La Nati va toucher le jackpot grâce à cette femme
Granit Xhaka contre Joshua Kimmich. Manuel Akanji contre Nick Woltemade. Gregor Kobel contre Oliver Baumann. Bref, la Nati face à la grande équipe d'Allemagne. Et tout cela devant un stade comble, le plus grand de Suisse: le Parc Saint-Jacques à Bâle.
Cette rencontre, vendredi à 20h45, s’annonce comme un grand moment de football, à savourer pleinement. Après tout, il n’est jamais évident de trouver des adversaires intéressants pour un match amical. Ou alors, il convient de sortir le porte‑monnaie afin de s’offrir les sélections les plus convoitées. Cependant, l'Association suisse de football (ASF) n’a pas pour habitude de céder à toutes les exigences. Il est donc surprenant de voir la Mannschaft venir jouer à Bâle.
Un match à un million
Non seulement elle se rendra en Suisse, mais cela ne coûtera rien à l’ASF. Pas un centime. La fédération suisse ne versera aucun cachet et ne paiera ni les frais de transport ni ceux de l’hébergement. Mieux encore, elle n’aura pas à reverser à son homologue allemande une part de la recette, estimée à un million de francs. Mais dans ce contexte: que vient donc faire la Mannschaft à Bâle? A titre d'exemple, les Norvégiens ont déboursé 70 000 francs pour faire venir la Nati à Oslo mardi prochain.
La raison pour laquelle l’Allemagne ne réclame rien à l'ASF et s’apprête à jouer gratuitement remonte à près de huit ans et porte un nom: Martina Voss-Tecklenburg, la femme qui a redonné vie à notre football féminin. Sous sa direction, la Nati féminine a participé pour la première fois à une Coupe du monde, en 2015, puis à son premier Euro deux ans plus tard.
Cependant, lorsque la sélectionneuse de l’équipe féminine d’Allemagne, Steffi Jones, a perdu son poste et que Horst Hrubesch a été nommé entraîneur par intérim, ce qui devait arriver s’est produit: la Fédération allemande de football (DFB) est venue chercher sa nouvelle technicienne en Suisse.
D’une part, parce que Voss-Tecklenburg, quadruple championne d’Europe, est une légende du football allemand. D’autre part, parce qu’elle venait de réaliser un travail remarquable à la tête de la Nati. A l’automne 2018, elle rentrait donc au pays, pour prendre les rênes de la «DFB-Frauenteam», alors même que son contrat avec la Suisse courait encore.
«Tout le monde s’attendait à cette demande à l’époque», se souvient Martina Voss-Tecklenburg. «Lorsque celle-ci est enfin arrivée, l’Association suisse de football n’a pas hésité une seconde à me libérer. Nous nous sommes quittés en très bons termes.» Un départ sans doute facilité par le fait que la DFB avait alors proposé, en échange, un match amical avec son équipe masculine, qui plus est en Suisse et gratuitement.
Aucune invitation
Lorsque nous faisons remarquer à Voss-Tecklenburg que ce match, obtenu en quelque sorte grâce à elle, est désormais imminent, elle réagit avec surprise: «Quoi? Il n’a pas encore eu lieu? Je ne m’en souvenais plus».
L’ancienne sélectionneuse de la Nati féminine précise qu’elle n’a pas été invitée à assister à la rencontre. «Non, je n’ai pas reçu d’invitation. De toute façon, je n’aurais pas eu le temps de me rendre à Bâle. Mais j’aurais été très heureuse d’en recevoir une.»
Quand on lui signale que, grâce à elle, le football suisse va toucher un million de francs, un peu comme une indemnité de transfert différée, elle réagit avec humour:
Avant de reprendre son sérieux: «C’est une excellente chose, et j’aimerais qu’une grande partie de cet argent soit réinvestie dans le football féminin. Mais je ne m’inquiète pas outre mesure pour cela. Déjà à l’époque où j’étais directrice technique, Peter Knäbel, aujourd’hui président, soutenait activement le football féminin. Il a été le premier homme au sein de l’ASF à assister régulièrement à nos matchs».
