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Vaud

Ces Romands ont participé à une course perdue d'avance

Ces Romands ont participé à une course perdue d'avance

Quatre traileurs racontent pourquoi ils ont fait cinq fois la même épreuve cet été, à la poursuite d’un chrono qui, une fois battu, en appelait toujours un autre.
13.09.2026, 07:0113.09.2026, 07:01

On imagine souvent que les coureurs amateurs cherchent avant tout à battre les autres ou à bien figurer au classement. Mais pour l’écrasante majorité de celles et ceux qui épinglent un dossard, l’enjeu est ailleurs. Leur premier adversaire, c’est le chronomètre: l’envie de battre leur meilleur temps est le moteur qui les fait courir.

Nous avons pu le constater cet été en nous penchant sur les statistiques du Challenge Videmanette, une course vaudoise dont nous vous parlions fin août et qui possède une particularité: chaque participant peut s’élancer de Rougemont (VD) quand il le souhaite entre juillet et août, et effectuer le parcours jusqu’à cinq fois. Or neuf coureurs ont justement pris le départ à cinq reprises.

De quoi surprendre, tant l’épreuve est exigeante, avec son chemin escarpé, sa longueur (7 km) et son dénivelé positif (1200m). Qu’est-ce qui a donc poussé ces participants à remonter si souvent, certains allant jusqu’à mettre le réveil aux aurores pour éviter les fortes chaleurs? Les quatre coureurs que nous avons interrogés donnent tous la même réponse: ils voulaient améliorer leur meilleur temps ou atteindre le chrono qu’ils s’étaient fixé.

Il vient exprès de Genève

Isabelle incarne parfaitement cet état d’esprit, elle qui s’était dite insatisfaite de sa première montée. A la question de savoir si ce sont ses sensations ou son chrono qui l’avaient déçue, sa réponse fuse: «Le chrono.» Lors de sa deuxième tentative, elle a amélioré son temps, puis de nouveau lors de la troisième. Elle s'est mise alors à rêver de terminer sous les 1h40. Un cap qu’elle n’est finalement pas parvenue à franchir.

Pour son ultime tentative de battre sa meilleure marque (1h30), Thierry est venu spécialement de Genève. «Ce n’est pas pour le regard des autres que je le fais, mais pour moi-même, par défi personnel», explique le coureur de 36 ans, qui n’a même pas consulté le classement général, tant son rang lui importe peu. Ce qu’il cherche avant tout, c’est à se dépasser lui-même, et à transmettre un message à ses deux enfants: avec du travail et de l’entraînement, on peut progresser. «Si j’avais pu monter six fois, je pense que je l’aurais fait», assure-t-il.

Dominique, 63 ans, était lui aussi prêt à remettre une pièce dans la machine et à tenter une sixième montée, avec un objectif bien précis: boucler le parcours en 1h13. Pourquoi 1h13? «C’était une limite que je m’étais fixée, car je marche, je ne cours pas, et je ne pense pas qu’on puisse aller beaucoup plus vite en marchant», explique-t-il.

Sisyphe en basket

Malgré un terrain exigeant, il dit aussi avoir pris goût au jeu des tentatives successives. «J’ai été meilleur à chaque montée: meilleure gestion de l’effort, on sait quand accélérer, quand garder ses forces.» A mesure que les passages s’enchaînent, la confiance grandit et, avec elle, la conviction qu’il sera possible de faire encore mieux la fois suivante. «On développe une meilleure stratégie, car on sait sur quels tronçons courir et sur lesquels marcher», ajoute Lucie, 43 ans.

Comme les autres participants que nous avons interrogés, Lucie ne court ni pour une récompense au classement général, ni pour récolter des «likes» sur les réseaux sociaux. On pourrait y voir une forme d’orgueil; c’est peut-être au contraire une fierté bien placée, mise au service du dépassement de soi et d’une activité physique qui s’étale sur deux mois. Une émulation d’autant plus mesurée que le règlement interdit d’effectuer deux montées chronométrées le même jour.

L’autre point commun entre Isabelle, Thierry, Dominique et Lucie, qui rêve de passer sous la barre de 1h18, tient à l’essence même du sport de compétition: chercher sans cesse à s’améliorer. A mesure qu’ils battent leurs précédents chronos, leurs exigences augmentent. «On n’en a jamais assez et on se dit qu’on peut toujours faire mieux», glisse Isabelle, avant d'ajouter:

«Ça marche souvent par dizaines: quand on passe sous 1h50, on se dit qu’on peut faire 1h40, et ainsi de suite»

Tous rejouent, à leur manière, une sorte de mythe de Sisyphe: ils se battent pour atteindre le sommet en sachant très bien qu’une fois arrivés en haut, il faudra recommencer. Soit parce qu’ils n’ont pas fait mieux que lors de leur précédente tentative, soit parce qu’en améliorant leur temps, ils ont franchi un nouveau palier, et trouvé du même coup un nouveau défi à leur mesure.

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