Trump a peur du football
Lorsque les Etats-Unis débuteront la Coupe du monde à domicile dans la nuit de vendredi à samedi, Donald Trump ne sera pas présent. Au lieu d'assister au match des US Boys contre le Paraguay, il restera, selon les médias, à Washington, D.C., pour participer, entre autres, aux préparatifs d'un événement organisé dimanche par l'UFC. Celui-ci se tiendra devant la Maison-Blanche en l'honneur du 80e anniversaire du président américain.
A première vue, cela semble être un choix inhabituel, car la Coupe du monde de football est le plus grand événement sportif au monde. Mais pour Trump, il est tout à fait logique de ne pas assister au match à Los Angeles.
De nouveaux sifflets menacent
D'une part, il risque d'y recevoir un accueil similaire à celui qu'il a connu récemment lors d'un match des Knicks en finale des playoffs de la NBA, où Trump a été hué par de nombreux supporters. Lors de l'ouverture de la Coupe du monde en Californie, Etat également démocrate, le public sera certes moins marqué par l'esprit régional, mais ce président, historiquement impopulaire, devrait s'attendre à nouveau à des huées.
Ce ne sera sans doute pas le cas lors de l'événement de MMA organisé près de chez lui.
D'un autre côté, les républicains ne sont pas vraiment favorables au football – ou «soccer», comme on l'appelle aux Etats-Unis. Ses supporters sont une véritable épine dans le pied des conservateurs. Car contrairement à ce qui se passe, par exemple dans le football américain ou le basket-ball, ils ne sont pas simplement des clients qui déboursent des sommes à trois chiffres pour un billet, mais ils n’hésitent pas à s’exprimer politiquement ou à émettre des critiques lors des matchs.
Le sport des immigrés
Dans une interview accordée au magazine de football 11 Freunde, un ultra du Los Angeles Galaxy a déclaré:
L'année dernière, un autre supporter du club s'est vu infliger une interdiction à vie de stade pour avoir introduit clandestinement dans l'enceinte une banderole anti-ICE, l'agence américaine chargée de l'immigration.
Le club n'a fourni aucune preuve. On peut donc supposer que ce supporter, qui avait maintes fois exprimé ses critiques, devait être réduit au silence. Dans la ligue de football nord-américaine MLS, il est interdit de s’exprimer politiquement à l’aide de pancartes et de symboles. Au total, des centaines de supporters auraient été interdits de stade pour avoir enfreint cette interdiction, selon le rapport.
En Europe, on a l'habitude des critiques formulées par les groupes de supporters organisés dans les stades de football; aux Etats-Unis, les responsables n’y sont pas habitués et ça les agace. En MLS, de nombreux propriétaires de clubs sont républicains; certains d’entre eux possèdent, outre un club de football, une équipe dans l’une des quatre grandes ligues sportives américaines.
Là-bas, ils doivent tout au plus essuyer les critiques des fans en cas d’échecs sportifs. Ils préféreraient donc que le public du football ressemble à celui du football américain ou du hockey sur glace, comme l’a un jour souligné un essai issu de la scène des supporters de gauche, selon le magazine 11 Freunde.
Mais dans le football, les supporters ne se laissent pas décourager, ce qui s'explique aussi par le fait que les prix des billets sont bien moins élevés et que ce sport est donc plus accessible. Ce qui déplaît également aux conservateurs américains.
La commentatrice conservatrice Ann Coulter, qui a soutenu Trump lors de sa première campagne présidentielle, mais l’a ensuite critiqué, a vivement attaqué le football en 2014, le qualifiant «d’anti-américain et d’ennuyeux». Selon elle, l’intérêt croissant pour ce sport serait un signe de la décadence morale du pays. Elle en attribuait la responsabilité principalement aux étrangers.
Le think tank de droite «American Enterprise» est même allé jusqu’à qualifier le football de «sport socialiste».
Les démocrates ont tiré profit de la Coupe du monde de 1994
Jusqu'à présent, Donald Trump s'est montré séduit par le football et a même déclaré, lors du tirage au sort des groupes de la Coupe du monde en décembre, qu'il fallait renommer le football américain, car le «soccer» était le véritable «football». Mais le public, plutôt de gauche, ne devrait guère lui plaire.
D’autant que la Coupe du monde comporte un autre danger pour le parti du républicain.
Une étude menée il y a quelques années mettait en évidence une corrélation entre les Coupes du monde de football et les résultats électoraux aux Etats-Unis. Après le Mondial masculin de 1994 et ceux féminins, de 1999 et 2003, les démocrates ont vu leur part des voix augmenter dans les villes hôtes.
On n'a pas pu établir de lien avec les villes d'accueil des équipes de la MLS, mais, si la Coupe du monde actuelle a les mêmes répercussions que celle d'il y a 32 ans, l'automne s'annonce difficile pour Donald Trump et les républicains.
