Lorsque Nadine Riesen évolue pour la première fois dans la plus haute ligue suisse en 2015, le monde du football est encore différent. Elle lave elle-même son matériel d'entraînement au FC Saint-Gall, achète ses chaussures avec son argent de poche et ne perçoit aucun salaire.
Quand, deux ans plus tard, elle fait ses débuts avec Young Boys, elle est étonnée de recevoir pour la première fois un petit salaire. «Jusqu'alors, l'argent ne jouait absolument aucun rôle dans le football pour moi. Je l'ai fait tout simplement parce que cela me faisait plaisir. Je ne pouvais presque pas croire qu'il y avait quelque chose en échange», rembobine l'Appenzelloise de 24 ans. Aujourd'hui, elle est joueuse internationale suisse et professionnelle à l'Eintracht Francfort, en Bundesliga allemande.
Dans six mois, la Nati entamera l'Euro à domicile. Nadine Riesen en est convaincue:
Quand on parle avec des acteurs du football féminin, on entend souvent dire que beaucoup de choses ont changé ces dernières années. Mais aussi que le bout du tunnel est loin d'être atteint.
Marion Daube est l'une des femmes qui ont contribué à faire avancer les choses en Suisse. En 2009, elle rejoint le FFC Seebach en tant que directrice, fusionne ce club avec le FC Zurich, construit une équipe qui devient plusieurs fois championne nationale et qui est un modèle pour les autres clubs suisses.
Entre-temps, Marion Daube est devenue directrice du football féminin à l'Association suisse de football (ASF) et, grâce à une candidature réussie, est parvenue à faire venir l'Euro 2025 en Suisse. Elle dresse ce constat:
Lorsque l'équipe nationale suisse joue, les supporters affluent dans les stades. Plus de 17'000 fans étaient présents au stade lors du match à domicile contre l'Allemagne fin novembre. C'est un record pour une rencontre internationale féminine en Suisse. Cette année, ce record sera certainement à nouveau battu. L'objectif est que tous les matchs de l'Euro se jouent à guichets fermés.
«Nous remarquons que certaines choses ont changé dans la perception du public», observe Nadine Riesen. Aujourd'hui, lorsqu'elle se promène à Saint-Gall, l'Appenzelloise est souvent reconnue.
Bien sûr, la Nati occupe la première place dans l'esprit du public dès qu'il s'agit de foot féminin, mais le championnat suisse a également connu des évolutions, constate Marion Daube: «Il est devenu attractif pour les partenaires, les spectateurs et les sponsors». En 2021, la Ligue nationale A est devenue la Women's Super League, et elle possède désormais un sponsor-titre. De nombreuses équipes jouent maintenant régulièrement dans les grands stades.
En Suisse, ce sont surtout d'anciennes joueuses qui ont été en première ligne pour le développement du foot féminin. Plusieurs ex-membres de l'équipe nationale ont occupé des fonctions dirigeantes dans des clubs après leur carrière: Lara Dickenmann à GC, Patricia Willi à Saint-Gall, Sandra Betschart chez les femmes d'YB, Gaëlle Thalmann à Lugano ou Sandy Maendly à Servette.
Mais beaucoup ont déjà, entre-temps, quitté leurs fonctions. Marion Daube sait que ce n'est pas toujours aisé d'évoluer dans ce sport dominé par les hommes:
Depuis l'arrivée du sponsor-titre dans le championnat national, celui-ci connaît un nouveau format: un système de play-offs. Mais ce mode suscite toujours des débats. En 2022, par exemple, la finale s'est terminée par une séance de tirs au but. Les Servettiennes, battues par le FC Zurich, avaient dû jouer en infériorité numérique pendant près d'une heure, après une expulsion.
De quoi réduire à néant les efforts de toute une saison. C'est pourquoi la finale se déroule désormais lors d'une double confrontation aller-retour. «C'est davantage équitable», applaudit Marion Daube.
La ligue suisse s'est certes professionnalisée, mais seule une minorité de footballeuses parvient à vivre de son sport dans notre pays. C'est ce que montrent les chiffres de la Women's Super League.
On estime que dans le championnat national, seules 20 joueuses peuvent vivre du football. «C'est une bonne chose que nous ayons de plus en plus de footballeuses qui ne sont plus de pures amatrices. Mais nous évoluons ici à un niveau bas», constate Marion Daube.
Pour devenir pro, les footballeuses suisses sont encore nombreuses à partir à l'étranger. Nadine Riesen a, elle aussi, franchi cette étape. Après la Coupe du monde 2023, elle a rejoint Francfort, en Bundesliga. «J'étais tentée de faire un pas en avant sur le plan sportif, de rester motivée dans une meilleure ligue et de travailler davantage sur moi», explique-t-elle. Mais bien sûr, l'argent a aussi joué un rôle.
Dans le club allemand, les conditions d'entraînement sont aussi meilleures que celles auxquelles Nadine Riesen était habituée dans les clubs suisses.
Parfois, la comparaison avec le football masculin est rude, déplore Nadine Riesen:
Pour l'Appenzelloise, cela a été particulièrement flagrant chez les jeunes. Alors que les garçons étaient déjà encadrés de manière professionnelle dès l'âge de 15 ans, Nadine Riesen est passée directement, à 15 ans, des juniors filles C du FC Bühler à la première équipe du FC Saint-Gall. Autrement dit: elle n'a pas reçu de véritable formation. «J'espère qu'aujourd'hui, les clubs investissent mieux dans leurs propres joueuses de la relève et qu'elles sont mieux encouragées», confie-t-elle.
Marion Daube affirme également que la promotion de la relève est essentielle. Dernièrement, la directrice du foot féminin à l'ASF a constaté un problème à cet égard: dans notre championnat, de plus en plus de footballeuses étrangères sont recrutées par les clubs. «Nos clubs devraient être incités à promouvoir leurs propres juniors», clame Daube.
Jennifer Wyss (21 ans) s'engage, elle aussi, pour le développement du football féminin. Elle a joué en Super League avec le FC Saint-Gall et le FC Lucerne. La milieu de terrain porte désormais le maillot du FC Wil, en Ligue nationale B. Parallèlement, elle travaille à plein temps pour l'Association de football de Suisse orientale (OFV). Elle y est responsable de la mise en œuvre des projets de développement durable pour le football de base. «Ce championnat d'Europe est une chance énorme de développer le football féminin», s'enthousiasme-t-elle.
Par exemple, l'OFV propose désormais des cours réservés aux entraîneuses. L'objectif officiel de l'association est de doubler le nombre de joueuses d'ici 2027, mais aussi le nombre d'entraîneuses, d'arbitres et de fonctionnaires.
La Saint-Galloise travaille aussi comme coach-assistante des filles de moins de 14 ans du FC Wil et voit une différence avec l'époque où elle était junior: «J'ai toujours joué avec des garçons et, à 15 ans, j'ai directement intégré l'équipe de Super League. J'ai tout de suite eu une place de titulaire», se souvient Jennifer Wyss, avant d'enchaîner:
Jusqu'à récemment, les footballeuses du FC Wil devaient même payer une cotisation de membre, mais après l'intégration dans la SA, cette «coti» a été supprimée. Leurs vêtements d'entraînement sont lavés et elles peuvent utiliser la salle de fitness de l'équipe masculine. «Tout cela semble être des détails, mais pour nous, ce sont des choses importantes et nous en sommes extrêmement reconnaissantes», applaudit Jennifer Wyss.
Les protagonistes du foot féminin suisse sont convaincues que l'Euro va donner un grand coup de pouce à leur domaine, que l'attention sur celui-ci va augmenter. Marion Daube conclut:
Oui, même s'il lui reste encore beaucoup de chemin à faire, le football féminin suisse a le vent en poupe.
Traduction et adaptation en français: Yoann Graber