Ce transfert inattendu laisse Xherdan Shaqiri bien seul à Bâle
Tout est allé très vite. Mardi matin, Albian Ajeti s’entraînait encore avec le FC Bâle. Le soir, à 18h30, l’officialisation de son prêt au FC Lugano tombait. Le lendemain, l’entraîneur rhénan Stephan Lichtsteiner soulignait que les choses s’étaient soudainement accélérées. «Il y avait une certaine surprise», a-t-il déclaré. Le coach partageait ainsi le même ressenti que la plupart des observateurs.
Le départ précipité d’Ajeti à Lugano n’a pourtant rien de si étonnant. Tout le monde savait qu’il souhaitait s'en aller. On imaginait toutefois qu’il rejoindrait plutôt un club étranger, capable de lui proposer un salaire important. L’Arabie saoudite était une destination plausible, son mercato restant ouvert jusqu’à dimanche. Nous avions simplement oublié que Lugano, soutenu par des investisseurs américains, dispose lui aussi d’une importante force de frappe.
Mais d’autres raisons expliquent aussi ce départ rapide chez un concurrent de Super League, un championnat où le marché des transferts reste pourtant ouvert jusqu’au 8 septembre. Les équipes engagées sur la scène européenne, comme Lugano en Conference League, devaient transmettre leur liste de joueurs à l’UEFA d’ici au 2 septembre à 23h59. Les Tessinois étaient donc dans l’urgence.
Pas la première approche
Ce n’est pas non plus la première fois qu’Albian Ajeti flirtait avec Lugano. Un transfert n’avait toutefois jamais abouti jusqu’ici. Mais cette fois, les Tessinois étaient véritablement dans le besoin en raison de l’absence de Kevin Behrens. L’entraîneur du FCL, Mattia Croci-Torti, apprécie par ailleurs particulièrement le profil de l’attaquant bâlois.
Comme évoqué plus haut, Ajeti était lui-même désireux de partir. D’une part parce qu’il occupait une place de moins en moins importante sur le plan sportif. D’autre part parce qu’il y aurait eu des problèmes en interne au sein de l’équipe. Selon nos sources, l'avant-centre aurait eu une altercation à l’entraînement avec un autre cadre du groupe. Cet incident pourrait avoir fait déborder le vase.
Les dirigeants du FC Bâle portaient en outre un regard critique sur lui depuis plusieurs mois. Non seulement parce que son rendement devant le but laissait à désirer (il n’a marqué que cinq fois la saison dernière), mais aussi parce que le joueur de 29 ans n’aurait pas suffisamment assumé son rôle de leader.
Ajeti et son entourage seraient eux-mêmes à l’origine de son arrivée au FC Lugano, qui dispose sur ce coup d’une option d’achat. Le FCB a certes fait savoir qu’il regrettait le départ d’un joueur issu de son centre de formation. Mais il est aussi assez révélateur qu’Albian Ajeti ait disputé son dernier match avec Bâle le 1er août. Il avait alors disputé 14 minutes lors d’une défaite sur le plus petit des scores contre le Lausanne-Sport.
C’est précisément lors de ce match à domicile que les supporters rhénans avaient déploré qu’il soit désormais difficile de s’identifier au FC Bâle. Un mois plus tard, le club laisse partir Ajeti, un joueur né et ayant grandi dans la ville. Un joueur incarnant les couleurs locales et ayant porté le maillot rouge et bleu à 185 reprises.
Shaqiri, dernier visage bâlois
La banderole des supporters lors de la rencontre face au LS était un message adressé à la direction, après que celle-ci avait laissé partir Dominik Schmid à Salzbourg et Andrin Hunziker à Saint-Gall. Deux joueurs issus de la formation bâloise. Avec Ajeti, ils sont désormais trois à avoir quitté le navire. «Il est clair qu’Albian a un lien très fort avec le FCB et qu’il a beaucoup apporté au club. Ces dernières semaines n’ont donc pas été faciles pour lui, mais je comprends aussi sa décision», a déclaré Lichtsteiner à ce sujet.
Qui reste-t-il lorsqu’il est question d’identification? Uniquement Xherdan Shaqiri. Mais lui aussi pourrait devenir un point de crispation pour les supporters. Car l’international suisse a déjà laissé entendre qu’il n’était pas pleinement satisfait, affirmant qu’il observait très attentivement ce qui se passait à Bâle durant ce mercato.
Son problème ne devrait pas être en premier lieu le manque d’identification, mais plutôt la qualité de l’effectif. Sauf qu’avec Ajeti et Schmid, Shaqiri a perdu cet été deux de ses amis les plus proches au sein de l’équipe. Les familles Ajeti et Shaqiri se connaissent depuis que leurs fils sont enfants. Pendant des années, Albian Ajeti a été représenté par Erdin Shaqiri, tout comme Dominik Schmid.
Certes, Schmid et Ajeti, qui sont eux aussi de très bons amis, ne sont désormais plus sous contrat avec Erdin Shaqiri. Néanmoins, les trois joueurs formaient un véritable groupe au sein de l’équipe et passaient beaucoup de temps ensemble en dehors du terrain.
Le mécontentement actuel de Shaqiri ne s’explique pas uniquement par cette situation. Son faible temps de jeu y contribue également. Le capitaine était remplaçant contre Thoune, Zurich et YB et n’est pas satisfait de ce rôle.
Un attaquant est attendu
Avec le départ d’Albian Ajeti, le FCB se retrouve désormais un peu juste au poste d’attaquant, comme l’a également souligné Lichtsteiner mercredi. Zan Celar est clairement l'avant-centre numéro un. Derrière lui, Giacomo Kayo semble s’être installé comme doublure. Mais Kaio Eduardo étant toujours en phase de rééducation et Ajeti ayant quitté le club, le FCB ne compte plus que deux véritables attaquants.
David Degen avait annoncé avant le début de la saison qu’il recruterait un numéro 9. «Je pars du principe qu’il va encore se passer quelque chose», a ajouté Lichtsteiner. Il ne reste plus que quelques jours pour passer des paroles aux actes.
