Sport
Tennis

Swiatek: son contrôle antidopage positif pose trois questions

Iga Swiatek a écopé d'une suspension d'un mois pour dopage.
Iga Swiatek a écopé d'une suspension d'un mois pour dopage. image: keystone/shutterstock

Le contrôle antidopage positif de Swiatek pose trois grandes questions

L'agence antidopage du tennis a révélé, ce jeudi, un test positif de la Polonaise – cinq titres du Grand Chelem et actuelle numéro 2 mondiale – à la trimétazidine, un produit interdit. Un séisme dans ce sport, qui amène à plusieurs interrogations.
29.11.2024, 16:5730.11.2024, 11:52
Plus de «Sport»

Le tennis a connu un nouveau tremblement de terre jeudi. L'International Tennis Integrity Agency (ITIA) a révélé un contrôle antidopage positif à la trimétazidine d'Iga Swiatek, actuelle deuxième au classement mondial, datant du 12 août dernier et resté jusqu'alors secret.

L'agence en charge de la lutte contre le dopage dans le tennis a partagé cette information via un communiqué, dans lequel elle confirme aussi la suspension (un mois) de la Polonaise.

Poland's Iga Swiatek speaks during a post match news conference after losing to Yulia Putintseva, of, Kazakhstan, at the Wimbledon tennis championships, Saturday, July 6, 2024, in London. (Joe To ...
Iga Swiatek a été contrôlée positive à la trimétazidine en août.Image: keystone

Ce cas intervient seulement trois mois après la révélation d'un contrôle antidopage positif du numéro 1 mondial, Jannik Sinner, à un stéroïde anabolisant (le clostebol). L'Italien a, dans un premier temps, été blanchi par l'ITIA, mais l'Agence mondiale antidopage (AMA) a fait appel et planche toujours sur le dossier.

Cette «affaire Iga Swiatek» pose trois questions principales:

  • C'est quoi, la trimétazidine? Est-elle vraiment un produit dopant?
  • Pourquoi ce cas de dopage datant de plusieurs mois est-il resté secret si longtemps?
  • Comment réagit le milieu du tennis?

Voici tout ce que vous devez savoir. 👇

Le déroulement des faits

Le 12 août dernier, la Polonaise, alors numéro 1 mondiale, est contrôlée hors compétition. L'échantillon d'urine qu'elle fournit contient de la trimétazidine «à de faibles niveaux», selon le communiqué de l'ITIA. Problème: cette substance est sur la liste des produits interdits de l'Agence mondiale antidopage (AMA).

Conséquence: le 12 septembre, l'ITIA envoie à Swiatek un avis de pré-accusation pour violation des règles antidopage. Surtout, la Polonaise est suspendue de manière provisoire. Elle ratera trois tournois (Séoul, Pékin et Wuhan) entre mi-septembre et début octobre.

FILE - Iga Swiatek of Poland looks on during her match against Irina-Camelia Begu of Romania during a women's singles tennis competition, at the 2024 Summer Olympics, Saturday, July 27, 2024, in  ...
Iga Swiatek a remporté quatre Roland-Garros et un US Open. Image: keystone

Mais entre-temps, Iga Swiatek a fait appel auprès d'un tribunal indépendant. Elle a aussi, de son côté, commandé des analyses auprès de laboratoires spécialisés pour prouver sa thèse (et sa bonne foi):

Selon elle, si de la trimétazidine se trouvait dans son corps, c'est à cause d'un médicament (la mélatonine) – en libre accès en Pologne – qu'elle prend contre le jet-lag et qui contient cette substance.

Ces laboratoires ont alors analysé des boîtes de mélatonine et y ont, en effet, trouvé des traces de trimétazidine. Les résultats ont été approuvés par l'AMA.

Du coup, le tribunal indépendant a levé la suspension provisoire de Swiatek le 4 octobre et l'ITIA ne s'est pas opposée à cette décision. Résultat: la Polonaise a pu rejouer jusqu'à ce jeudi 28 novembre, disputant notamment le Masters féminin en Arabie saoudite.

A propos de ce Masters en Arabie saoudite👇

Mais l'affaire n'a pas été lâchée pour autant par l'agence antidopage du tennis. Après des entretiens avec la joueuse et son entourage, d'autres analyses et un approfondissement de l'enquête, l'ITIA est arrivée à la conclusion que «le niveau de faute de la joueuse se situe à l'extrémité inférieure de la fourchette».

Autrement dit, la Polonaise est coupable d'avoir ingéré un produit interdit, mais elle a des circonstances atténuantes. C'est sa négligence – et non une volonté de se doper – qui est retenue. La cheffe de l'ITIA, Karen Moorhouse, résume:

«Le fait qu’un produit soit un médicament réglementé dans un pays (la Pologne, ici) ne peut suffire à lui seul à éviter tout niveau de faute. Compte tenu de la nature du médicament et de toutes les circonstances, cette faute se situe au plus bas de l’échelle.»

Ainsi, Iga Swiatek écope malgré tout d'une sanction: un mois de suspension. Comme elle a déjà purgé trois semaines lors de sa suspension provisoire cet automne, il ne lui reste plus que huit jours de ban à effectuer dès ce jeudi. Soit une suspension jusqu'au 4 décembre. Et ça tombe bien pour la tenniswoman: il n'y aura aucun tournoi jusqu'à cette date.

La trimétazidine, c'est quoi?

A l'origine, la trimétazidine est un médicament pour prévenir les angines de poitrine (manque d'oxygène dans le cœur). Elle a aussi été utilisée pour soigner les troubles visuels et les vertiges liés à des problèmes cardiaques.

La substance a été inscrite en 2014 sur la liste des produits interdits de l'AMA. Mais les experts semblent fortement douter de ses vertus à augmenter les performances sportives. C'est ce qu'explique le toxicologue Pascal Kintz, dans L'Equipe:

«Pour avoir bossé là-dessus (il a publié un article scientifique), il n'y a, dans la littérature médicale, aucun effet dopant décrit. On ne sait pas vraiment pourquoi l'AMA l'a ajouté sur sa liste. On a regardé s'il y avait des raisons de l'augmentation de la performance ou si le produit avait augmenté des capacités de récupération, mais il n'y a rien du tout.»

L'expert français se demande toutefois: «Est-ce qu'en y associant d'autres produits non présents sur la liste, cela peut permettre d'améliorer les performances?»

Son confrère Gérard Dine tente, toujours dans L'Equipe, de trouver une explication à la présence de la trimétazidine sur la liste des produits dopants:

«Si on pousse le raisonnement très loin, sans dire que c'est efficace, on peut imaginer qu'un sportif qui est au sommet de son utilisation énergétique, comme ça peut être le cas sur un programme de patinage où le sportif entre dans la filière anaérobie lactique, espère gagner un tout petit quelque chose en plus (amélioration de la fabrication énergétique de la contraction des cellules cardiaques). C'est pour ça que la molécule a été considérée possiblement dopante par l'AMA et c'est pour ça qu'elle continue de figurer sur la liste d'interdiction.»

Dans cet extrait d'interview, Gérard Dine fait référence à Kamila Valieva quand il évoque le patinage. La patineuse artistique russe a écopé d'une suspension de quatre ans pour un contrôle positif à la trimétazidine.

Pourquoi cette affaire est-elle restée secrète?

Comme dans le cas de Jannik Sinner, l'agence de lutte antidopage du tennis a attendu la fin de la procédure pour communiquer le contrôle positif d'Iga Swiatek. L'instance n'a donc pas expliqué la raison de l'absence de la Polonaise sur la tournée asiatique cet automne. La joueuse, elle, avait alors invoqué de la «fatigue», des «problèmes personnels» et «un changement de coach». «Tout n'était pas faux, mais tout était caché», observe L'Equipe.

Cette habitude du tennis à garder secret – au contraire de l'athlétisme, par exemple – des suspensions provisoires suite à des contrôles antidopages positifs exaspèrent certains suiveurs, qui souhaiteraient davantage de transparence. «Est-ce qu'il y a vraiment un intérêt réel du public supérieur à savoir ça par rapport à protéger la réputation d'un sportif dans le cadre d'une suspension provisoire?», interroge le directeur général de l'AMA, Olivier Niggli.

On peut aussi facilement imaginer que le tennis ne veut pas salir son image plus que de raison tant que l'affaire n'est pas définitivement tranchée (et sa gravité finalement atténuée, comme dans le cas de Swiatek).

Les réactions du milieu

Les réactions suite au communiqué publié jeudi par l'ITIA ne se sont pas faites attendre. Il y a, d'abord, celle de la principale intéressée. Iga Swiatek a publié un long message sur ses réseaux sociaux, accompagné d'une vidéo où elle se confie, face caméra:

«Je veux immédiatement partager avec vous ce qui est devenu la pire expérience de ma vie. Au cours des deux derniers mois et demi, j'ai fait l'objet d'une procédure ITIA stricte, qui a confirmé mon innocence. Le seul test de dopage positif de ma carrière, montrant un niveau incroyablement bas d'une substance interdite dont je n'avais jamais entendu parler auparavant, a remis en question tout ce pour quoi j'avais travaillé si dur toute ma vie. Aujourd'hui, tout a été soigneusement expliqué et, avec une ardoise propre, je peux retourner à ce que j'aime le plus.»

Mais tous les joueurs et joueuses ne compatissent pas avec la Polonaise. Simona Halep, par exemple, s'est offusquée de la sanction légère, selon elle, infligée à Swiatek par rapport à son propre cas. Pour rappel, la Roumaine – lauréate de deux titres du Grand Chelem – a été suspendue, fin 2022, pour quatre ans après un contrôle antidopage positif alors qu'elle plaidait une contamination à cause d'un supplément alimentaire.

epa10052189 Simona Halep of Romania reacts during the 4th round match against Paula Badosa of Spain at the Wimbledon Championships, in Wimbledon, Britain, 04 July 2022. EPA/TOLGA AKMEN EDITORIAL USE O ...
Simona Halep en veut à l'ITIA, dont elle estime les différences de traitement injustes. Image: keystone

En mars dernier, le Tribunal arbitral du sport (TAS) a réduit sa sanction de quatre ans à neuf mois, ce qui lui a permis de faire immédiatement son retour sur le circuit. Halep a écrit sur Instagram:

«Je me demande pourquoi une telle différence de traitement et de jugement? Je ne trouve pas et je ne pense pas qu'il puisse y avoir une réponse logique. Il ne peut s'agir que de mauvaise volonté de la part de l'ITIA, l'organisation qui a tout fait pour me détruire malgré l'évidence»

Le Canadien Denis Shapovalov (ATP 56) a aussi réagi sur X, laissant deviner son effarement devant la peine légère infligée à Swiatek:

«Un mois de suspension, hum...»

Le tennisman a précisé: «Ce n'est pas juste que Halep et d'autres joueurs ont eu des suspensions très longues pour des choses similaires. (...) Le règlement sur le dopage est injuste».

L'affaire Iga Swiatek n'a certainement pas fini de faire beaucoup parler...

Plus d'articles sur le sport

Les dix hommes chauves les plus sexy de l'année 2024
1 / 13
Les dix hommes chauves les plus sexy de l'année 2024
Le prince William a remporté la couronne 2024 de l'homme chauve le plus sexy de la planète.
source: sda / chris jackson
partager sur Facebookpartager sur X
Cette star brésilienne du footvolley est un chien
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Le chant des fans de Gottéron était passible de la peine de mort
Le fameux Ranz des vaches (Lyôba), entonné par toute la patinoire fribourgeoise en cas de victoire, a une très longue et riche histoire.

Tous les fans de Fribourg-Gottéron espèrent pouvoir chanter Lyôba ce mardi dans la BCF Arena, dès la fin du match contre Lausanne. Ça voudrait dire que leur équipe a gagné et qu'elle mène 2-0 dans cette demi-finale des play-offs.

L’article