Le roi Zidane face aux périls
Il y a dans l’arrivée de Zinédine Zidane à la tête des Bleus un côté dynastique, en mode adelphique: la succession n’est pas entre un père et son fils, mais entre frères. La dynastie championne du monde 98, celle de la première étoile sur le maillot, reste au pouvoir. Allons directement au symbole et laissons aux spécialistes les aspects footballistiques de cette nomination.
Marseille a son président
A Marseille, il y a deux fresques géantes de Zizou, l’une sur la corniche, en direction des plages du Prado, l’autre à la Castellane, où il a grandi, gangrenée depuis plus de vingt ans par le trafic de drogue, comme d’autres quartiers nord de la cité phocéenne. Mais cela, la famille Zidane, avec le père venu de Kabylie en 1953 pour travailler dans le bâtiment, dix-neuf ans avant la naissance du futur génie du football, n’y est pour rien. Marseille, qui n'a pas bonne presse et qui a besoin de croire, peut exagérer à bon droit: son dieu Zizou, à présent, dirige la France.
Ironie de l’histoire: alors que, ces dix dernières années, les joueurs franco-algériens s’étaient fait rares en équipe de France sur fond de réputation d’ingérables, c’est le plus illustre d’entre eux qui en prend les commandes. L’occasion, peut-être, de passer à autre chose. Qui sait, dans les relations diplomatiques aussi. Depuis deux ans, Alger fait payer à Paris sa reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental. Elle a emprisonné l’écrivain Boualem Sansal avant de le libérer un an plus tard, mais elle garde en cellule le journaliste sportif Christophe Gleizes et c’est scandaleux.
Faire sauter le verrou
Tant mieux si la nomination de Zizou permet de faire sauter ce verrou. Mais ne lui rendons pas un très mauvais service en en faisant le rédempteur de l’histoire franco-algérienne. Prenons acte de cette marque d’optimisme qu’est l’accession d’un Français d’origine algérienne aux manettes de la plus importante des sélections sportives françaises. Cela revêt un sens encore plus particulier à neuf mois du premier tour de l’élection présidentielle, à la portée de l’extrême droite.
Quand le taiseux parle politique
Inversement proportionnel à son autorité, qu'on dit évidente, auprès des joueurs, le caractère taiseux de Zinédine Zidane plaide en sa faveur. Ses déclarations politiques sont rarissimes. Tout juste, mais c’était énorme de sa part, avait-il appelé à «éviter au maximum» le Front national à la présidentielle de 2017, alors que Marine Le Pen était opposée à Emmanuel Macron au second tour.
Le symbole «Zizou sélectionneur des Bleus» aura-t-il un effet dissuasif en 2027? On peut le penser ou l’espérer. Nul ne le sait. Gageons que les candidats, y compris peut-être la personne qui représentera le Rassemblement national, voudront tirer profit de l’équipe de France du roi Zidane, en l'instrumentalisant ou en criant à son instrumentalisation.
France fraternelle
Il reste qu’en nommant, comme tout le monde s’y attendait, aussi sûrement que le prince Charles succéderait un jour à la reine Elisabeth II, Zinédine Zidane à la place de Didier Deschamps, c’est le Black-Blanc-Beur de 1998 et avec lui l’idée d’une France fraternelle qu’on perpétue et que Dédé le Basque n’incarnait pas moins. Certains diront que tout cela, c’est du baratin, au vu de la double décennie qui a suivi la victoire de 98, faite d’émeutes et d’attentats. Mais on n’est pas obligé de donner raison au pire et encore moins de le vouloir.
