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Ce Romand a trouvé le moyen ultime d'affronter la chaleur

Colin Chételat a brillé lors des fortes chaleurs de l'été.
Colin Chételat a brillé lors des fortes chaleurs de l'été. Image: DR

Ce Romand a trouvé un moyen radical pour supporter la chaleur

Pour mieux affronter la canicule en compétition, le triathlète jurassien Colin Chételat s’entraîne chez lui en suivant une méthode très exigeante.
04.09.2026, 05:3304.09.2026, 05:33

Peu après sa victoire sur le semi-Ironman du Valais Triathlon Festival, à la mi-août, Colin Chételat a été interrogé par le 19h30 de la RTS. Invité à revenir sur sa performance sous le soleil estival, il a expliqué en substance que, face à des températures de plus en plus élevées, il était nécessaire d’adapter sa méthode d’entraînement et de se préparer davantage à l’effort dans la chaleur pour rester performant.

La hausse des températures observée cet été a-t-elle déjà changé la manière dont les athlètes s’entraînent? Les canicules successives, et celles annoncées pour les années à venir, vont-elles modifier la préparation des sportifs de plein air? Colin Chételat en est persuadé. Lui a déjà commencé à mettre en place ce qu’il appelle des «protocoles chaleur», qu'il convient d'appliquer avec prudence et précaution. Nous lui avons passé un coup de fil pour qu’il nous explique sa méthode.

Colin Chételat, de quelle manière avez-vous adapté votre entraînement pour rester performant sous de fortes chaleurs?
J’ai commencé à mettre en place ce que j’appelle des «protocoles chaleur». Concrètement, je fais des séances sur mon home-trainer, à la maison, en ajoutant plusieurs couches de vêtements: un sous-pull de ski, un pull, une veste de pluie, des gants et un bonnet. Le but est de provoquer une forte transpiration et d’habituer progressivement mon corps à évoluer dans des températures élevées.

Ces séances durent entre 45 minutes et une heure, mais je reste à une intensité sous-maximale. Je simule plutôt un effort d’endurance sur le plat, à une allure tranquille, presque de balade. Il ne s’agit surtout pas d’aller à fond. L’idée est d’exposer progressivement le corps à la chaleur pour qu’il apprenne à mieux la supporter et, à terme, de limiter le risque de coup de chaud en compétition.

Comment avez-vous adopté cette méthode?
Je suis des études en sport, avec une spécialisation en entraînement et performance, à l’Université de Lausanne. C’est là que j’ai découvert ces méthodes. On y parle beaucoup des bénéfices de l’entraînement à la chaleur, donc j’ai été amené à m’y intéresser, à les côtoyer dans le cadre de mes études, puis à les tester moi-même.

Quand avez-vous débuté ces séances?
J’ai commencé au printemps de cette année, justement pour être prêt avant l’arrivée des fortes chaleurs. J’avais une course aux Etats-Unis au mois de mars, où il faisait déjà autour de 30 degrés. Comme nous ne sommes arrivés sur place qu’une semaine avant l’épreuve, je ne pouvais pas compter uniquement sur une acclimatation sur place. J’ai donc commencé ce travail en Suisse, en amont, avec ces séances spécifiques à la chaleur.

Colin Chételat en compétition.
Colin Chételat en compétition.Image: DR

S’il vous arrive un coup de chaud alors que vous êtes seul dans votre chambre à vous entraîner avec plusieurs couches de vêtements, qui pourrait intervenir?
Je suis rarement seul à la maison: dans le Jura, je vis en famille, et à Lausanne avec trois colocataires. Mais surtout, ce type d’entraînement doit se faire très progressivement: commencer par une couche supplémentaire, une trentaine de minutes à faible intensité, puis augmenter peu à peu la durée, les couches et éventuellement le rythme. Il faut aussi beaucoup s’hydrater (je bois environ 1,5 litre en 45 minutes) et rester attentif à ses sensations. Si l’on se sent faible ou qu’on a la chair de poule malgré la chaleur, il faut arrêter.

Vous parlez de sensations, mais il existe aussi des outils qui permettent de surveiller son état en temps réel.
Oui, j’utilise une ceinture cardiaque qui me permet de voir dans quelle zone d’effort je me situe. Quand on s’entraîne sous forte chaleur, la fréquence cardiaque est forcément un peu plus élevée que d’habitude, même à intensité modérée, donc il faut en tenir compte. En revanche, si je constate que ma fréquence cardiaque grimpe de plus de cinq battements par minute par rapport à ce qui est habituel, ou qu’elle dérive progressivement au fil de la séance sans raison liée à l’intensité, je préfère arrêter. C’est un indicateur supplémentaire, en complément des sensations.

«Il existe aussi des capteurs qui permettent de suivre la température corporelle en temps réel. Ils se portent généralement au niveau de la ceinture abdominale»

Est-ce que des gens autour de vous s’inquiètent de vous voir vous suer à grosses gouttes seul dans votre chambre?
Mes parents s’inquiètent toujours un peu, forcément. Mais ils savent aussi que je n’ai pas commencé ce type d’entraînement du jour au lendemain: j’y suis allé progressivement, et cela fait longtemps que je m’entraîne de manière encadrée. J’ai aussi des suivis médicaux deux fois par année. Et puis, à mes yeux, il est moins risqué de faire ses gammes à la maison, dans un environnement contrôlé, que de découvrir ses limites en pleine compétition et de risquer un coup de chaud.

Il n’y a pas de «thermo-rooms» dans le Jura, ces chambres qui permettent de simuler la chaleur et/ou l'humidité?
Non, pas à ma connaissance. Plusieurs collègues de l’Université vont chez MotionLab, à Lausanne, pour ce type de séances. Mais dans le Jura, je ne connais pas de structure équivalente.

Vous évoquez vos collègues. La chaleur est-elle devenue un thème de discussion à l’entraînement?
Oui, de plus en plus. Pas mal de collègues commencent à faire comme moi, de manière assez artisanale, mais les méthodes deviennent aussi plus sophistiquées. Au lieu d’empiler plusieurs couches de vêtements, il existe par exemple des «hotsuit», des combinaisons spécialement conçues pour provoquer une forte sudation et permettre aux athlètes de s’entraîner à la chaleur chez eux. Certaines marques commencent à en proposer.

Vous avez débuté ces protocoles chaleur cette année, sur home-trainer à la maison. Etes-vous satisfait des effets?
Oui, vraiment. Dès ma course en Californie au mois de mars, puis en Allemagne en juin, j’ai senti que ce travail portait ses fruits. En Allemagne, il faisait près de 40 degrés et la compétition a même dû être raccourcie parce que les conditions devenaient trop dangereuses. Pourtant, je n’ai presque pas ressenti la chaleur. Aujourd’hui, je me sens prêt pour mon prochain grand rendez-vous, qui est aussi mon principal objectif de la saison: les championnats du monde de semi-Ironman à Nice, le 13 septembre.

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