Alex Frei craque pour deux pépites romandes
Alex Frei déborde d’énergie et sa passion pour le football reste intacte. Mais il sait aussi qu’il doit faire preuve de retenue. «Au sein de l’Association suisse de football, je dois me montrer plus diplomate que lorsque j’étais expert», confie-t-il.
Après une pause pour devenir consultant, l’ancien coach de Bâle, Winterthour ou encore Aarau occupe désormais le poste d’entraîneur de l’équipe nationale des moins de 21 ans. Le successeur du malchanceux Sascha Stauch effectuera ses grands débuts sur le banc vendredi à Thoune, pour le huitième match des éliminatoires de l’Euro contre les Iles Féroé. Cette rencontre sera suivie d'une partie face à l'Estonie, mardi.
Pour Alex Frei, seule cette option était envisageable, à l’exception peut-être d’un retour à Winterthour. Il ne peut imaginer, aujourd’hui comme demain, reprendre du service en club. «Parce qu’il y a toutes ces disputes, la pression médiatique, la pression exercée par les supporters, la pression interne.»
Alex Frei, meilleur buteur de l’histoire de l’équipe nationale, est donc désormais responsable de la plus haute équipe de jeunes de la fédération. Cependant, beaucoup de choses ont changé depuis cette demi-finale de l’Euro des moins de 21 ans, qu’il a disputée à domicile contre la France, il y a bientôt 25 ans. «En 2002, ils étaient quatre ou cinq dans le staff. Aujourd’hui, nous sommes seize. Cela montre l’évolution du football.»
Les jeunes n'ont plus la cote en Super League
Ce qui fonctionnait mieux autrefois, d’après lui? «Neuf ou dix joueurs des M21 sont ensuite devenus internationaux chez les A. Et pratiquement tous les titulaires occupaient des rôles clés en club.» Pour Alex Frei, c’est clair: «Nous devons revenir à cela. En Suisse, nous perdons beaucoup trop de jeunes joueurs parce que nous ne leur donnons pas leur chance».
L’ancien capitaine de la Nati n’est pas du genre à critiquer puis à se retirer. Au contraire, il a cherché à dialoguer avec YB ou le FC Bâle. «Sur les douze clubs de Super League, cinq ne comptent aucun représentant dans l'équipe, dont trois parmi les six premiers», souligne-t-il, pour mettre en évidence le problème.
Deux Romands convoqués pour la première fois
Pour sa première sélection, Alex Frei a observé plus de 60 joueurs. Son effectif de 24 éléments compte sept nouveaux venus, issus principalement des clubs de bas de tableau de Super League (Tibault Citherlet et Rhodri Smith de Winterthour, Nevio Di Giusto du FC Zurich, Samuel Krasniqi de GC) ou de deuxième division (Issa Kaloga du Stade Lausanne-Ouchy et Jarell Simo du Stade Nyonnais).
Les Romands Simo et Kaloga, formés à Servette, l’ont particulièrement impressionné lors des matchs de Coupe contre Zurich et Lucerne. «Ils méritent leur place dans cette sélection. Il y a aussi des joueurs intéressants en Challenge League», souligne Frei. Il espère en outre que ces deux jeunes pourront à l’avenir se faire un nom en Super League, plutôt que de partir en Ligue 2 française, en Belgique ou aux Pays-Bas.
Encore cinq matchs à jouer
Il reste encore cinq matchs de qualification pour atteindre la deuxième place derrière la France et accéder aux barrages en vue de la phase finale. Et malgré la défaite 2-1 au Luxembourg sous la houlette de Stauch, les chances de la Suisse restent intactes. «Nous devons battre les Iles Féroé et l’Estonie à domicile, sinon il sera difficile de prétendre à la qualification», prévient Frei. Mais la tâche ne sera pas aisée, car selon lui, les équipes dites «petites» ont énormément progressé ces dernières années. «Les progrès qu'elles réalisent sont bien plus importants que les nôtres.»
Le sélectionneur ne ressent toutefois pas de pression: «Je suis le seul à me la mettre. Et suite aux discussions avec la fédération, j’ai compris que ce projet s’inscrit sur le long terme». Quelle que soit l’issue de ces qualifications, Alex Frei devrait conserver son poste pour au moins une campagne supplémentaire. Même des offres de Super League ou de l’étranger n’y changeront rien. En effet, il est surtout motivé par la perspective de mettre son expérience au service des jeunes, de les aider à réussir leur carrière.
