Ce trail romand a trouvé un concept qui fait un carton
Cet été, les participants au Challenge Videmanette ont cumulé l’équivalent de 319 ascensions de l’Everest en dénivelé. Un chiffre spectaculaire qui témoigne du succès de cette course pas comme les autres. Ils ont été 1882 à relever le défi au départ de Rougemont (VD), avec une liberté rare dans le monde de la course à pied, puisque chaque coureur a pu s'élancer quand il le souhaitait entre juillet et août. Après leur inscription en ligne et le retrait du dossard au magasin de sport voisin, les traileurs ont pris le départ sous une arche, où une puce a déclenché le chronomètre. Celui-ci s’est arrêté à l’arrivée, après 7 kilomètres et 1200 mètres de dénivelé.
A ce petit jeu, ce sont Jonathan Schmidt et Axelle Genoud qui ont été les meilleurs. Le premier a établi un nouveau record masculin en 46’44, la seconde en a fait de même chez les femmes avec un chrono de 56’56. La performance de ces deux athlètes de haut niveau, figures reconnues des courses de montagne, renforce encore la crédibilité et la notoriété du Challenge Videmanette. Mais les organisateurs de l'épreuve, Thomas et Stéphanie Graf, tiennent aussi à saluer tous les amateurs qui ont relevé le défi.
«Cela a dépassé tout ce qu’on pouvait imaginer», se félicitent-ils, contactés par watson. «Nous avions commandé 1200 tee-shirts, en nous disant que nous avions peut-être vu trop grand, puisque l’an dernier la course avait réuni 1100 participants. Finalement, il n’y en a même pas eu assez!»
Le couple a surtout été bluffé par le nombre d’enfants inscrits, et plus encore par la performance de la plus jeune participante, une fillette née en 2020 qui a parcouru le sentier en 1h23. «De la folie!», s’exclame Stéphanie Graf, aussi surprise qu’impressionnée. «Au début, on hésitait à fixer une limite d’âge, mais on s’est vite rendu compte que ce n’était pas nécessaire: les enfants sont tout à fait capables de relever le défi. Ils avancent avec leurs parents et tout se passe très bien.» Les coureurs les plus âgés avaient un peu plus de 80 ans, signe que l'épreuve rassemble toutes les générations.
Comme les participants avaient la possibilité de tenter l’ascension jusqu’à cinq fois durant l’été, la compétition a donné lieu à des rivalités féroces.
Le classement par équipes a également donné lieu à quelques scènes mémorables. Comme les organisateurs prennent en compte les trois meilleurs temps de chaque licencié, certains clubs de course à pied, romands comme alémaniques, n’ont pas hésité à mobiliser leurs meilleurs athlètes afin d’améliorer leur chrono et de (re)prendre l’avantage sur leurs concurrents.
Tricheur pincé et disqualifié
Contrairement à une course traditionnelle, le parcours n’est pas constamment surveillé par des membres de l’organisation. Une situation qui pourrait, en théorie, tenter les plus inventifs (ou les plus compétitifs) de contourner les règles pour briller. Tricher sur son âge pour s’imposer dans une catégorie, utiliser des bâtons ou même parcourir une partie du tracé en voiture. Cette dernière situation s’est d’ailleurs déjà produite. «On a aussitôt disqualifié le tricheur», raconte en souriant Stéphanie Graf, qui vit à Rougemont et garde un oeil sur les performances durant l'été.
Les organisateurs disposent de quelques moyens pour vérifier les performances suspectes. «On voit sur notre téléphone qui prend le départ, il suffit ensuite d’aller prendre une photo. On monte régulièrement sur le parcours, donc on se rend vite compte de ce qui se passe… Et puis, on connaît assez bien les participants pour savoir qui sont les "vrais forts" et ceux qui le sont un peu moins.»
Certains participants reviennent chaque année, contribuant à faire de cette course insolite un rendez-vous incontournable de l’été pour les traileurs. Un succès qui pose forcément la question de la croissance et de la capacité d’accueil de l’événement.
Lorsqu’une épreuve devient populaire, les organisateurs sont parfois contraints de limiter le nombre de participants. Certains choisissent d'augmenter les tarifs d’inscription. Thomas Graf, lui, espère «ne faire ni l’un ni l’autre».
