise in Lausanne. (KEYSTONE/Fabrice Coffrini)
Image: KEYSTONE

Hodgson était difficile à cerner, dans son entièreté complexe et paradoxale. Nous l'avions fréquenté à Xamax où un rejet probablement effronté de ses dégagements lointains, de ce qu'il appelait doctement «jouer les deuxièmes ballons», nous avait valu quelques récriminations amères; et néanmoins cordiales.

Surtout, nous l'avions interviewé à Londres alors qu'il n'avait plus de travail depuis des mois, peu avant qu'il ne relance sa carrière aux Emirats arabes unis. Le regard las et mélancolique, une sincérité troublante, il nous avait glissé entre deux cookies: «Je vais tous les soirs au théâtre, je lis des livres merveilleux, ma femme pense que je n'ai jamais été aussi en forme, mais je dois l'avouer, je ne suis pas heureux. Cette existence privilégiée est dénuée de sens si elle n'est pas la récompense d'un travail, et si elle me rappelle tous les jours que je n'en ai pas».

Crystal Palace's manager Roy Hodgson applauds fans at the end of the English Premier League soccer match between Crystal Palace and Arsenal, at Selhurst Park in London, England, Wednesday, May 19 ...
Image: AP Pool EPA

Son travail était en réalité une passion, avant de devenir un roman. «Une passion immense et sincère, inextinguible», souligne le connaisseur Edmond Isoz. Telle est la question: y a-t-il vraiment une fin à tout? Les great dictator peuvent-ils partir tranquillement à leur retraite? Cette mise hors-jeu est-elle encore une manœuvre d'Hodgson? Il semble que oui.

Cet article a été publié une première fois le 31 mai 2021. Il a été réactualisé pour cette parution.

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