Pourquoi cet étrange boysband a désespérément besoin de Trump
«Ils vont faire un flop monumental», prédisait, il y a trois mois, un internaute grincheux sur le forum Reddit. Force est d'admettre que le style de Boy Throb, composé de quatre jeunes hommes affublés de survêtements en velours rose bonbon et de baskets jaunes, est pour le moins... criard. Un curieux mélange de kitsch, d'esthétique des années 1990 et de couleurs girly qui raviraient Paris Hilton.
Un goût douteux qui n'a pas empêché ce quatuor d'exposer sur TikTok, grâce à ses reprises de Sabrina Carpenter, Taylor Swift ou encore Katy Perry.
Fondé par deux jeunes candidats malheureux d'American Idol, Evan Papier et Anthony Key, le duo se retrouve bientôt complété par le guitariste Zachary Sobania. Puis par Darshan Magdum, une star du web en Inde, réputé pour ses chorégraphies et ses reprises sur les réseaux sociaux. «La première fois qu’on a chanté ensemble, c'était magique. Comme une ambiance de magie noire vaudou», se souvient Evan, fin janvier, dans le Wall Street Journal.
Qu'à cela ne tienne. Le combo loufoque cartonne: un mois après la publication de leur première vidéo sur TikTok, Boy Throb, désormais installé dans une maison à Los Angeles, compte plus d'un million d'abonnés. Leur premier single, Finger, a été écouté plus d'un million de fois en streaming et ils viennent de sortir un clip. Ils ont même été invités aux Grammy Awards, avant d'être conviés à chanter l’hymne national lors d’un match de hockey des Kings de Los Angeles.
Leur premier clip
Les ambitions de Boys Throb sont posées dès le départ: devenir rien de moins le «prochain boys band le plus populaire au monde» et atteindre le million de followers.
Un obstacle de taille
Des efforts toutefois contrecarrés par un obstacle de taille. Darshan Magdum, le quatrième membre du groupe, vit toujours en Inde. Séparé de sa bande par plusieurs milliers de kilomètres, il n'en apparaît pas moins dans chaque vidéo, en bas ou dans un coin de l'écran, en train de danser depuis chez lui, à Mumbai. Chaque apparition est aussi drôle que volontairement mélodramatique.
Il s'agit désormais pour le groupe de se réunir, en obtenant un visa à son quatrième membre. Plus précisément un «visa O-1», qui se destine aux personnes dotées de «capacités exceptionnelles» comme les athlètes olympiques, les scientifiques de haut niveau ou les artistes renommés.
L'objectif initial et fièrement revendiqué d'atteindre le million d'abonnés ne doit rien au hasard: c'est le chiffre articulé par leur avocat spécialisé en immigration — un personnage récurrent dans leurs vidéos — selon lequel ce seuil contribuera à établir leur légitimité auprès du gouvernement américain.
La demande de visa a été déposée fin décembre et la réponse se fait encore attendre. En attendant, Boy Throb continue à chanter, avec l'espoir que «tout se passera comme prévu».
«Je pense que ce projet, ce groupe, ce n'est pas juste un groupe qui essaie de chanter tous ensemble. C'est aussi un mouvement, en quelque sorte, pour permettre aux gens de venir partager leur joie, même s'ils n'habitent pas dans la région», a affirmé ce lundi le fondateur Evan Papier, 23 ans, sur le podcast The Journal.
@boy.throb We have No$, bb 😢💖 @bbno$ ♬ original sound - BOY THROB
Selon des experts juridiques interrogés par le Wall Street Journal, la quête de Darshian n'a rien de chimérique. Face à l'essor des influenceurs et des artistes sur les réseaux sociaux, le gouvernement américain fait face à de plus en plus de cas similaires et doit prendre en compte de nouveaux indicateurs, comme le nombre d'abonnés.
«Personnellement, je ne suis pas forcément convaincu par leur capacité d'écoute», note James Hollis, un avocat en immigration de Memphis spécialisé dans les visas O-1, au WSJ. «Mais ils savent assurément comment créer du buzz sur les réseaux sociaux.»
Voilà au moins une qualité susceptible de trouver grâce aux yeux de Donald Trump et son administration. (mbr)
