Chaussures vernies, robes à paillettes, discours de remerciement et pluie de confettis pour les vainqueurs. Comme chaque année, la télévision suisse a déployé de gros moyens ce dimanche pour récompenser et mettre en scène les meilleurs sportifs de notre pays. L'émission a duré près de trois heures. Beaucoup de temps donc pour revivre les moments les plus émotionnels de l'année sportive, les hauts et les bas.
Car le sport parle le langage de la vie: c'est une lutte permanente entre l'échec et le succès, entre les moments forts et les coups durs, entre la douleur et le triomphe, la confiance en soi et le doute, et surtout entre la victoire et la défaite. Et parfois aussi: entre la vie et la mort.
Les Sports Awards n'ont toutefois reflété que très partiellement ce melting-pot émotionnel dimanche soir. On a tout de même vu quelques scènes de dépit, il y a eu de la nostalgie aussi, mais la cérémonie se veut avant tout un événement joyeux où l'on rit, où l'on se remémore des souvenirs et où l'on fait la fête. C'est une soirée de vainqueurs, dans laquelle il n'y a pas de place pour la mort et la tristesse.
Car ce que l'on retiendra aussi de l'année sportive 2024, c'est le décès tragique de Muriel Furrer lors des championnats du monde de cyclisme à Zurich, dont la télévision suisse a produit la course. Le jeudi 26 septembre, la jeune femme (18 ans) avait chuté dans un virage au-dessus de Küsnacht, subissant un traumatisme crânien et succombant à ses blessures le lendemain à l'hôpital.
L'année dernière déjà, la télévision suisse avait manqué l'occasion de rendre hommage au cycliste Gino Mäder lors des Sports Awards. La raison invoquée était alors la même que pour Muriel Furrer. Susan Schwaller, rédactrice en chef des sports à la SRF:
La SRF renvoie en outre à différents autres formats dans lesquels la mort de Muriel Furrer a été évoquée en détail. Les Sports Awards, finalement, sont moins la nuit du sport suisse que celle des vainqueurs.
D'autres décès ont d'ailleurs été passés sous silence. Comme celui de la snowboardeuse Sophie Hediger (†26) ou du coureur d'orientation Pascal Buchs (†27), qui se sont tués en décembre dans un accident de montagne. Ou encore celui du coureur Adrian Lehmann, victime d'un infarctus trois jours avant le marathon de Zurich, et décédé à 34 ans le jour de la course.
Ou bien celui de Josef «Sepp» Haas (†86), qui a offert à la Suisse sa première médaille olympique de ski de fond sur 50 kilomètres aux Jeux olympiques d'hiver de Grenoble en 1968 et qui a été élu sportif de l'année la même année. Ou encore celui de Robert Dill-Bundi (†65), qui a remporté l'or en poursuite individuelle sur 4000 mètres aux Jeux olympiques de Moscou en 1980, et qui reste à ce jour le seul champion olympique suisse sur piste.
Ils ont tous écrit l'histoire du sport suisse. Ils ont partagé leurs émotions avec des millions de fans et nous ont offert des moments de joie dont beaucoup d'entre nous se souviendront toute leur vie. Ils méritaient qu'on leur rende hommage lors des Sports Awards, dans un format qui n'aurait rien changé à l'ambiance festive de la soirée.
Surtout que Swiss Cycling a prouvé en décembre, dans le cadre de la «Swiss Cycling Night», qu'il était possible de faire autrement. Lors de son propre gala, la fédération suisse de cyclisme n'a pas oublié de rendre hommage à Muriel Furrer, sans grands discours, mais avec une vidéo pleine d'émotion. Celles qui ont partagé la route avec elle ont raconté des anecdotes, des photos de Muriel Furrer ont également été montrées. C'était digne et beau. C'était ce qu'on aurait aimé voir dimanche.