DE | FR

Vélos vintage et maillots en laine: ces «jeunes vieux» à l'assaut du Tour de Romandie

Ils ont entre 55 et 75 ans et ont pris part à la 75e édition du Tour de Romandie... sur des vélos des années 1970, avec des casques au cuir usé et des maillots en laine. «Comme à l'époque!». Reportage.
30.04.2022, 08:5930.04.2022, 11:46
Suivez-moi

- «C’est lequel, le plus vieux?»
- «C’est Michel, le plus vieux!»
- «Non mais c’est quel vélo, le plus vieux?!»

Les rires accompagnent les essayages de la bande. Au milieu de ses trésors du monde de la petite reine, qu'il collectionne depuis cinquante ans, Michel se fait taquiner par ses copains. L'aîné des «jeunes vieux», 65 ans, est un mordu de cyclisme depuis qu’il est gamin. Dans son musée du vélo, chez lui, à Cheseaux, il habille ses copains. «Avec de vrais maillots de l’âge d’or du cyclisme, les années 1970. J’ai même un maillot des années 1940, regarde!», s’exclame-t-il, souriant d’une oreille à l’autre, en me montrant un t-shirt Cilo de 1947. L'un des cyclistes me souffle qu'il surnomme son ami «Wiki Michel». Ah, très bien, moi qui n'y connais pas grand-chose en cyclisme, je ne m'inquiète pas: Wiki Michel pourra écrire cet article à ma place si je pédale dans la semoule.

Le maillot de 1947. Un trésor.
Le maillot de 1947. Un trésor.margaux habert

D’habitude, c’est le dimanche que la bande d'amis se retrouve pour sillonner les routes vaudoises. Mais ce jeudi 28 avril, ils vont vivre une expérience un peu particulière: le Tour de Romandie a invité Michel à pédaler quelques kilomètres de la boucle d'Echallens avec ses amis cyclistes, vêtus des plus belles pièces de sa collection.

«Ils sont magnifiques, Michel, mais la laine de 1972, ça gratte et ça tient quand même très chaud!», rigole Pascal, la tête à travers un maillot Gitane bleu et blanc. Maryvonne, Pierre-Yves, Didier, Christine et Pascal enfourchent les vélos d’époque que Michel a dégotés et retapés.

Les précieux conseils de Michel, à gauche, au jeune Pascal.
Les précieux conseils de Michel, à gauche, au jeune Pascal.margaux Habert

«Ça pèse un âne mort!», remarque Christine. «Ça fait drôle, il n'y a que cinq ou six vitesses…», surenchérit Didier. «Tiens la journaliste, avec ton scooter, t'auras qu'à porter le sac avec les chaussures de rechange!», m'ordonne Pascal en faisant le malin avec son casque aux lanières de cuir qui lui scient les oreilles. Je leur dis que je suis enchantée d'être si vite intégrée à l'équipe et d'être leur sherpa, même si en scooter, ça fait «moins vrai» que s'ils avaient une équipe avec douze voitures et vingt-sept vélos de rechange. «T’insinues qu’on est pas des pros?», rigole Pierre-Yves. Bon, on tombe d’accord sur le terme de semi-pros.

Le cuir qui scie les oreilles. Le casque est d'époque, la casquette aussi. Il n'y a que les lunettes Oakley qui sont récentes, elles n'ont «que» vingt ans.
Le cuir qui scie les oreilles. Le casque est d'époque, la casquette aussi. Il n'y a que les lunettes Oakley qui sont récentes, elles n'ont «que» vingt ans.margaux Habert

Des biclous vintage et des vélos en carbone

Après les essayages, nous sommes tous en route pour Echallens, eux sur leurs vieux biclous, moi sur mon scooter. La police nous fait signe de nous arrêter sur le côté: «Les coureurs ne vont pas tarder à passer par ici!» On se joint aux automobilistes pour encourager le peloton. «Regardez Michel, il a la chair de poule!», sourit Maryvonne. «De les voir passer, c'est fou, c'est magique, ça me procure la même émotion que quand j’avais dix ans et que je voyais le Tour de Romandie passer à Nyon

Les semi-pros, en ordre dispersé, attendent de voir passer le peloton.
Les semi-pros, en ordre dispersé, attendent de voir passer le peloton.margaux habert

Après le passage des (vrais) coureurs, qui foncent comme des flèches, les voitures des équipes nous passent devant, avec des vélos un peu plus modernes, doux euphémisme, que ceux de notre petite bande. «Ils sont beaucoup plus légers aujourd'hui, en carbone. Pour une paire de roues, compte 5000 francs. Il y a pour plus de 100 000 francs de vélos sur le toit de chaque voiture», m'explique Wiki Michel. On reprend la route. On y est presque, ça va bientôt être au tour de la «team vintage» de prendre le départ.

Les pros ont lâché leurs sacs de ravitaillement dans le virage. Didier pose fièrement avec sa trouvaille.
Les pros ont lâché leurs sacs de ravitaillement dans le virage. Didier pose fièrement avec sa trouvaille.margaux habert

Sur place, entre les hauts-parleurs des voitures qui crachotent des messages grésillants, la foule qui suit la boucle sur l'écran géant et les agents qui tentent de canaliser tout ce monde, l'ambiance est bon enfant. Les sept copains se préparent sur la place du Château, ils partiront juste après une délégation d'enfants. Choc des générations. En attendant le départ, les curieux sont nombreux à venir demander d'où viennent ces tenues et ces vélos. Pendant que les copains expliquent aux passants en fanfaronnant, Didier me glisse qu'ils doivent quand même avoir l'air un peu ridicules. Mais une passante lui donne tort d'un ton enthousiaste: «Ils sont superbes, vos vélos! Oh mais, c'est toute la panoplie qui est d'époque?! Magnifique!» Michel rayonne.

Les vrais pros, les enfants et les semi-pros vintage

L’atmosphère s'électrise soudain: les (vrais) coureurs sont à une centaine de mètres, ils vont passer dans quelques secondes le virage où s'est amassée la foule qui crie déjà des encouragements. J'ai à peine le temps de courir vers une barrière que les premiers sont déjà là, à attaquer cette courbe. Une minute plus tard, les coureurs sont tous passés, les décibels ont chuté, la foule a repris son brouhaha habituel.

La team vintage est prête à avoir la socquette légère.
La team vintage est prête à avoir la socquette légère.margaux habert

Ça y est! Les enfants, habillés de maillots estampillés «Tour de Romandie 2022» se mettent en route, suivis des «jeunes vieux». Le contraste entre les looks est flagrant. Les spectateurs l'ont remarqué aussi, les visages sourient et les mains applaudissent pour encourager cette délégation éclectique.

La boucle des pros est longue de quelque 168 kilomètres. Heureusement pour nos amis de la «team vintage», leurs «maillots en laine qui grattent» et leurs «vélos qui pèsent un âne mort», pas question de se taper tout le parcours. Eux, ils ont été invités pour parader. Près de la ligne d'arrivée, malgré la laine qui gratte, les poignées pas confortables et le cuir des casques qui scie les oreilles, les amis pédalent de plus belle. Comme lorsqu'ils roulent ensemble le dimanche, ils se chambrent pour savoir qui ira le plus vite. Manque de bol pour la team, ils sont tous battus: c'est Jacques, 76 ans au compteur et organisateur des animations sur le Tour, qui passe la ligne d'arrivée en premier.

Au moins, la main respire dans les gants en crochet.
Au moins, la main respire dans les gants en crochet.margaux habert

Rendez-vous dimanche

Après l'effort, le réconfort, on file tous grignoter du pâté vaudois et du gâteau de Goumoëns. Je leur demande s'ils auraient pu faire partie, d'une manière ou d'une autre, des professionnels, lorsqu'ils avaient la vingtaine. «Non...», souffle Didier. Pourquoi? «C'est simple, parce qu'on était pas bons!», me répond-il, alors qu’ils partent tous dans un éclat de rire. «On préférait aller au bal…»

Alors que les curieux continuent d’interpeler et de féliciter l'équipe pour ses tenues et ses vélos vintage, il est temps de rentrer. «L'aller-retour entre chez Michel et Echallens aura finalement été plus long que notre Tour de Romandie», s'esclaffent les copains. «Pour Michel, qui est le plus grand passionné que je connaisse, c'est quelque chose, je suis content qu'on ait pu faire les malins sur le Tour de Romandie avec lui», me sourit Pascal.

Les «jeunes vieux» se sont bien amusés à participer, à leur manière, à cette 75e édition du Tour de Romandie.
Les «jeunes vieux» se sont bien amusés à participer, à leur manière, à cette 75e édition du Tour de Romandie.Image: margaux habert

En retirant les maillots en laine, les amis organisent déjà leur prochaine sortie, prévue dimanche si la météo le permet. Michel, lui, récupère les affaires et range les vélos dans son musée en souriant. Il est sur son petit nuage. «C'était super, j'espère que ça t'a plu aussi, la journaliste!», me dit-il, avec son éternel enthousiasme.

Plus d'articles sur le sport

Montrer tous les articles

25 panneaux de toilettes qui sont drôles (ou sexistes)

1 / 27
25 panneaux de toilettes qui sont drôles (ou sexistes)
source: imgur
partager sur Facebookpartager sur Twitterpartager par WhatsApp

Roger Federer l'avoue, il «chante du Britney en voiture»

0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Trop d'argent et de gloire détruisent les étudiants-athlètes
Les sportifs universitaires américains sont exposés à une détresse mentale qui conduit à des suicides. Pourquoi? De grosses sommes d'argent et des partenariats lucratifs sur les réseaux sociaux. Un poison qui se répand très vite.

Les milieux universitaires américains sont en pleine ébullition. Les diffuseurs et les marques s'agitent et tentent de dénicher la prochaine perle, de capitaliser sur des jeunes qui offrent un spectacle. Les affluences, l'argent, la popularité, ce cocktail de gloire et d'espoir aspire des sportifs dans la tourmente de la pression constante. Trop tôt? C'est le cas.

L’article