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Le colosse Jim Nagusa avec ses deux enfants dans les bras.
Le colosse Jim Nagusa avec ses deux enfants dans les bras.Image: DR

Un sportif de haut niveau insulté pour son congé paternité

Le rugbyman de deuxième division française Jim Nagusa a dû se justifier d'avoir posé 25 jours pour accompagner la naissance de sa petite fille. «Il a pris son club en otage», dénonce un entraîneur.
02.11.2021, 11:3004.11.2021, 12:14
Julien Caloz
Julien Caloz
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Quand un sportif de haut niveau revient sur le terrain après une absence de 25 jours, c'est souvent parce qu'il a dû soigner une vilaine blessure. Mais pour Timoci «Jim» Nagusa, de retour à l'entraînement ce lundi, c'est tout le contraire. Car l'ailier de Grenoble doit sa coupure à un bonheur rare et précieux: La naissance de sa fille. Pour être auprès de sa femme et de leur bébé, il est devenu le premier sportif pro à faire valoir le congé paternité ouvert aux pères depuis le 1er juillet en France.

«J'ai une autre petite fille qui a quinze mois. J'ai vu à quel point ça a été difficile pour ma femme après ce premier accouchement», a témoigné le papa. «Je me suis dit qu'en tant que père et mari, il était de ma responsabilité de l'aider. Elle en a besoin. C'est juste du bon sens. Je suis fier de ma décision».

Le rugbyman avec sa femme et leur première fille.
Le rugbyman avec sa femme et leur première fille.Image: DR

C'est beau comme une victoire, et même plus. Ça donne très envie de se lever et d'applaudir. Pourtant de nombreuses réticences ont accompagné la décision du joueur fidjien. À commencer par celles de son propre employeur.

«Je sais qu'ils (les dirigeants de Grenoble) ont été un peu contrariés au début, mais la vie continue»

Certains coéquipiers de Nagusa n'ont pas masqué leur étonnement non plus. «Ils ont été surpris, ça n'avait jamais été fait». Mais celui qui a été le plus insultant envers le Grenoblois, c'est le manager de Bordeaux, Christophe Urios.

«Il prend son club en otage»

«Cela me dépasse un petit peu. Je trouve qu’il (Nagusa) prend son staff en otage, il prend son club en otage. Un sportif de haut niveau, même s’il a des contraintes fortes de performance et de vie à côté de la performance, a beaucoup de temps libre à côté. Il peut très bien subvenir à sa famille tout en jouant le jeu avec son club (...) Nagusa n'en est pas à son coup d'essai. Il a joué à Montpellier et il arrivait systématiquement avec 15 jours, 3 semaines, 1 mois de retard. Evidemment, il faut s'interroger sur la place faite aux sportifs de haut niveau pour élever leurs enfants, c'est une vraie question à se poser, une belle cause à défendre»

La décision inédite du joueur s'inscrit dans un double contexte qui le désavantage forcément: Le rugby reste un univers très patriarcal et les mentalités, dans le sport de haut niveau, ont encore du mal à accepter qu'on puisse être un grand champion en ayant parfois d'autres priorités que la performance.

Le joueur avec ses deux princesses.
Le joueur avec ses deux princesses.Image: DR

Surtout que le choix de Timoci Nagusa impacte son rendement sur ce qui, en sport, s'apparente à du très long terme. «Il faudra pratiquement 7 à 8 semaines de plus à Nagusa pour se réathlétiser et revenir. Donc en gros, le joueur n’est pas absent qu’un mois mais trois», a souligné l'ex-sélectionneur du XV de France, Philippe Saint-André. Une durée que Nagusa a réfutée, assurant qu'il serait opérationnel à son retour.

Le Fidjien de 34 ans a reconnu que sa décision était un coup dur pour son équipe, «qui essaie de gagner des matchs, de grandir alors qu'elle a des joueurs blessés». Mais il en a appelé à la bienveillance de ses dirigeants. «Ils doivent aussi comprendre que j'ai une responsabilité en tant que père, en tant que mari», a-t-il témoigné dans L'Equipe.

Le congé paternité de Nagusa a suscité tellement de réactions que l'affaire est remontée jusqu'aux plus hautes sphères de l'Etat, la ministre déléguée chargée de la citoyenneté prenant position en faveur du rugbyman.

Timoci Nagusa a retrouvé les terrains lundi matin et ce n'était pas comme les autres fois. Quelque chose avait changé. «Je trouve ça plus dur de quitter la maison. Je sens que ma petite fille me manque déjà beaucoup».

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