Cet aspect de la Coupe du monde est dangereux pour les jeunes hommes
Jamais une Coupe du monde de football n'a proposé autant de matchs. Vous attendez-vous à ce que davantage de personnes se lancent dans les paris sportifs?
Manuela Eder: Les possibilités de parier sont elles aussi plus nombreuses que jamais. Avec un plus grand nombre de rencontres, l'offre de paris en direct est considérablement élargie. Les fans de football misent alors sur des événements précis pendant le match, comme un but ou un carton rouge.
Cela crée une pression artificielle qui ne laisse aucun temps pour réfléchir à ses propres actes. De plus, il est difficile d'échapper à une Coupe du monde. Le tournoi sera partout, que ce soit à la télévision ou sur le lieu de travail. C'est pourquoi je m'attends à ce que cette édition pousse un nombre particulièrement élevé de personnes à parier sur des matchs.
A partir de quand est-on accro aux jeux d'argent?
Un premier signe est le temps investi: lorsque les parieurs passent très longtemps à étudier les cotes et les matchs tout en négligeant leurs obligations quotidiennes, cela commence à devenir problématique. Il en va de même pour la mise de sommes dont la perte serait financièrement insupportable. Les symptômes de manque sont également caractéristiques de l'addiction au jeu. Les personnes dépendantes sont souvent irritables quand elles n'ont pas placé de pari depuis longtemps.
Que représente ce tournoi pour les personnes qui ont déjà des problèmes avec le jeu?
Pour elles, la Coupe du monde est une épreuve difficile, malgré de bonnes résolutions.
La situation est particulièrement difficile pour les anciens joueurs compulsifs qui ont toujours de l'intérêt pour le football en lui-même. Ils ne peuvent guère regarder un match sans être exposés à de la publicité pour des opérateurs de paris.
Que pensez-vous de l'argument selon lequel la gestion de l'argent et des paris relève en fin de compte de la responsabilité individuelle?
C'est un argument de l'industrie du pari, qui s'en sert pour se décharger de toute responsabilité. Les jeux impliquant des paris sont conçus pour provoquer une euphorie enivrante. Il est possible de miser à la seconde, et la rapidité des résultats rend le frisson d'autant plus intense.
Les paris sportifs connaissent un essor particulier chez les jeunes hommes. A quoi attribuez-vous cette évolution?
La propension au risque est généralement plus grande chez les jeunes. De plus, les mesures marketing des opérateurs de paris ciblent délibérément les jeunes hommes. La publicité apparaît par exemple chez les influenceurs liés au football, c'est-à-dire sur les canaux qu'utilisent les jeunes hommes passionnés par ce sport. Par ailleurs, une vieille idée reçue trouve un écho chez eux: l'idée que les paris sportifs permettent de réaliser de gros gains en parallèle. Ce qui est bien entendu faux.
La Suisse a-t-elle besoin d'une meilleure protection contre les paris sportifs?
Oui, absolument. Notamment dans le domaine de la publicité. Il faut aussi sévir davantage contre les offres qui sont certes illégales en Suisse, mais facilement accessibles en ligne.
Quelle règle de base doit suivre celui qui veut quand même parier?
Avec les paris, il faut toujours compter sur une perte. C'est pourquoi il ne faut miser que de l'argent dont on peut se passer sans difficulté. La grande majorité des gens s'en sort bien et parie de façon peu risquée. Il est également judicieux de fixer un montant maximum pour les paris et de s'y tenir. Et peut-être vaut-il mieux renoncer aux paris en direct. Car ils ne laissent tout simplement presque pas le temps de prendre conscience des conséquences d'une décision.
