«Affaire Haas»: dix matchs justifiés, mais pas indispensables
La semaine dernière, l'attaquant canadien d’Ajoie, Daniel Carr, avait porté un violent coup de poing à la tête du capitaine biennois Gaëtan Haas au terme d’une bagarre particulièrement musclée. Circonstance aggravante: ce dernier coup avait été asséné alors que son adversaire, déjà à genoux sur la glace, n’était plus en mesure de se défendre. Un geste qualifié de «sucker punch», qui transgressait également les règles non écrites du hockey.
Les arbitres avaient infligé un total de 50 minutes de pénalité à Daniel Carr: cinq minutes assorties d’une pénalité de match de 20 minutes pour la bagarre, puis cinq minutes et 20 minutes supplémentaires pour le coup porté à la tête. En première instance, le juge unique avait prononcé une suspension de cinq matches. Bienne vient de faire recours et en réclame désormais dix.
L’examen de la jurisprudence disciplinaire du hockey suisse montre que la demande biennoise est compréhensible. L’incident constitue un cas grave, relevant de la troisième catégorie, la plus sévère.
➡️ Catégorie I:
- Infractions légères.
- Sanction: 1 à 2 matches de suspension.
- Fautes commises par négligence, avec une force d’impact relativement faible ou un risque limité pour l’adversaire.
➡️ Catégorie II:
- Infractions de gravité moyenne.
- Sanction: 3 à 5 matches de suspension.
- Gestes témoignant d’une négligence accrue, d’un mépris marqué pour l’intégrité de l’adversaire, d’une force d’impact importante ou d’un potentiel de danger élevé. Dans certaines décisions récentes, cette catégorie prévoit également une fourchette de deux à quatre matches pour certains types d’infractions.
➡️ Catégorie III:
- Infractions graves.
- Sanction: 6 à 10 matches de suspension, voire davantage.
- Actes commis intentionnellement ou par négligence grave, susceptibles de provoquer des blessures sérieuses ou ayant effectivement entraîné de telles conséquences.
Pour déterminer la sanction, les instances disciplinaires prennent plusieurs critères en considération :
- La nature de l’infraction: une charge dangereuse, un coup de canne ou une agression contre un arbitre, par exemple.
- La dangerosité du geste: le risque auquel l'adversaire a été exposé constitue notamment un élément déterminant.
- Le degré de responsabilité: l’intention, la témérité et les circonstances précises du geste peuvent peser dans l’appréciation.
- Les conséquences: les blessures occasionnées peuvent entrer en ligne de compte, sans qu’une blessure grave entraîne automatiquement une sanction déterminée.
- Les antécédents: les précédentes infractions peuvent entraîner un alourdissement de la peine, notamment en cas de récidive dans un délai de cinq ans.
- Les circonstances atténuantes: une provocation peut, par exemple, être prise en considération.
Dans l’«affaire Haas», il s’agit manifestement d’un geste dangereux relevant de la catégorie III. Le coup a été porté avec une violence particulière et un mépris évident pour l’intégrité physique de l’adversaire. Ses conséquences sont lourdes: déjà privé de pratiquement toute la saison 2024/25 en raison d’une commotion cérébrale, Gaëtan Haas en a subi une nouvelle à la suite du coup de poing de Daniel Carr.
La durée de son indisponibilité reste inconnue. Il convient toutefois de rappeler que la gravité d’une blessure ne détermine pas automatiquement la durée d’une suspension. C’est avant tout la dangerosité du geste qui fait foi.
Deux circonstances atténuantes doivent néanmoins être retenues.
- Premièrement, Daniel Carr ne présente pas d’antécédents disciplinaires de nature à justifier une aggravation de sa sanction: il ne s’agit pas d’un récidiviste.
- Deuxièmement, le contexte de provocation ne peut être totalement écarté. L’incident s’est produit au cours d’une bagarre générale, une situation qui n’a rien d’exceptionnel dans le hockey sur glace. Gaëtan Haas a lui-même choisi de prendre part à l’altercation en affrontant le Canadien d’Ajoie. Une réaction compréhensible dans le feu de l’action, mais qui comporte aussi des risques.
Pour apprécier la proportionnalité de la sanction, une comparaison avec les décisions rendues par le passé s’impose. Et à cet égard, cinq matches de suspension paraissent effectivement insuffisants pour Daniel Carr.
Un précédent mérite notamment d’être relevé: en 2004, Christian Dubé, actuel entraîneur de Bienne et alors attaquant du CP Berne, avait vu sa suspension passer de cinq à dix matches à la suite d’un recours, pour un coup de canne qui n’avait pourtant provoqué aucune blessure. Un alourdissement totalement disproportionné au regard des décisions rendues par la suite. Autre élément frappant: Fabrice Herzog, pourtant récidiviste, n’avait écopé que de huit matches de suspension après une terrible charge à la tête d’Eric Blum. Un geste qui avait mis un terme à la carrière du défenseur bernois.
Il faut également souligner que les agressions contre les arbitres sont, à juste titre, les infractions les plus lourdement sanctionnées. Contrairement aux joueurs, les officiels ne bénéficient pas d’un équipement de protection comparable. Concentrés sur le déroulement général du jeu plutôt que sur d’éventuels adversaires, ils sont particulièrement vulnérables. Ils ne sont pas censés s’attendre à être attaqués et doivent, à juste titre, être considérés comme intouchables.
Au bout du compte, un alourdissement de la sanction infligée à Daniel Carr semblerait donc approprié. Porter sa suspension de cinq à dix matches serait tout à fait défendable, sans être pour autant indispensable.
Un autre aspect mérite toutefois d’être pris en compte: la possibilité de poursuites devant la justice pénale ordinaire. Un précédent existe, celui de Kevin Miller. Sa victime, Andrew McKim, qui avait dû mettre un terme à sa carrière, avait déposé une plainte pénale. La procédure s’était soldée par une condamnation définitive à trois mois de prison avec sursis pour lésions corporelles graves par négligence. Cette décision avait ensuite débouché sur une procédure civile aux États-Unis, pays d’origine de Miller, au terme de laquelle ce dernier avait été condamné à verser environ un million de dommages et intérêts.
Dans le cas présent, seul le lésé, à savoir Gaëtan Haas, peut déposer une plainte pénale. À l’époque, Eric Blum avait par exemple renoncé à entreprendre une telle démarche contre Fabrice Herzog.
Une condamnation à la suite d’une plainte, qui pourrait notamment avoir des répercussions en matière d’assurances, reste envisageable, mais elle n’a rien d’automatique. Car tout joueur qui participe à un match de hockey accepte de s’exposer à certains risques.
La question déterminante est donc de savoir si la blessure résulte d’un geste auquel il ne pouvait raisonnablement pas s’attendre et qui dépasse très largement les limites admises dans ce sport. Or une bagarre fait partie des situations auxquelles un hockeyeur peut être confronté. À plus forte raison lorsqu’il choisit lui-même d’y prendre part.
