«Pour diriger Gottéron, j'ai dû me calmer dans les tribunes»
Un chapitre se ferme à Fribourg-Gottéron. Son président, Hubert Waeber, a officiellement quitté ses fonctions le mercredi 26 août. Le Singinois (64 ans) était à la tête des Dragons depuis 2019. Il a aussi démissionné du conseil d'administration, qu'il avait rejoint en 2015. Hubert Waeber avait déjà annoncé sa décision avant le début de la saison dernière. C'est Yvan Haymoz, ancien vice-président, qui lui succède.
Hubert Waeber a donc bouclé de la plus belle des manières son mandat présidentiel, avec le premier titre de champion suisse de Fribourg-Gottéron. Comme le veut la tradition chez watson quand un acteur du sport romand prend sa retraite ou quitte ses fonctions, le désormais ex-président des Dragons nous raconte ses «dernières fois».
La dernière fois que vous avez adoré le hockey sur glace?
Quand Lucas Wallmark a marqué le but du titre à Davos. C'était quelque chose d'incroyable. Incroyable! (Il reprend son souffle) Incroyable... Un rêve, qui est devenu réalité.
La dernière fois que vous avez détesté ce sport?
Ça fait longtemps. Quand on a perdu la finale contre Berne en 2013, et que certains joueurs adverses ont brûlé une écharpe de Fribourg. Ça ne se fait pas.
La dernière fois que vous avez regretté de quitter votre fonction de président?
Une fois, juste après avoir pris ma décision, je me suis dit: «Mais nom de bleu, pourquoi j'arrête!» (Rires) Je suis très content d'avoir bouclé cette étape, et que de nouveaux vents arrivent à Gottéron.
En plus, je vais continuer à aider Gottéron avec mes moyens: je reste sponsor avec mon entreprise (il est directeur du concessionnaire automobile AHG-Cars). En tant que bénévole, je vais aider pour la fête des 90 ans du club, l'année prochaine, et pour les prochaines manifestations. Et surtout, je vais m'impliquer dans la Fondation Gottéron, avec laquelle on a plusieurs projets. Le plus important, c'est le soutien du hockey des jeunes dans le canton.
Un musée qui vit, pas seulement des expositions d'objets ou de photos, mais un musée avec des lunettes 3D, des écouteurs. Récemment, on a revu le projet à la hausse, avec un budget d'un million de francs. Je vais commencer à chercher des fonds. L'idée, c'est de l'ouvrir dans trois ans.
La dernière fois que vous avez mangé une fondue?
Lors de l'avant-dernier match de la finale contre Davos. Cet été, je n'en ai pas mangé. Mais ça va reprendre dès le premier match de la saison!
La dernière fois que vous avez été fier de vous?
Le 30 avril à Davos, le soir du titre. Bien sûr, ce sacre, ce n'est pas seulement grâce à moi. Mais de pouvoir être président de ce club et de réaliser ce titre, j'étais fier. Beaucoup de gens m'ont dit que je pouvais être fier de cela. Même si, encore une fois, je n'étais pas tout seul.
Et des gens de toute la Suisse, qui me félicitaient. J'ai senti que tout le pays était pour Gottéron ce soir-là, sauf les Davosiens bien sûr. Même mon beau-fils, qui vient de Davos et est un grand fan du HCD, a été l'un des premiers à me féliciter! (Rires)
Et ça s'est bien passé, le repas de famille suivant?
Oui, oui! D'ailleurs, je tiens à souligner le comportement extraordinaire des fans davosiens en général: ils sont quasiment tous restés dans la patinoire lors de la cérémonie, après le match. Un geste très fair-play. J'ai rarement vu ça.
La dernière fois que vous avez rêvé de ce titre, dans votre sommeil?
Ça m'arrive de temps en temps! Toujours avec cette image du but de Wallmark. (Rires)
Ça prouve à quel point les émotions étaient fortes.
Oui, et vous savez, de voir cette euphorie dans le canton, c'était incroyable au sens premier du terme. On joue à Davos, il y a 30 000 fans à la patinoire à Fribourg, dedans ou à l'extérieur, qui regardent le match! Et pour la parade, je me suis dit: «Il y aura peut-être 40 000 personnes, au maximum». Mais non, 80 000! C'était vraiment fantastique.
Gottéron rassemble vraiment tout le canton.
C'est ce qui me plaît le plus dans ce club: il réunit francophones et germanophones. Catholiques et réformés. Hommes et femmes, les adultes et les jeunes. Et aussi les patrons et les employés. On est une famille.
Et c'est beau à voir. Gottéron a un rôle fédérateur. Et je suis heureux de savoir que mon successeur Yvan Haymoz, qui fait notamment l'effort de s'exprimer parfaitement en allemand, va poursuivre cette mission.
La dernière fois que vous en avez eu marre qu'on vous parle de ce titre?
Jamais! Vous savez, en 2020, quand j'ai parlé de notre volonté de gagner le titre d'ici cinq ans, certains m'ont dit: «Tu es fou!» Mais non: pour atteindre un objectif, il faut une vision claire et des ambitions. Ces ambitions, c'est ce qui nous a par exemple permis de faire signer des joueurs comme Christoph Bertschy et Andrea Glauser. Désormais, c'est important de se dire: «Ce n'est pas une histoire terminée, c'est une histoire qui commence». Il n'y a qu'à voir: Davos a 31 titres. On a donc encore du boulot! (Rires)
La dernière fois que vous avez joué au hockey sur glace?
Je n'ai jamais joué au hockey sur glace. Je jouais seulement sur les étangs à Guin, en patins, quand j'étais jeune. (Rires). Je sais à peine patiner. J'ai fait un ou deux matchs avec des sponsors, à l'époque. Mais non, le jeu n'était pas pour moi, je ne voulais pas me blesser. Comme sport, j'ai plutôt fait de la randonnée et du ski.
La dernière fois que vous avez obtenu un privilège grâce à votre nom?
J'en ai eu beaucoup, des invitations à gauche et à droite. Le président du Conseil d'Etat fribourgeois m'a souvent dit: «Toi, tu es plus important à Fribourg que le président du gouvernement!» (Rires) J'aime être entouré de gens, et rencontrer des personnes de différents secteurs. Et ça fait aussi toujours de la publicité pour Gottéron.
Mon rôle à Gottéron me permet aussi de donner des conférences sur la réussite managériale en sport et dans une entreprise, comme je suis aussi directeur d'un grand groupe. Il s'agit de montrer les parallèles entre la gestion d'une entreprise et celle d'un club sportif. Et au final, il n'y a pas tant de différence, si ce n'est que le sport implique davantage d'émotions.
Justement, en parlant d'émotions: la dernière fois que vous avez pleuré?
Quand j'ai été nommé président d'honneur de Fribourg-Gottéron, le 26 août lors de l'assemblée générale. Je ne m'y attendais pas du tout. Ils l'ont caché jusqu'au dernier moment.
Mais j'avais oublié que ce règlement permet une exception, que les membres ont appliquée dans mon cas. Quand ils m'ont annoncé la nouvelle, j'ai eu les larmes.
La dernière fois qu'on vous a demandé un selfie ou un autographe?
Hier (lundi) soir, quand on est allé poser une plaquette commémorant le titre en Vieille-Ville de Fribourg. Ça m'est arrivé très souvent! D'ailleurs, mes collègues présidents me disent: «Je ne comprends pas, moi jamais personne ne me demande de signer un maillot ou de faire un selfie!» Je suis allé voir quelques matchs du Mondial à Zurich, et là aussi des gens m'arrêtaient. «C'est vous, le président de Gottéron! Est-ce qu'on peut faire un selfie avec vous?»
Ça m'a fait plaisir. Je crois que les gens aiment voir un président qui est présent, qui vit le hockey et montre même ses émotions pendant un match.
Selon vous, pour être un bon président, on doit forcément être fan du club qu'on dirige?
A Fribourg, je crois que oui. Ailleurs, peut-être que quelqu'un d'extérieur peut diriger. Mais pas à Fribourg. Pour Gottéron, il faut quelqu'un qui aime ce club, qui a aussi des racines à Fribourg. C'est aussi ça qui plaît aux fans. Quand j'étais jeune supporter, je traversais la vallée du Gottéron à pied, avec la lampe frontale, depuis la Singine pour aller voir les matchs. (Rires)
Vous étiez déterminé!
Bon, peut-être que pour être président, il n'y a pas non plus besoin d'être autant fan que je l'étais. J'ai d'ailleurs dû me calmer...
C'est-à-dire?
Avant d'entrer au conseil d'administration du club, j'ai aussi crié des noms d'oiseaux depuis les tribunes. Notamment envers les arbitres. En tant que représentant du club, cette attitude n'était évidemment plus possible, car il faut quand même être exemplaire. Mais c'est aussi important de rester authentique.
Du coup, on pense déjà connaître votre réponse, à savoir «jamais». Mais on vous pose quand même la question: la dernière fois que vous avez pensé à changer de club?
Plusieurs clubs de haut niveau, dans d'autres sports, m'ont proposé des postes de président. C'était même avant le titre. Mais non, non! Exclu!
