Le premier match d'une finale ne revêt jamais un caractère décisif. Même en cas de victoire, le chemin vers les quatre succès et le titre reste encore long. Ceci est d'autant plus vrai que les équipes n'abattent jamais toutes leurs cartes dès la première confrontation.
Or les choses sont différentes dans la finale qui oppose depuis mardi le Lausanne HC aux ZSC Lions. D'abord parce que les Zurichois se sont imposés à l'extérieur, à l'endroit même où ils avaient connu trois échecs la saison dernière. Cette victoire difficile à conquérir était obligatoire et ils l'ont obtenue.
Ensuite parce que les hommes de Marco Bayer ont livré une performance impressionnante, voire même inspirante mardi à la Vaudoise aréna. Nous ne pouvons que nous incliner devant un jeu aussi léché et devant autant de hockeyeurs à la fois talentueux et sérieux.
Sérieux, car l'entraîneur Marco Bayer est parvenu – depuis le début de ces play-offs – à faire comprendre à ses joueurs, techniquement supérieurs aux Lausannois, que l'aspect ludique de ce sport ne suffisait plus pour gagner en finale. Ce n'est que depuis l'acte six de la demi-finale contre Davos que Zurich a réellement activé le mode play-offs, en combinant finesse et rigueur.
Mais ce n'est pas le seul coup à mettre à l'actif de Marco Bayer. Disons-le ainsi: son concept tactique est parfait. Il consiste à se porter vers l'avant de manière rapide et immédiate, sans jamais être dans la précipitation. A dominer tout de suite le jeu; à remporter d'emblée les duels et à jouer la rondelle directement. Tous les joueurs présents sur la glace – que Zurich soit en possession du puck ou non – sont ainsi en mouvement. Dès lors, Lausanne ne parvient pas à prendre son élan et l'euphorie ne s'installe pas en tribunes. Cela a d'ailleurs poussé certains spectateurs à quitter la Vaudoise aréna avant la fin de la partie. Un comble pour une finale.
Surtout qu'en play-offs, il est généralement impossible de deviner l'issue exacte d'une rencontre, même quand l'écart à l'entame du troisième tiers est important. Pronostiquer le vainqueur est, en prime, encore plus difficile, lorsque l'équipe menée au score évolue non seulement à domicile, mais est en plus le premier de la saison régulière. Or mardi, nous connaissions dès la première seconde de la rencontre le nom du vainqueur du premier acte, le LHC ayant tout de suite été en retard, alors que Zurich a conclu ses premières opportunités. Les ZSC Lions ont ainsi infligé un 15-7 aux Lausannois sur le plan des tirs, rien que dans le premier tiers. Si le 22-8 en faveur des locaux sur les deux périodes suivantes peut paraître flatteur, il n'en est rien, Simon Hrubec n'ayant jamais été véritablement inquiété.
La prestation des Zurichois est d'autant plus impressionnante que Marco Bayer a donné une leçon de hockey à son homologue Geoff Ward, pourtant considéré comme le meilleur entraîneur de National League. En fait, le Canadien a assisté impuissant au naufrage des siens, et l'action ayant conduit au troisième but des ZSC Lions montre à quel point le coach du LHC n'a pas été inspiré mardi soir. Ward a envoyé sur la glace son top-scorer Antti Suomela face à la ligne de Denis Malgin, soit la meilleure attaque d'Europe. Le technicien a ainsi sacrifié son meilleur élément pour contrecarrer les offensives adverses.
Il était évident que cette stratégie ne fonctionnerait pas. Mais Geoff Ward, qui a le dernier mot derrière la bande lorsque son équipe évolue à domicile (c'est lui qui décide quel bloc mettre sur la glace en fonction de celui que Zurich a choisi), a réagi trop timidement. Antti Suomela a dès lors perdu le puck en zone offensive, ce qui a conduit à une contre-attaque menée à la vitesse de l'éclair, et au but signé Sven Andrighetto. La mi-match était à peine dépassée que déjà, la partie était pliée, et ce ne sont pas les changements qui ont suivi qui ont modifié quelque chose au cours de la rencontre. Suomela a ainsi terminé son match avec un bilan négatif, tout le contraire de Malgin et de son acolyte Andrighetto.
Il existe dans l'Histoire du sport un exemple similaire, particulièrement célèbre. Il a eu lieu en finale du Mondial 1966, quand Helmut Schön, sélectionneur de l'Allemagne de l'Ouest, a envoyé son joyau Franz Beckenbauer sur le terrain, avec pour mission de neutraliser le meneur de jeu anglais Bobby Charlton. L'Angleterre deviendra 120 minutes plus tard championne du monde.
Antti Suomela n'est pas Franz Beckenbauer. Denis Malgin n'est pas non plus Bobby Charlton. Et puis, la défense homme à homme n'existe pas en hockey. Et pourtant, le duel Suomela-Malgin a été décisif mardi à l'occasion de cet acte I de la finale. Pour Geoff Ward, la question est désormais la suivante: que faire pour stopper Denis Malgin? Inutile de se tourner vers la dureté. Avec plus de 35% de réussite, Zurich est injouable en supériorité numérique.
Enfin, si la performance des ZSC Lions est aussi remarquable, c'est aussi parce que les coéquipiers de Sven Andrighetto ont trouvé, après avoir fait la décision, un certain équilibre dans le jeu. Ils ont continué de patiner sur la pointe sans jamais se montrer trop passifs. C'est donc une rencontre tenue de bout en bout – probablement la meilleure en finale depuis le légendaire 2-0 du 27 avril 2018 à Lugano, qui avait permis aux Zurichois de remporter le championnat à l'issue de l'acte VII.
Finalement, y a-t-il encore des questions sur l'avenir de Marco Bayer à Zurich? Non, car les ZSC Lions sont très bien partis pour conserver leur titre. Ils n'ont plus qu'à réciter leur jeu pour y parvenir.