Le grand projet de Sierre est une aubaine pour Ajoie
Le dossier Sierre concerne de près Ajoie, et ce n’est pas un manque de respect de le dire, simplement un constat lucide. Après tout, les Ajoulots ont terminé la saison régulière à la dernière place pour la cinquième fois consécutive. Il est très probable, statistiquement parlant, qu’ils jouent encore la lutte pour le maintien à l’avenir. D’autres équipes pourraient également être concernées, mais inutile de spéculer.
Venons-en à Sierre, que nous avons vu jouer dimanche après-midi à Olten, en demi-finale de Swiss League, lors d'un match relevant à la fois du voyage dans le passé et de la projection vers l’avenir.
Le HC Sierre avait perdu le match 1 contre Olten sur sa glace, vendredi, malgré une avance de deux buts, en raison notamment de son arrogance et d’une certaine légèreté (2-3). La réaction a été immédiate et virulente. Les joueurs d’Olten, plus jeunes, plus légers et plus petits, pratiquant un hockey moderne basé sur la vitesse et le mouvement, ont certes tenté une nouvelle fois de distancer leur adversaire. Mais cette fois, ils n’y sont pas parvenus. Sierre a bousculé, poussé, provoqué et arraché une victoire 3-1 à l’extérieur. La demi-finale est relancée.
La situation en demi-finales:
Ce qui rend le HC Sierre si dangereux, pour la suite de cette série, mais également à plus long terme? Son hockey, fondamentalement différent de tout ce à quoi les équipes de National League sont habituées. Les dinosaures sont de retour!
Chris McSorley a remonté le temps. Il mise sur les vertus éternelles du hockey nord-américain, comme la taille, le poids, la dureté et les provocations envers les leaders adverses. Mais aussi sur des tactiques ancestrales et rusées: gagner les mises en jeu, dégager le puck, provoquer des dégagements interdits, casser le rythme et empêcher l’adversaire d’entrer réellement dans son match.
C’est ainsi que dimanche après-midi, Olten a été dominé au Kleinholz, dans un match dont l’intensité a dépassé tout ce qui a été proposé en National League cette saison.
La tactique façon Jurassic Park de Chris McSorley est favorisée par des arbitres qui laissent jouer et ferment les yeux sur les actions rudes, ce qui a rendu la partie spectaculaire. Olten, pourtant plus rapide et habile, a ainsi été lentement découragé, puis frustré avant d'être dominé physiquement. La première ligne, composée du meilleur compteur Jayce Hawryluk, du Canadien Guillaume Asselin et de Simon Sterchi, a été complètement neutralisée. Certains éléments de ce trio ont même contribué aux buts encaissés. Et à la 29e minute, Simon Sterchi a dû quitter la glace sur blessure.
Le HC Sierre de 2026 est une copie conforme de l'équipe de Genève-Servette de 2002. C’est exactement de cette façon que Chris McSorley avait mené les Genevois dans l’élite, battant Coire lors du duel de promotion-relégation. Le technicien avait alors posé des bases solides, qui tiennent aujourd’hui encore. Depuis sa promotion, Genève-Servette n’a jamais été menacé de relégation, et les héritiers de McSorley ont remporté la National League en 2023 et la Ligue des champions en 2024.
Une seule chose a changé depuis l’époque genevoise: Chris McSorley sait désormais que son hockey rugueux ne fonctionne que si les arbitres ne s’y opposent pas. Il évite donc soigneusement tout conflit ouvert avec eux. Il ne claque plus les portes, ne s’emporte plus en public et parle toujours avec bienveillance des officiels. Non pas parce qu’il s'est adouci avec l’âge, mais bien parce qu’il est devenu plus intelligent et a compris que, dans ce milieu, la colère est parfois toxique.
Tout cela devrait profondément inquiéter les équipes qui jouent le bas de tableau en National League. Depuis que McSorley, 63 ans, a repris Sierre, et qu'il se tient à nouveau chaque jour dans le vestiaire, il semble avoir rajeuni de quinze ans. Dimanche, sa présence a dominé la zone technique du Kleinholz. Ce n’est pas un homme en route vers la retraite, mais quelqu’un en mission, débordant d’énergie et de passion.
Sierre ne peut pas être promu cette saison. Mais dès le printemps prochain, une autorisation pourrait être prononcée. Chris McSorley est convaincu que les changements exigés par la National League à Graben seront réalisés et que les deux millions nécessaires pour ce chantier seront investis. Et ce, même si l’infrastructure doit bientôt disparaître. Selon ses prévisions, la nouvelle arène du HC Sierre sera prête à l’automne 2030.
L’optimisme du Canadien est contagieux. Mais ici, il est sans doute excessif. La ligue n’accordera aucune autorisation tant que tous les travaux de rénovation ne seront pas réalisés, et ne fera aucune fleur à Sierre parce qu'une nouvelle arène doit bientôt être livrée. Pour une fois, la commission des licences, habituellement inoffensive, montre les crocs.
Cet enthousiasme pour un retour rapide en National League soulève en outre une question importante: investir des millions dans une patinoire vétuste, destinée à être démolie, est-ce vraiment sérieux? Chris McSorley n’a-t-il pas perdu la tête?
Ici, le Canadien sous-estime le bon sens économique des Valaisans. Ajoie peut donc compter sur un sursis, au moins jusqu’au printemps 2031, lorsque Sierre pourra disputer le barrage de promotion-relégation dans sa nouvelle arène. Mais le charismatique entraîneur veut, quoi qu’il en soit, accélérer les choses sur le plan sportif. «Parce que, dans un tel projet, le succès sportif est la meilleure des publicités. Nous visons la promotion au printemps 2028», explique-t-il, afin de susciter tôt l’enthousiasme pour le hockey dans la ville et d’ouvrir les cœurs, ainsi que les portefeuilles.
Cela signifie que McSorley construit actuellement une équipe de pointe qui dominera probablement la Swiss League dès la saison prochaine. Si le HC La Chaux-de-Fonds veut monter, c’est donc maintenant, au printemps 2026, avant que la fenêtre ne se referme peut-être définitivement. Pour l’instant, le HC Sierre peut encore être battu. Mais il pourrait bien en être autrement dès la saison prochaine.
Dans le meilleur des cas pour Ajoie, ou pour une autre équipe de bas de tableau en National League, Sierre n’obtiendra sa licence qu’avec sa nouvelle patinoire. Entre-temps, le club dominera la Swiss League, freinera les équipes candidates à la promotion et bloquera toute montée.
Le projet de Sierre, avec une nouvelle arène coûtant environ 80 millions de francs, a déjà été validé par toutes les instances politiques ainsi que par le peuple. Aucun nouveau vote n’est nécessaire. Le long parcours lié aux procédures de construction commence désormais, et ce processus pourrait durer plus longtemps que ne l’imagine Chris McSorley. La nouvelle arène ne sera peut-être prête que dans sept ou huit ans, ce qui pourrait encore retarder l'accession.
Ajoie et les autres équipes de bas de classement, en l’occurrence Ambri et Kloten, peuvent donc espérer un long répit. Elles devraient même, pour faire les choses bien, s’unir afin d’engager les meilleurs avocats spécialisés en droit de la construction et de financer tous les recours contre le projet de nouvelle patinoire. Objectif: retarder, par voie administrative, la construction de la nouvelle arène le plus longtemps possible, peut-être jusqu’en 2034 ou 2035, voire plus. De cette manière, Sierre continuera à dominer année après année la Swiss League sans pouvoir monter, bloquant toutes les équipes éligibles à la promotion.
Mais au final, ce ne sont ni le droit, ni la politique, ni la ligue qui décideront de l’issue du projet de Sierre, mais bien quelque chose de plus imprévisible: la patience des investisseurs. Or dans le monde du sport, la patience est rarement une vertu: elle s'épuise très vite. Sierre est encore loin d'avoir sa patinoire et de jouer dans l'élite.
