Sport
Lutte

La lutte suisse se bat pour éviter les vieux travers du foot

ARCHIVBILD ZUM RUECKTRITT VON CHRISTIAN STUCKI PER ENDE SAISON --- Christian Stucki aus Ottiswil jubelt nach seinem Sieg am 15. Kilchberger Schwinget, am Sonntag, 7. September 2008 in Kilchberg. (KEYS ...
La lutte suisse a-t-elle besoin de plus d’événements comme le Kilchberger Schwinget, prévu samedi prochain?image: Keystone

La lutte suisse se bat pour ne pas tomber dans les travers du foot

La lutte suisse manque de grands événements réunissant les meilleurs athlètes. L’idée d’un Masters circule donc, mais l’Association fédérale de lutte suisse veille à ne pas suivre les traces du football.
30.08.2026, 18:5930.08.2026, 18:59
Martin probst et Marcel Kuchta / ch media

Pour les amateurs de lutte suisse, c’est un régal. Samedi prochain, seuls 60 excellents lutteurs se disputeront la victoire au Kilchberger Schwinget, ce qui promet des duels passionnants. Habituellement, le nombre de participants est bien plus élevé. Lors de la Fête lucernoise, par exemple, pas moins de 286 lutteurs avaient pris part à la compétition. C'était à la fin du mois de mai.

Avec autant de participants, certains combats sont inévitablement moins passionnants. Mais à Kilchberg (ZH), il en est donc tout autrement: seuls les meilleurs lutteurs s’affronteront. Une sorte de Ligue des champions ou de Super League européenne de la lutte suisse.

De la place pour de nouvelles compétitions

Cette comparaison avec le football donne matière à réflexion et soulève une question: pourquoi l’Association fédérale de lutte suisse (AFLS) n’organise-t-elle pas plus régulièrement des compétitions réunissant les meilleurs lutteurs? Le Kilchberger Schwinget, tout comme l’Unspunnen-Schwinget, n’a lieu que tous les six ans. Quant à la Fête fédérale de lutte suisse, elle se tient tous les trois ans. Il y aurait donc largement de quoi faire une place à d’autres compétitions de ce type.

Les trois événements cités plus haut ont tous une portée nationale. Mais certaines années, le calendrier n’a aucun grand rendez-vous. Ce sera notamment le cas en 2027. Ce serait l’occasion idéale de lancer un nouveau format, comme un Masters annuel réunissant les meilleurs lutteurs.

Trois idées pour renouveler la lutte suisse
Un Masters de lutte suisse
A la fin de la saison en plein air, les meilleurs lutteurs suisses s’affronteraient lors d’un Masters. Inspiré du tennis, où les huit meilleurs joueurs de l’année participent aux finales, ce format pourrait réunir les 32 meilleurs lutteurs de la saison, selon le classement annuel établi par le magazine spécialisé Schlussgang.

Un tournoi des champions en hiver
La saison des fêtes de lutte s’étend de mai à début septembre. Autrement dit, pendant huit mois de l’année, l’activité est au point mort pour une grande partie des fans, à l’exception des plus passionnés. L’hiver offre justement de nombreuses possibilités. Pourquoi ne pas organiser une rencontre entre champions au Hallenstadion, le temps d’une soirée réunissant seulement 16 lutteurs?

Une compétition à élimination directe
La lutte suisse pourrait-elle adopter un système à élimination directe, comme en judo, par exemple? Les compétitions avec peu de lutteurs s’y prêtent justement. La durée des combats serait réduite à trois minutes. Le vainqueur passerait au tour suivant. En cas de match nul, les arbitres décideraient lequel des deux lutteurs a davantage cherché à gagner. L’attractivité des combats s’en trouverait nettement renforcée.

Un compétition comme le Masters aurait un véritable intérêt commercial. C’est ce que confirment plusieurs initiés ainsi que des entreprises interrogées. Migros, qui est un important sponsor de la lutte suisse, apprécie l'idée. En réponse à notre demande, elle écrit: «Nous serions ouverts à de nouvelles idées. Les nouveaux formats devraient être discutés avec l’AFLS et approuvés par celle-ci».

Rolf Huser, qui a longtemps été le manager des rois de la lutte suisse Christian Stucki et Jörg Abderhalden, estime quant à lui: «Un tel format serait intéressant financièrement et attirerait des sponsors». Selon lui, l’ajout d’autres temps forts permettrait également d’accroître la visibilité de ce sport.

Le roi de la lutte suisse Christian Stucki.
Le roi de la lutte suisse Christian Stucki.image: severin bigler

La SRR, qui détient plusieurs droits de diffusion dans le domaine de la lutte suisse, écrit également en réponse à notre demande: «Nous examinons régulièrement de nouvelles idées et de nouveaux concepts pour faire évoluer notre offre». Elle n’est toutefois pas directement impliquée dans le développement de nouveaux événements ou de nouvelles compétitions sportives.

Ceux qui font cavalier seul s’exposent à des amendes

L’Association fédérale de lutte suisse est la seule à avoir la main sur le développement de ce sport. Et sa position est claire: «L’AFLS rejette cette idée. Une particularité de la lutte suisse est précisément que les meilleurs des meilleurs ne s’affrontent pas chaque année». La fédération précise que des projets allant dans ce sens ont déjà été envisagés. «Cependant, ils n’émanaient pas de l’AFLS, mais de particuliers.» Cela rappelle le projet de Super League européenne, lancé en dehors des instances officielles.

Ces initiatives ont toutefois échoué en raison des statuts et règlements de l’AFLS. Ceux-ci interdisent aux lutteurs et aux arbitres de participer à des manifestations de lutte suisse qui «ne sont pas liées à une organisation appartenant à l’Association fédérale de lutte suisse». Toute personne qui enfreint cette règle peut être sanctionnée par l’AFLS d’une amende pouvant aller jusqu’à 10 000 francs ou, dans les cas les plus graves, être exclue de la fédération.

Le business a déjà gagné la Fête fédérale de lutte ⬇️

La retenue des athlètes ne s’explique cependant pas uniquement par cette menace. Dès leur plus jeune âge, ils sont imprégnés des particularités et des traditions de la lutte suisse. Cette culture fondée sur la démocratie participative, explique un connaisseur, est profondément ancrée dans les esprits: «Les valeurs de la lutte suisse sont gravées dans la pierre». Même l’attrait de l’argent n’y changerait rien.

Les vieilles habitudes commencent à disparaître

Cette fidélité aux valeurs traditionnelles tend toutefois à s’effriter. Le principe selon lequel tous les lutteurs sont égaux a par exemple quelque peu disparu avec les avantages offerts par l’école de recrues (ER) pour sportifs d’élite, à laquelle tous les lutteurs n’ont pas accès. Ceux qui bénéficient du soutien de l’armée peuvent s’entraîner comme des professionnels pendant leurs obligations militaires.

Samuel Giger se concentre exclusivement sur la lutte.
Samuel Giger se concentre exclusivement sur la lutte.image: keystone

La question de savoir si un lutteur peut pratiquer son sport à titre professionnel fait l’objet de vifs débats. Lorsque Samuel Giger a récemment osé briser un tabou en déclarant qu’il n’exerçait aucun métier en parallèle de la lutte suisse, les critiques n’ont pas tardé à se faire entendre. Le roi de la lutte suisse Nöldi Forrer a ainsi déclaré:

«Il luttait mieux il y a quelques années, lorsqu’il travaillait encore à côté»
Nöldi Forrer

La lutte suisse est depuis longtemps en train de se débarrasser de certaines de ses vieilles habitudes. Mais ces changements ne sont pas forcément destinés à être visibles. Avec de nouvelles compétitions, les garder secrets deviendrait impossible. L’attention serait maximale, tout comme la résistance. «Nous n’avons pas besoin de nouveaux formats», affirme un initié.

Plus d'articles sur le sport
La lutte suisse se bat pour ne pas tomber dans les travers du foot
La lutte suisse se bat pour ne pas tomber dans les travers du foot
de Martin probst et Marcel Kuchta
Servette sur le point de réaliser le casse du siècle
1
Servette sur le point de réaliser le casse du siècle
de Romuald Cachod
«La VAR a modifié notre manière d’analyser les matchs»
«La VAR a modifié notre manière d’analyser les matchs»
de Julien Caloz
Yakin en mission désespérée pour retenir la pépite du foot suisse
Yakin en mission désespérée pour retenir la pépite du foot suisse
de Romuald Cachod
Chers clubs suisses, arrêtez de vous plaindre!
Chers clubs suisses, arrêtez de vous plaindre!
de Sebastian Wendel
Ce Portugais a «appris le ski sur YouTube» et vit son rêve en Romandie
Ce Portugais a «appris le ski sur YouTube» et vit son rêve en Romandie
de Yoann Graber
Alex Frei se bat pour régler un gros problème de la Nati
Alex Frei se bat pour régler un gros problème de la Nati
de Sebastian Wendel, François Schmid-Bechtel
Très mauvaise nouvelle pour le football suisse
Très mauvaise nouvelle pour le football suisse
de Jakob Weber
La pépite du foot suisse a choisi entre la Nati et l'Italie
1
La pépite du foot suisse a choisi entre la Nati et l'Italie
de Julien Caloz
Il organise son record de France... en Suisse
Il organise son record de France... en Suisse
de Romuald Cachod
«Voir ma famille souffrir après mon licenciement de la Nati a été difficile»
1
«Voir ma famille souffrir après mon licenciement de la Nati a été difficile»
de Etienne Wuillemin
Le cyclisme suisse franchit un nouveau cap
Le cyclisme suisse franchit un nouveau cap
de Romuald Cachod
Cinq choses à savoir sur le nouveau crack du foot suisse
1
Cinq choses à savoir sur le nouveau crack du foot suisse
de Julien Caloz
Le casque de cet ex de Gottéron cache une histoire touchante
Le casque de cet ex de Gottéron cache une histoire touchante
de Yoann Graber
Ils rêvent de voler à la Suisse la pépite du FC Sion
1
Ils rêvent de voler à la Suisse la pépite du FC Sion
de Romuald Cachod
Le terrain de ce club romand est méconnaissable
Le terrain de ce club romand est méconnaissable
de Julien Caloz
La vidéo de présentation de cette star contient une grossière erreur
La vidéo de présentation de cette star contient une grossière erreur
de Yoann Graber
Cette technologie de la Fifa vous trompe
Cette technologie de la Fifa vous trompe
de Jan Schultz
Zoug prépare un gros coup sur le marché des transferts
Zoug prépare un gros coup sur le marché des transferts
de Klaus Zaugg
La Suisse et l’Italie vont se battre pour ce crack du foot
1
La Suisse et l’Italie vont se battre pour ce crack du foot
de Julien Caloz
Gianni Infantino dévoile un nouveau projet démesuré
Gianni Infantino dévoile un nouveau projet démesuré
de Romuald Cachod
Cet ex-de Gottéron peut fausser tout le championnat
Cet ex-de Gottéron peut fausser tout le championnat
de Klaus Zaugg
«Dégueulasse!»: la non-invitation de Wawrinka à l'US Open fait scandale
«Dégueulasse!»: la non-invitation de Wawrinka à l'US Open fait scandale
de Yoann Graber
Fin de carrière pour ce footballeur romand: «Je suis un peu mitigé»
Fin de carrière pour ce footballeur romand: «Je suis un peu mitigé»
de Sven Papaux
La Nati a un problème de plus en plus grave avec sa relève
La Nati a un problème de plus en plus grave avec sa relève
de Sebastian Wendel, François Schmid-Bechtel
Lausanne est forcé de ressortir un maillot improbable à Lucerne
Lausanne est forcé de ressortir un maillot improbable à Lucerne
de Yoann Graber
«C'est notre Champions League»: le pari fou de ces Romands
«C'est notre Champions League»: le pari fou de ces Romands
de Yoann Graber
Thèmes
Les nouvelles images de GTA VI
1 / 25
Les nouvelles images de GTA VI
partager sur Facebookpartager sur X
La violence des orages qui ont traversé la Suisse
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
Ce Portugais a «appris le ski sur YouTube» et vit son rêve en Romandie
Né au bord de l'Atlantique, Xavier Fernandes (41 ans) est tombé fou amoureux des Alpes romandes. Au point d'en faire son métier et d'écrire des livres. Portrait d'un acharné.
Xavier Fernandes a tout du guide de montagne romand typique. Ce quadragénaire est filiforme, incollable sur tous les sommets ou lieux-dits du coin, et clame son amour pour cette nature «qu'il faut traiter avec le plus grand respect». Et puis, évidemment, il habite en altitude. A Troistorrents, dans le val d'Illiez, en Valais.
L’article