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Botic van de Zandschulp, ATP 117, a réalisé l'exploit de se qualifier pour les quarts de finale de l'US Open. image: keystone

La folie de l'US Open pousse des nobody au sommet. Et ça s'explique

Plusieurs tennismen inconnus du grand public sont en quarts de finale du Grand Chelem américain. Mais Flushing Meadows n'est pas un tournoi comme un autre. Les anciens pros Marc Rosset et Marco Chiudinelli nous expliquent pourquoi.



L'US Open 2021 est le décor de l'une des plus belles épopées du tennis moderne. Dans le rôle principal: Botic van de Zandschulp. A moins d'être un suiveur assidu de la balle jaune, vous ne le connaissiez pas. Et c'est justement ce qui rend son histoire belle.

Le Néerlandais de 25 ans, matricule 117 à l'ATP, vit un véritable rêve éveillé sur les courts de Flushing Meadows. Issu des qualifs, il y dispute ce mardi soir son quart de finale contre l'actuel numéro deux mondial Daniil Medvedev. Avant de jouer à New York, il n'avait gagné que cinq matchs sur le circuit principal, qu'il a découvert seulement cette année!

Cartonner pareillement dans un Majeur avec un classement si bas, l'exploit est extrêmement rare. Aslan Karatsev y était arrivé en début d'année à l'Open d'Australie. Le Russe, alors 114e mondial, avait perdu en demi-finale contre Novak Djokovic. En 2011, Bernard Tomic avait atteint les quarts de Wimbledon, alors qu'il occupait le 158e rang et sortait des qualifications. C'est à peu près tout pour ces quinze dernières années.

Une hiérarchie bouleversée

Si le tennis a laissé si peu de place aux surprises pendant tout ce temps, c'est parce que la hiérarchie était extrêmement bien établie et que les cadors sont avantagés par le passage de 16 à 32 têtes de série depuis Wimbledon 2001 – évitant ainsi les chocs entre elles rapidement dans le tableau et obligeant les outsiders à s'y frotter tôt. Mais un vent de fraîcheur souffle au-dessus de la Grosse Pomme cette année.

«Cette hiérarchie a volé en éclats, notamment à cause du Covid-19, constate Marc Rosset, champion olympique en 1992. Avant, on avait un Top 5 et de solides viennent-ensuite. Aujourd'hui, on est dans une période de transition, avec des espaces qui se créent pour les outsiders.»

Marc Rossett of Switzerland returns the ball to Alex Corretja of Spain during their first round match at the U.S. Open tennnis tournament Tuesday, Aug. 26, 1997 in New York. Alex Corretja defeated Rosset 4-6, 6-3, 6-2, 6-2. (AP Photo/Kathy Willens)

Marc Rosset à l'US Open, en 1997. Son meilleur résultat à New York est un 1/8e de finale, en 1995. Image: keystone

En plus de ne plus voir leur nom tout en haut de l'affiche, certains ténors de la raquette ne se sont pas présentés sous les projecteurs de Flushing Meadows (Federer, Nadal, Thiem, Raonic, Wawrinka ou encore Tsonga, tous forfaits), et d'autres ont perdu de leur superbe, comme les deux finalistes de 2014 Cilic et Nishikori. Alors certains seconds rôles profitent pleinement de la scène pour enfin exprimer leur talent devant le grand public et soigner leur carte de visite. Parmi eux, on peut citer le Sud-Africain Lloyd Harris (24 ans) et la pépite espagnole Carlos Alcaraz, 18 printemps. Comme Botic van de Zandschulp, ils joueront un quart de finale.

Pas de prise de chou dans la Grosse Pomme

Alors bien sûr, pour aller loin dans un tournoi, il faut aussi un peu de chance en héritant d'un tableau favorable. Ça a été le cas pour le Néerlandais, qui n'a pas eu à affronter un top 10 lors des quatre premiers tours. Mais résumer une telle odyssée au hasard serait une injure faite à Botic van de Zandschulp. Parce que le solide gaillard de 188 centimètres pratique un excellent tennis à New York, sans doute galvanisé par un mental désormais à toute épreuve.

«Un type qui gagne trois-quatre matchs consécutifs devient dangereux pour tous ses adversaires. Il prend confiance et rentre dans la zone»

Marc Rosset, ancien tennisman pro

Cette fameuse zone, l'état de plénitude psychologique où le joueur a l'impression que rien de négatif ne peut lui arriver, Marco Chiudinelli a été dedans sur les courts de Flushing Meadows. Le Bâlois, ancien 52e mondial et désormais organisateur de camps de tennis pour tout niveau, a atteint deux fois les 1/16e de finale de l'US Open (2006 et 2009).

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Marco Chiudinelli à l'US Open, en 2016. Le Bâlois a pris sa retraite sportive en 2017. image: keystone

Ce sont ses meilleurs résultats dans un tournoi du Grand Chelem. Et l'environnement agréable n'y est pas étranger: «A New York, grâce aux 40 minutes de bus qui séparent Flushing Meadows de la ville, je pouvais switcher facilement entre le tennis et la vie en dehors, se souvient l'ex-joueur de Coupe Davis. Dans cette ville, il y a des bons restaurants, et c'est un endroit totalement différent de la Suisse. Si on se sent bien en dehors du tennis, dans un hôtel sympa aussi, ça aide à bien jouer.»

A cet environnement propice pour réaliser des grosses performances se superpose le contexte post-pandémie de cette édition 2021, où «le retour des spectateurs peut amener ce surplus de motivation», selon Marc Rosset, amateur des ambiances «corrida» quand il était joueur.

Un sol dur au cœur tendre

Si l'atmosphère est particulière à Flushing Meadows, la surface l'est aussi. Depuis l'année dernière, les tennismen et tenniswomen foulent du Laykold, un revêtement légèrement plus lent que son prédécesseur, mais qui reste plus rapide que ceux des trois autres tournois du Grand Chelem (GreenSet pour Melbourne, terre battue pour Roland-Garros et gazon à Wimbeldon). Une donnée qui, pour Marco Chiudinelli, met un peu de piment dans le tournoi américain en rééquilibrant un peu les forces:

«Ça se joue sur des détails, mais les surprises sont davantage possibles sur cette surface rapide, parce qu’il y a moins de coups et de points à jouer. Avoir un bon service donne un plus grand avantage (qu'ailleurs), ça écourte les échanges et enlève de la pression, parce qu’on sait qu’on peut gagner plus de points sans devoir trop batailler.»

De quoi donner un peu plus d'opportunités à des joueurs moins solides mentalement et moins endurants, ou qui montrent quelques lacunes en régularité dans le jeu.

Le calendrier laisse aussi une chance à ces viennent-ensuite. L'US Open est le dernier Majeur de la saison, très souvent éprouvante pour les organismes. Même si les joueurs les plus ambitieux y arrivent généralement avec 100% de leurs moyens, «le tournoi olympique peut créer un peu de fatigue pour l’US Open», prévient Marco Chiudinelli.

Daniil Medvedev avait disputé les quarts à Tokyo. Le Russe paiera-t-il le prix de cette débauche d'énergie supplémentaire face à Botic van de Zandschulp? Réponse ce mardi soir.

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