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Foot suisse féminin: seulement 20 pros dans le championnat

Il y a encore peu de pros dans la Women's Super League, dans laquelle jouent Young Boys et Servette Chênois.
Il y a encore peu de pros dans la Women's Super League, dans laquelle jouent Young Boys et Servette Chênois.Image: keystone

Cette statistique en dit beaucoup sur l'état du foot féminin en Suisse

Dans six mois aura lieu l'Euro féminin dans notre pays. L'occasion de faire le point sur la discipline. Avec un nombre: 20, soit le nombre de footballeuses dans l'élite helvétique qui peuvent, actuellement, vivre uniquement de leur sport.
12.01.2025, 07:05
Raphael Gutzwiller / ch media
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Lorsque Nadine Riesen évolue pour la première fois dans la plus haute ligue suisse en 2015, le monde du football est encore différent. Elle lave elle-même son matériel d'entraînement au FC Saint-Gall, achète ses chaussures avec son argent de poche et ne perçoit aucun salaire.

Quand, deux ans plus tard, elle fait ses débuts avec Young Boys, elle est étonnée de recevoir pour la première fois un petit salaire. «Jusqu'alors, l'argent ne jouait absolument aucun rôle dans le football pour moi. Je l'ai fait tout simplement parce que cela me faisait plaisir. Je ne pouvais presque pas croire qu'il y avait quelque chose en échange», rembobine l'Appenzelloise de 24 ans. Aujourd'hui, elle est joueuse internationale suisse et professionnelle à l'Eintracht Francfort, en Bundesliga allemande.

Dans six mois, la Nati entamera l'Euro à domicile. Nadine Riesen en est convaincue:

«Ce tournoi va déclencher beaucoup de choses dans le football suisse. Et nous, les joueuses de l'équipe nationale, savons que nous pouvons y contribuer en grande partie grâce à nos performances.»
Nadine Riesen évolue actuellement à l'Eintracht Francfort.
Nadine Riesen évolue actuellement à l'Eintracht Francfort. image: instagram

Des fans et un championnat en développement

Quand on parle avec des acteurs du football féminin, on entend souvent dire que beaucoup de choses ont changé ces dernières années. Mais aussi que le bout du tunnel est loin d'être atteint.

Marion Daube est l'une des femmes qui ont contribué à faire avancer les choses en Suisse. En 2009, elle rejoint le FFC Seebach en tant que directrice, fusionne ce club avec le FC Zurich, construit une équipe qui devient plusieurs fois championne nationale et qui est un modèle pour les autres clubs suisses.

Entre-temps, Marion Daube est devenue directrice du football féminin à l'Association suisse de football (ASF) et, grâce à une candidature réussie, est parvenue à faire venir l'Euro 2025 en Suisse. Elle dresse ce constat:

«Nous ne sommes pas encore là où nous voulons aller, mais nous sommes sur la bonne voie»
Marion Daube, Direktorin Frauenfussball des SFV, spricht beim Magglingertag 2024, am Donnerstag, 31. Oktober 2024 in Magglingen. (KEYSTONE/Anthony Anex)
Marion Daube est directrice du football féminin à l'Association suisse de football (ASF).Image: keystone

Lorsque l'équipe nationale suisse joue, les supporters affluent dans les stades. Plus de 17'000 fans étaient présents au stade lors du match à domicile contre l'Allemagne fin novembre. C'est un record pour une rencontre internationale féminine en Suisse. Cette année, ce record sera certainement à nouveau battu. L'objectif est que tous les matchs de l'Euro se jouent à guichets fermés.

«Nous remarquons que certaines choses ont changé dans la perception du public», observe Nadine Riesen. Aujourd'hui, lorsqu'elle se promène à Saint-Gall, l'Appenzelloise est souvent reconnue.

«Ce n'était pas du tout le cas avant. Mais les gens nous suivent désormais. C'est agréable»

Bien sûr, la Nati occupe la première place dans l'esprit du public dès qu'il s'agit de foot féminin, mais le championnat suisse a également connu des évolutions, constate Marion Daube: «Il est devenu attractif pour les partenaires, les spectateurs et les sponsors». En 2021, la Ligue nationale A est devenue la Women's Super League, et elle possède désormais un sponsor-titre. De nombreuses équipes jouent maintenant régulièrement dans les grands stades.

Une minorité de professionnelles

En Suisse, ce sont surtout d'anciennes joueuses qui ont été en première ligne pour le développement du foot féminin. Plusieurs ex-membres de l'équipe nationale ont occupé des fonctions dirigeantes dans des clubs après leur carrière: Lara Dickenmann à GC, Patricia Willi à Saint-Gall, Sandra Betschart chez les femmes d'YB, Gaëlle Thalmann à Lugano ou Sandy Maendly à Servette.

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Lara Dickenmann a été directrice sportive de GC.Image: KEYSTONE

Mais beaucoup ont déjà, entre-temps, quitté leurs fonctions. Marion Daube sait que ce n'est pas toujours aisé d'évoluer dans ce sport dominé par les hommes:

«Ce n'est pas facile en tant que femme de faire bouger les choses dans cette culture sportive. Il faut beaucoup de persévérance»

Depuis l'arrivée du sponsor-titre dans le championnat national, celui-ci connaît un nouveau format: un système de play-offs. Mais ce mode suscite toujours des débats. En 2022, par exemple, la finale s'est terminée par une séance de tirs au but. Les Servettiennes, battues par le FC Zurich, avaient dû jouer en infériorité numérique pendant près d'une heure, après une expulsion.

De quoi réduire à néant les efforts de toute une saison. C'est pourquoi la finale se déroule désormais lors d'une double confrontation aller-retour. «C'est davantage équitable», applaudit Marion Daube.

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Servette est champion en titre de la Women's Super League.Image: keystone

La ligue suisse s'est certes professionnalisée, mais seule une minorité de footballeuses parvient à vivre de son sport dans notre pays. C'est ce que montrent les chiffres de la Women's Super League.

Moins de la moitié des joueuses reçoivent plus que les 500 francs de frais mensuels maximum autorisés pour les joueuses amateurs.

On estime que dans le championnat national, seules 20 joueuses peuvent vivre du football. «C'est une bonne chose que nous ayons de plus en plus de footballeuses qui ne sont plus de pures amatrices. Mais nous évoluons ici à un niveau bas», constate Marion Daube.

«La différence entre les joueuses de l'équipe nationale qui évoluent en Suisse et celles qui jouent à l'étranger est encore bien trop grande d'un point de vue financier.»

Pour devenir pro, les footballeuses suisses sont encore nombreuses à partir à l'étranger. Nadine Riesen a, elle aussi, franchi cette étape. Après la Coupe du monde 2023, elle a rejoint Francfort, en Bundesliga. «J'étais tentée de faire un pas en avant sur le plan sportif, de rester motivée dans une meilleure ligue et de travailler davantage sur moi», explique-t-elle. Mais bien sûr, l'argent a aussi joué un rôle.

«A Francfort, je peux maintenant être professionnelle, ce qui n'était pas possible avant. Mais il y a certainement aussi des footballeuses en Suisse qui gagnent à peu près autant que moi. Mais en Allemagne, la vie est un peu moins chère, c'est pourquoi il est plus facile de vivre du football.»

Dans le club allemand, les conditions d'entraînement sont aussi meilleures que celles auxquelles Nadine Riesen était habituée dans les clubs suisses.

Juniors suisses barrées par des étrangères

Parfois, la comparaison avec le football masculin est rude, déplore Nadine Riesen:

«Bien sûr, je sais que les choses ne sont pas meilleures dans d'autres sports que chez nous. Mais nous avons toujours la comparaison avec le football masculin. C'est le même sport, seul le sexe est différent. C'est pourquoi nous avons conscience de tout ce qui serait encore possible.»

Pour l'Appenzelloise, cela a été particulièrement flagrant chez les jeunes. Alors que les garçons étaient déjà encadrés de manière professionnelle dès l'âge de 15 ans, Nadine Riesen est passée directement, à 15 ans, des juniors filles C du FC Bühler à la première équipe du FC Saint-Gall. Autrement dit: elle n'a pas reçu de véritable formation. «J'espère qu'aujourd'hui, les clubs investissent mieux dans leurs propres joueuses de la relève et qu'elles sont mieux encouragées», confie-t-elle.

Selon la défenseure de la Nati, l'égalité de traitement entre les garçons et les filles est plus avancée en Allemagne.

Marion Daube affirme également que la promotion de la relève est essentielle. Dernièrement, la directrice du foot féminin à l'ASF a constaté un problème à cet égard: dans notre championnat, de plus en plus de footballeuses étrangères sont recrutées par les clubs. «Nos clubs devraient être incités à promouvoir leurs propres juniors», clame Daube.

Le même problème existe dans le foot suisse masculin👇

Des détails révélateurs

Jennifer Wyss (21 ans) s'engage, elle aussi, pour le développement du football féminin. Elle a joué en Super League avec le FC Saint-Gall et le FC Lucerne. La milieu de terrain porte désormais le maillot du FC Wil, en Ligue nationale B. Parallèlement, elle travaille à plein temps pour l'Association de football de Suisse orientale (OFV). Elle y est responsable de la mise en œuvre des projets de développement durable pour le football de base. «Ce championnat d'Europe est une chance énorme de développer le football féminin», s'enthousiasme-t-elle.

Jennifer Wyss spielte in der Super League und kickt nun für den FC Wil. Beim Ostschweizer Fussballverband ist sie für die Umsetzung der Nachhaltigkeitsprojekte zuständig.
Jennifer Wyss a joué en Super League et évolue désormais au FC Wil.Image: Beat Lanzendorfe

Par exemple, l'OFV propose désormais des cours réservés aux entraîneuses. L'objectif officiel de l'association est de doubler le nombre de joueuses d'ici 2027, mais aussi le nombre d'entraîneuses, d'arbitres et de fonctionnaires.

«Le nombre de joueuses augmentera avec l'Euro et l'attention accrue, c'est pourquoi il est important qu'il y ait aussi plus de femmes dans les autres fonctions. Si tout à coup, beaucoup plus de filles veulent jouer au football, nous devons être prêtes.»
Jennifer Wyss.

La Saint-Galloise travaille aussi comme coach-assistante des filles de moins de 14 ans du FC Wil et voit une différence avec l'époque où elle était junior: «J'ai toujours joué avec des garçons et, à 15 ans, j'ai directement intégré l'équipe de Super League. J'ai tout de suite eu une place de titulaire», se souvient Jennifer Wyss, avant d'enchaîner:

«Aujourd'hui, le chemin est nettement plus long pour la plupart des joueuses. Le niveau augmente et il n'est plus aussi facile d'accéder à la première division»

Jusqu'à récemment, les footballeuses du FC Wil devaient même payer une cotisation de membre, mais après l'intégration dans la SA, cette «coti» a été supprimée. Leurs vêtements d'entraînement sont lavés et elles peuvent utiliser la salle de fitness de l'équipe masculine. «Tout cela semble être des détails, mais pour nous, ce sont des choses importantes et nous en sommes extrêmement reconnaissantes», applaudit Jennifer Wyss.

Les protagonistes du foot féminin suisse sont convaincues que l'Euro va donner un grand coup de pouce à leur domaine, que l'attention sur celui-ci va augmenter. Marion Daube conclut:

«Le football masculin a lui aussi eu besoin de temps pour se développer. Nous sommes maintenant au milieu de ce processus»

Oui, même s'il lui reste encore beaucoup de chemin à faire, le football féminin suisse a le vent en poupe.

Traduction et adaptation en français: Yoann Graber

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