Voici comment Marlen Reusser s’est relevée de son calvaire
Sa cage thoracique lui fait mal, ses genoux et ses hanches sont écorchés. Les larmes aux yeux, Marlen Reusser, assise au bord de la route sur cette neuvième et dernière étape du Tour de France Femmes, se demande:
La question est légitime. Surtout qu'à cet instant précis, la Suissesse a déjà capitulé depuis longtemps, mentalement comme physiquement. La perte de son maillot jaune la veille, puis ses difficultés dès les premiers kilomètres de l'ultime journée de course, ont eu raison d'elle.
Entourée de ses coéquipières, Reusser trouve néanmoins la force de boucler les 58 derniers kilomètres. Elle rallie Nice, la colère, la frustration et la déception chevillées au corps. Avec plus de 20 minutes de retard sur les premières concurrentes, passant ainsi en quelques heures du jaune à la troisième place, puis du podium à un cruel 14e rang final.
Du positif et des «émotions accablantes»
Le lendemain de la course, la Bernoise de 34 ans avait raconté à quel point ce final l’avait sonnée et ébranlée. A la voir dans cet état, il était difficile de ne pas s’interroger sur la suite de sa carrière.
Un mois plus tard, Marlen Reusser déclare: «Bien sûr, je me pose sans cesse la question de savoir combien de temps encore je veux faire ça». Mais lorsqu’elle revient sur ces neuf jours en Suisse et en France, elle retient d'abord le positif.
Plusieurs chutes avaient compliqué sa préparation, si bien que le Tour était finalement devenu son premier grand rendez-vous de la saison. «Malgré ces problèmes, j’ai longtemps roulé au même niveau que mes concurrentes.» C'est vrai: Reusser a remporté le contre-la-montre, porté le maillot jaune pendant trois jours et lutté jusqu’au dernier week-end pour la victoire finale.
La Suissesse est convaincue de ne pas avoir encore exploité tout son potentiel. «J’ai toute une liste de choses sur lesquelles je peux travailler», explique cette médecin de formation, devenue professionnelle sur le tard. Alimentation, matériel, position sur le vélo, entraînements, séjours en altitude: elle passe chaque détail au crible, sans pour autant s’y perdre. Mais «au final, le ressenti joue un rôle important». Elle ne se fiera jamais exclusivement aux données.
Malgré tout, Marlen Reusser a beaucoup ressassé cette fin de Tour malheureuse dans les jours et les semaines qui ont suivi. «Je me suis tellement donnée à fond. Je suis si souvent allée au-delà de mes limites. Je me suis complètement vidée, pendant la course, mais aussi à l’entraînement en amont», confie-t-elle. Il y a donc eu «de la frustration, de la déception et comme un choc».
Guidée par une maxime
Reusser a eu du mal à tourner son regard vers l’avenir. Après une semaine de pause, le déclic est finalement venu d’un proverbe lu dans un calendrier: «Move your Body and your Mind will follow». Autrement dit: bouge ton corps et ton esprit suivra. Mais appliquer ce principe n’a rien eu de simple. Lorsque sa première séance un peu plus intense est arrivée, elle a tout simplement fait demi-tour après seulement quelques mètres. «Ce n’était pas encore possible.»
Cet après-Tour compliqué a eu des conséquences sur sa préparation en vue de la fin de saison. L’année dernière, la Bernoise s’était entraînée pour les Championnats du monde au col de la Bernina. Cette fois, elle a choisi de rester chez elle, en Andorre.
Invaincue en chrono depuis trois ans
Ce choix de rester à la maison semble avoir porté ses fruits. Désormais, elle se sent reposée, physiquement et surtout mentalement. Une bonne nouvelle, à dix jours du deuxième grand rendez-vous de sa saison: le contre-la-montre des Championnats du monde à Montréal. Les Suissesses se trouvent déjà au Canada.
Depuis son abandon, il y a trois ans, aux Mondiaux de Stirling en raison d’un blocage mental («Je n’avais pas envie», dit-elle), la championne du monde et d’Europe du contre-la-montre a remporté tous les exercices chronométrés sur terrain plat. Justement, avec ses 40 kilomètres et ses 195 mètres de dénivelé, le chrono des Mondiaux 2026 semble taillé pour elle. Son 35e anniversaire tombera le jour de la course. Elle y voit une jolie coïncidence.
Même dans la course en ligne, six jours plus tard, Reusser peut nourrir des espoirs de médaille. Le profil sélectif devrait progressivement réduire le peloton et permettre à la Bernoise ainsi qu’à l’autre leader suisse, Noemi Rüegg, de se distinguer. Le relais mixte offrira une autre chance: en 2022 et 2023, la Suisse avait été sacrée championne du monde, avec la coureuse de Movistar dans ses rangs.
Il y a un mois, Marlen Reusser était assise, épuisée et en larmes, sur le bord de la route près de Nice. Un mois plus tard, elle s’apprête à retrouver les podiums, à Montréal.
