«C'est nul»: dans ce pub romand, l'espoir s'est envolé
Back to back pour le pub lausannois du King Size. Après la finale de Ligue des Champions entre Arsenal et le PSG, place à la finale des Mondiaux de hockey sur glace entre la Suisse et la Finlande. «On ne s'attendait pas à une telle affluence», glisse la responsable du bar. Tout était réservé, les demandes débordaient.
L'établissement se remplit au fur et à mesure que les minutes défilent, avant le lâcher de puck à la Swiss Life Arena de Zurich. Pas de marée rouge, mais de nombreux maillots et t-shirts aux couleurs de la Nati, des drapeaux suisses noués autour de la taille ou au cou.
«Imposez votre jeu physique»
Il est 20h. La voix de Pascale Blattner commence à couvrir le brouhaha, le président de la Confédération Guy Parmelin prend la parole sur le plateau de la RTS. Le bar n'est pas encore plein. A dix minutes du coup d'envoi, tous les regards se tournent vers les trois grands écrans, la tension monte, les maillots sont enfilés. Les premiers applaudissements. Et déjà les premiers «bouh» lorsque la Finlande apparaît à l'écran.
Dès l'entame, la Finlande impose son rythme et se montre agressive. «Imposez votre jeu physique, merde!», crie quelqu'un dans la salle. Un autre lâche, au bar:
Bertschy allume la mèche, Josi lève sa canne pour un tir sur réception. «Allez, bam!», hurle un spectateur. Aucune action décisive de la Nati. Pire, un but finlandais fait tomber le silence — avant d'être annulé. «Putain, je suis stressé», souffle un fan.
Mais il y a Roman Josi. Et il y a Leonardo Genoni. L'un impose sa classe, l'autre repousse l'inévitable. A chaque arrêt du gardien, le King Size retient son souffle puis explose. Ça tient. Pour l'instant, ça tient.
Murielle, grande fan du LHC et présente ce dimanche 31 mai, ne cache pas son affection pour le portier. «C'est mon joueur fétiche en sélection nationale.» Elle est formelle sur l'issue de la soirée:
Pour la Finlande, l'affection est nettement plus mesurée. «Il y a des Genevois qui jouent, en plus», lâche-t-elle avec un sourire en coin. Elle aurait préféré une autre finale. «J'aurais bien voulu Suisse-Canada.»
Elle regrette aussi quelques absences dans l'alignement helvétique, notamment Kevin Pasche, le gardien du LHC. «Bon, Ken Jäger est encore là. Pour moi, il est encore lausannois», taquine-t-elle.
En face d'elle, Stéphane, qui a assisté à deux parties à Zurich lors de ces Mondiaux, se dit déçu par l'engouement en Suisse romande. «En Romandie, c'est mort.» Murielle acquiesce. A Lausanne, à la Vaudoise aréna, aucune retransmission n'était organisée. Tous deux regrettent également la couverture de la RTS. «Elle n'en a pas fait assez sur ces Mondiaux», juge Stéphane.
La tension grimpe dans le deuxième tiers
Les pichets de bière s'enchaînent. Les poings commencent à taper sur les tables. Les «Allez la Suisse» redoublent. Un cafouillage se forme devant la cage finlandaise, Pius Suter se retrouve en bonne posture et rate. «Règle la mire, garçon», fuse dans la salle.
«C'est très équilibré», souffle un homme en attendant sa boisson. Dans le bar, la bière commence à réchauffer les corps et les esprits. Sur la glace, Marti impose sa présence physique, brutale. La charge fait lever le bar.
Michael, 35 ans, connaît le milieu. Il sent que c'est la bonne et se persuade:
Mais en troisième période, les mines se crispent, les mâchoires aussi. Genoni est encore là, toujours là, repoussant l'échéance de sa canne. «Super réflexe, Leo», souffle Michael, les yeux rivés sur l'écran.
Le trois contre trois? «C'est de la merde»
Aucune des deux équipes ne trouve la faille. Il faudra aller en prolongations, là où un seul but tranche entre la gloire et le néant. Au King Size, personne n'est plus assis. Ce qui fait dire à Michael:
Les fans suisses s'époumonent: «Allez les garçons!» ou encore «Schweizer Nati!» résonnent dans le bar lausannois.
Et après plus de dix minutes de prolongations, ce qu'on redoutait arriva: le numéro 94 finlandais, Konsta Helenius, marque le but décisif et climatise tout un peuple. Un silence général emplit le bar. Les maillots sont enlevés, presque arrachés. On se tourne et on aperçoit une femme en pleurs.
Malgré son sourire, Murielle est amère: «C'est cruel, c'est nul, tout était pourtant aligné.» Stéphane, lui, on préfère ne pas l'embêter.
Après la défaite contre ces mêmes Finlandais aux Jeux olympiques de Milan-Cortina, une question s'impose: la Finlande est-elle désormais la bête noire de la Suisse? «Toutes les nations sont nos bêtes noires. Demain ce sera la Tchéquie, et après-demain un autre pays», répond Michael.
Côté bar, au moins, on sourit. «Il y avait moins de monde qu'hier soir, mais ce sont de super chiffres pour un dimanche.» Une bière est offerte. On la prend. Avant d'aller se coucher.
