Les coachs suisses sont victimes d'un changement
Dans le hockey sur glace, il y a toujours une nouvelle chance. Sauf pour les entraîneurs suisses. Pourtant, on avait l’impression qu’ils avaient enfin obtenu la reconnaissance qu’ils méritent.
Et tout laissait croire que les directeurs sportifs avaient appris à compter: un Suisse ne réclame pas de salaire net, paie lui-même ses impôts, s’occupe du bien-être de l’équipe toute l’année et, sur le plan technique, il est le plus souvent au moins aussi bon, voire meilleur, qu’un étranger.
Oui, c’est ce que l’on croyait à l’automne. Les ZSC Lions, Zoug, Langnau et Ambri ont commencé la saison avec un entraîneur suisse derrière le banc. Mais aujourd’hui, tout a de nouveau changé.
Portes fermées
A Ambri, Luca Cereda, qui avait marqué le club pendant près de huit ans aux côtés du directeur sportif Paolo Duca, n’est plus en fonction. A Zoug, Michael Liniger a servi de bouc émissaire pour les erreurs de la direction. Rien d’alarmant jusque-là: les changements d’entraîneur font partie du métier. Ce qui est profondément inquiétant, en revanche, c’est que les entraîneurs locaux n’ont obtenu aucune chance lorsque les postes devenus vacants ont été attribués.
Les portes ouvertes à Berne, Zoug, Bienne et Ambri auraient pourtant pu constituer des opportunités pour une nouvelle génération d’entraîneurs suisses. Mais non.
Ironie du sort: à Ambri, où le «directeur sportif fantôme» Lars Weibel avait fanfaronné qu’il miserait sur des entraîneurs suisses, on a finalement engagé un Finlandais pour trois ans! Le CP Berne a préféré rappeler de sa retraite anticipée le Danois Heinz Ehlers plutôt que de donner sa chance à un Suisse. Bienne a choisi de confier l’équipe à un Canadien charismatique (Christian Dubé), tandis que Zoug emploie un Canadien sans charisme (Benoît Groulx).
L'affirmation peut paraître audacieuse: si Christian Dubé n’était pas Canadien mais un Suisse nommé Dubach, il n’aurait pas obtenu le poste avec un bilan aussi maigre comme entraîneur (une seule demi-finale). Et si le Canadien Benoît Groulx était un Suisse nommé Bernhard Grunder et avait travaillé en Russie ces deux dernières années – c'est le cas de Groulx –, il serait purement et simplement persona non grata sur un banc de National League.
La méfiance dans l'ADN
De plus en plus, il apparaît que la méfiance envers les entraîneurs suisses, que l’on croyait pourtant surmontée, reste profondément enracinée dans l’ADN de notre hockey. Même le sélectionneur national Patrick Fischer n’est pas parvenu à y changer grand chose. Au contraire: dans les milieux conservateurs du hockey, les critiques se multiplient à son égard. Typiquement suisse, dit-on, il perdrait tous les matchs décisifs. Le fait que trois d’entre eux aient été des finales de Championnats du monde est soigneusement ignoré.
Lars Leuenberger, pourtant entraîneur champion avec le CP Berne en 2016, doit toujours se contenter d’un rôle d’assistant à Fribourg-Gottéron. Il n’a jamais eu la moindre chance de remplacer Jussi Tapola à Berne. Kevin Schläpfer, autrefois dieu du hockey à Bienne, ne sortira sans doute jamais de l’insignifiance nationale dans laquelle il évolue désormais à Bâle. Il n’a même plus été évoqué lorsque l’on cherchait un entraîneur de remplacement à Ambri, Zoug ou Berne.
Christian Wohlwend, qui avait ramené le HC Davos dans le groupe de tête après l’ère Arno Del Curto et qui avait également fait ses preuves à Ajoie, espère en vain une rédemption à Olten. Martin Plüss a préféré aller chercher Heinz Ehlers, sorti de sa retraite anticipée, plutôt que de donner une chance à Wohlwend.
Luca Cereda doit se contenter d’un poste d’entraîneur junior (équipe nationale U20). Après son départ d'Ambri, il ne pouvait pas espérer une place sur le banc d’un autre club de National League. Et aucun directeur sportif n’empêchera Michael Liniger de prendre d’abord une longue pause avant de rebondir. Cette pause pourrait bien durer des années.
Ce ne sont pas seulement Lars Leuenberger, Kevin Schläpfer, Michael Liniger ou Christian Wohlwend qui sont difficiles à placer sur le marché du travail de la National League. Toute une nouvelle génération de jeunes entraîneurs – Marcel Jenni, Daniel Bieri, Daniel Steiner, Rolf Schrepfer, Markus Studer, Reto et Jan von Arx ou Patrick Schöb – attend en vain une chance, ou renonce avec une méfiance avisée aux offres reçues.
Ambri a bien proposé à Reto et Jan von Arx un contrat de trois ans. Mais les deux sages Emmentalois ont refusé. Sachant pertinemment que, dans les périodes difficiles, ils ne pourraient compter sur aucune loyauté de la part du «directeur sportif fantôme» Lars Weibel.
Si tous ces entraîneurs suisses étaient Canadiens, Suédois, Finlandais, Américains ou Tchèques, ils pourraient choisir l’offre qui leur convient parmi plusieurs propositions et seraient les premiers choix lorsqu’un poste se libère en cours de saison. Dans ce métier, le passeport suisse reste un handicap.
Paterlini est le mieux placé
Ce qui nous amène à l’un des entraîneurs suisses les plus intéressants de ces dernières années: Thierry Paterlini à Langnau. Il a obtenu ce poste notamment parce que Michael Liniger avait décliné une offre de Langnau.
Au motif que, pour planifier sa carrière, il valait mieux prendre la tête d’un club de premier plan. Il a effectivement obtenu une chance à Zoug, a échoué et devra désormais attendre longtemps la prochaine offre, puisqu’il possède un passeport suisse. Là encore: s’il s’appelait Mikael Lindqvist, il serait probablement déjà en train de trier les propositions.
Le contrat de Thierry Paterlini à Langnau arrive à échéance à la fin de la prochaine saison. Le moment approche donc de franchir une nouvelle étape dans sa carrière, et les spéculations sur son avenir vont bientôt commencer. Malgré un léger revers – il vient de manquer de peu l’objectif de la saison (10e place) en terminant 11e –, il dispose de la meilleure position parmi les entraîneurs suisses.
Quatre années de travail patient et persévérant constituent une référence solide. Il est tout à fait possible que, selon ce qui se passera la saison prochaine, il reçoive des offres de clubs disposant d’un potentiel économique et sportif supérieur à celui des SCL Tigers. Selon le lancer de dés des dieux du hockey, il pourrait devenir une option à Berne, Bienne, Zurich ou Zoug.
Mais l’expérience montre que les entraîneurs suisses devraient choisir leur poste avec la plus grande prudence. Car après un échec – contrairement aux étrangers – ils obtiennent rarement une nouvelle véritable chance. A Langnau, Thierry Paterlini bénéficie du soutien inconditionnel du directeur sportif Pascal Müller. Avec lui, il peut faire avancer la planification de l’effectif.
De la loyauté, il en aurait aussi sûrement de la part des ZSC Lions. La manière dont le manager Peter Zahner et le directeur sportif Sven Leuenberger soutiennent Marco Bayer cette saison est remarquable. Mais à Zoug ou à Berne, l’entraîneur est le bouc émissaire idéal, qui ne peut compter sur aucun soutien dans les périodes difficiles. A Zoug, Michael Liniger a même été trahi par un directeur sportif issu du même village.
Le poste de sélectionneur comme Graal
En réalité, Thierry Paterlini devrait garder sa poudre au sec à Langnau, poursuivre sa mission et cultiver la réputation d’un entraîneur qui serait largement capable de diriger un grand club. Mais refuser toutes les offres des grands clubs. Afin d’être prêt pour le seul poste qui représenterait réellement une amélioration et non une impasse dans sa carrière: celui de sélectionneur national, comme successeur de Jan Cadieux.
Pour Jan Cadieux aussi – pourtant champion national avec Genève et sacré en Ligue des champions – la fédération a été la seule possibilité de rester dans le métier après son éviction des Vernets. D’abord comme sélectionneur des moins de 20 ans, puis aujourd’hui comme successeur de Patrick Fischer.
Même Patrick Fischer, après son licenciement à Lugano en octobre 2015, n’avait trouvé un poste qu’auprès de la fédération. Il est depuis devenu le sélectionneur le plus couronné de succès de l'histoire du hockey suisse. Davantage que tous les techniciens étrangers.
Adaptation en français: Yoann Graber
