L'Open d'Australie veut révolutionner le tennis féminin
C’est une évolution dont on parle régulièrement, et qui pourrait enfin se concrétiser: les matchs au meilleur des cinq sets dans les tableaux dames des tournois du Grand Chelem, un format en vigueur chez les hommes.
L’Open d’Australie est en effet favorable aux parties féminines en trois sets gagnants, comme l’a déclaré le patron du tournoi, Craig Tiley, à l’agence de presse australienne AAP. Il souhaite que cette formule soit adoptée à minima lors des derniers matchs de la quinzaine australienne.
Des joueuses consultées
Tiley entend faire bouger les choses et estime qu’un changement pourrait intervenir dès 2027, à condition toutefois d’obtenir l’accord des joueuses, directement concernées.
«Si nous décidons de le faire et que nous pensons que c'est la bonne chose à faire, nous le ferons certainement en 2027. Il n'y a rien dans les règles qui l'empêche. Mais nous devons le faire après avoir consulté en profondeur les joueuses», a-t-il fait savoir.
C’est justement sur ce point que le directeur de l’Open d’Australie pourrait rencontrer de sérieuses difficultés, la proposition ne faisant visiblement pas l’unanimité sur le circuit. «J’ai l’impression que mon cœur va s’arrêter rien qu’en pensant à jouer au meilleur des cinq manches», a déclaré la joueuse américaine Danielle Collins en réaction aux propos de Craig Tiley.
L’été dernier, la numéro 1 mondiale Aryna Sabalenka s’était elle aussi montrée contre une telle réforme. «Je suis probablement l’une des joueuses les plus fortes physiquement. Peut-être que cela m’avantagerait. Mais je crois que je ne suis pas prête à jouer au meilleur des cinq manches. Je pense que c’est trop pour le corps des femmes et que cela augmenterait le risque de blessures. Ce n’est donc pas quelque chose que j’envisagerais.»
Paula Badosa est du même avis. «Personnellement, je ne pense pas que les femmes soient prêtes, surtout à cause de nos contraintes. Nous avons, par exemple, nos règles. Nos corps ne sont pas faits comme ceux des hommes. Je crois vraiment qu’une femme ne récupérerait pas aussi bien qu’un homme.»
Programmation et prize money
Longtemps, l’argument physique a été avancé pour expliquer cette différence entre les tableaux féminin et masculin. Mais celui-ci ne tient plus pour de nombreux spécialistes, notamment le célèbre coach Patrick Mouratoglou qui, dans son podcast, estime que les tenniswomen sont tout à fait aptes à jouer au meilleur des cinq manches, quelques semaines par an en Grand Chelem.
Les réticences, comme celles de Sabalenka, seraient donc davantage liées à une volonté d’optimisation, et non à un réel problème de capacité: ne rien ajouter à un calendrier déjà démentiel, ne rien faire qui risquerait d’augmenter les blessures et donc de réduire les gains en tournoi ou de gâcher une carrière.
Du côté des organisateurs, seules les contraintes liées à la programmation des matchs sont aujourd’hui mises en avant pour justifier le maintien des parties en deux sets gagnants. Or selon Mouratoglou, des matchs féminins en cinq manches permettraient de clore deux débats récurrents, et parfois néfastes pour l'image du tennis.
Le premier: celui des night sessions refusées aux femmes à Roland-Garros, en raison de la courte durée de leurs matchs, parfois très expéditifs. Le deuxième: celui sur l'égalité des prix, de nombreux adeptes de la petite balle jaune estimant que les joueuses ne devraient pas gagner autant que les hommes, car «elles travaillent moins qu'eux sur le court».
Pas une première
Des matchs féminins au meilleur des cinq manches ne seraient pas une première. Ils étaient par exemple la norme à l’US Open entre 1891 et 1901. Il en allait de même pour la finale du Masters, de 1984 à 1998. La finale de l’Open d’Australie 1995 aurait également dû se jouer en trois sets gagnants, rappelle L'Equipe, mais une fronde des joueuses, menée par Steffi Graf, avait alors eu raison des intentions des organisateurs.
