Le tennis a connu un nouveau tremblement de terre jeudi. L'International Tennis Integrity Agency (ITIA) a révélé un contrôle antidopage positif à la trimétazidine d'Iga Swiatek, actuelle deuxième au classement mondial, datant du 12 août dernier et resté jusqu'alors secret.
L'agence en charge de la lutte contre le dopage dans le tennis a partagé cette information via un communiqué, dans lequel elle confirme aussi la suspension (un mois) de la Polonaise.
Ce cas intervient seulement trois mois après la révélation d'un contrôle antidopage positif du numéro 1 mondial, Jannik Sinner, à un stéroïde anabolisant (le clostebol). L'Italien a, dans un premier temps, été blanchi par l'ITIA, mais l'Agence mondiale antidopage (AMA) a fait appel et planche toujours sur le dossier.
Cette «affaire Iga Swiatek» pose trois questions principales:
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Le 12 août dernier, la Polonaise, alors numéro 1 mondiale, est contrôlée hors compétition. L'échantillon d'urine qu'elle fournit contient de la trimétazidine «à de faibles niveaux», selon le communiqué de l'ITIA. Problème: cette substance est sur la liste des produits interdits de l'Agence mondiale antidopage (AMA).
Conséquence: le 12 septembre, l'ITIA envoie à Swiatek un avis de pré-accusation pour violation des règles antidopage. Surtout, la Polonaise est suspendue de manière provisoire. Elle ratera trois tournois (Séoul, Pékin et Wuhan) entre mi-septembre et début octobre.
Mais entre-temps, Iga Swiatek a fait appel auprès d'un tribunal indépendant. Elle a aussi, de son côté, commandé des analyses auprès de laboratoires spécialisés pour prouver sa thèse (et sa bonne foi):
Ces laboratoires ont alors analysé des boîtes de mélatonine et y ont, en effet, trouvé des traces de trimétazidine. Les résultats ont été approuvés par l'AMA.
Du coup, le tribunal indépendant a levé la suspension provisoire de Swiatek le 4 octobre et l'ITIA ne s'est pas opposée à cette décision. Résultat: la Polonaise a pu rejouer jusqu'à ce jeudi 28 novembre, disputant notamment le Masters féminin en Arabie saoudite.
Mais l'affaire n'a pas été lâchée pour autant par l'agence antidopage du tennis. Après des entretiens avec la joueuse et son entourage, d'autres analyses et un approfondissement de l'enquête, l'ITIA est arrivée à la conclusion que «le niveau de faute de la joueuse se situe à l'extrémité inférieure de la fourchette».
Autrement dit, la Polonaise est coupable d'avoir ingéré un produit interdit, mais elle a des circonstances atténuantes. C'est sa négligence – et non une volonté de se doper – qui est retenue. La cheffe de l'ITIA, Karen Moorhouse, résume:
Ainsi, Iga Swiatek écope malgré tout d'une sanction: un mois de suspension. Comme elle a déjà purgé trois semaines lors de sa suspension provisoire cet automne, il ne lui reste plus que huit jours de ban à effectuer dès ce jeudi. Soit une suspension jusqu'au 4 décembre. Et ça tombe bien pour la tenniswoman: il n'y aura aucun tournoi jusqu'à cette date.
A l'origine, la trimétazidine est un médicament pour prévenir les angines de poitrine (manque d'oxygène dans le cœur). Elle a aussi été utilisée pour soigner les troubles visuels et les vertiges liés à des problèmes cardiaques.
La substance a été inscrite en 2014 sur la liste des produits interdits de l'AMA. Mais les experts semblent fortement douter de ses vertus à augmenter les performances sportives. C'est ce qu'explique le toxicologue Pascal Kintz, dans L'Equipe:
L'expert français se demande toutefois: «Est-ce qu'en y associant d'autres produits non présents sur la liste, cela peut permettre d'améliorer les performances?»
Son confrère Gérard Dine tente, toujours dans L'Equipe, de trouver une explication à la présence de la trimétazidine sur la liste des produits dopants:
Dans cet extrait d'interview, Gérard Dine fait référence à Kamila Valieva quand il évoque le patinage. La patineuse artistique russe a écopé d'une suspension de quatre ans pour un contrôle positif à la trimétazidine.
Comme dans le cas de Jannik Sinner, l'agence de lutte antidopage du tennis a attendu la fin de la procédure pour communiquer le contrôle positif d'Iga Swiatek. L'instance n'a donc pas expliqué la raison de l'absence de la Polonaise sur la tournée asiatique cet automne. La joueuse, elle, avait alors invoqué de la «fatigue», des «problèmes personnels» et «un changement de coach». «Tout n'était pas faux, mais tout était caché», observe L'Equipe.
Cette habitude du tennis à garder secret – au contraire de l'athlétisme, par exemple – des suspensions provisoires suite à des contrôles antidopages positifs exaspèrent certains suiveurs, qui souhaiteraient davantage de transparence. «Est-ce qu'il y a vraiment un intérêt réel du public supérieur à savoir ça par rapport à protéger la réputation d'un sportif dans le cadre d'une suspension provisoire?», interroge le directeur général de l'AMA, Olivier Niggli.
On peut aussi facilement imaginer que le tennis ne veut pas salir son image plus que de raison tant que l'affaire n'est pas définitivement tranchée (et sa gravité finalement atténuée, comme dans le cas de Swiatek).
Les réactions suite au communiqué publié jeudi par l'ITIA ne se sont pas faites attendre. Il y a, d'abord, celle de la principale intéressée. Iga Swiatek a publié un long message sur ses réseaux sociaux, accompagné d'une vidéo où elle se confie, face caméra:
Mais tous les joueurs et joueuses ne compatissent pas avec la Polonaise. Simona Halep, par exemple, s'est offusquée de la sanction légère, selon elle, infligée à Swiatek par rapport à son propre cas. Pour rappel, la Roumaine – lauréate de deux titres du Grand Chelem – a été suspendue, fin 2022, pour quatre ans après un contrôle antidopage positif alors qu'elle plaidait une contamination à cause d'un supplément alimentaire.
En mars dernier, le Tribunal arbitral du sport (TAS) a réduit sa sanction de quatre ans à neuf mois, ce qui lui a permis de faire immédiatement son retour sur le circuit. Halep a écrit sur Instagram:
Le Canadien Denis Shapovalov (ATP 56) a aussi réagi sur X, laissant deviner son effarement devant la peine légère infligée à Swiatek:
Le tennisman a précisé: «Ce n'est pas juste que Halep et d'autres joueurs ont eu des suspensions très longues pour des choses similaires. (...) Le règlement sur le dopage est injuste».
L'affaire Iga Swiatek n'a certainement pas fini de faire beaucoup parler...