L'échec du ski suisse féminin aux JO cache un problème plus grave
Une image nous revient lorsqu'on jette un coup d'œil dans le rétro du début de saison: Stefan Ablanalp, le chef de la vitesse des dames, laissait éclater sa joie lorsque Malorie Blanc venait de passer en tête lors du super-G de Crans-Montana, juste avant les JO. Une joie qui sonnait comme un cri de soulagement.
Derrière le rayon de soleil valaisan du 31 janvier se cachent des zones d'ombre de plus en plus pesantes. La réalité, froide et implacable, s'impose: les lacunes de l'équipe féminine de Swiss-Ski ne datent pas d'hier. En football, on dit qu'une grande équipe se juge à la profondeur de son banc. Celui des cadres féminins de Swiss-Ski est bien mince – et la blessure de Lara Gut-Behrami le révèle avec brutalité.
La Tessinoise a nourri ces dernières années le« syndrome Marcel Hirscher» qui a frappé l'équipe autrichienne masculine. Une fois sa retraite actée, le flambeau a été bien difficile à reprendre pour les Feller, Schwarz et cie.
Nous l'écrivions déjà en décembre 2023. Les carences étaient visibles, on les soulignait et les craignait. Lors de l'exercice de 2025/2026 et spécialement lors de ces JO de Milan-Cortina, c'était un schéma précis de nos craintes pour le futur de l'équipe féminine. Corinne Suter n'est pas pleinement remise; Malorie Blanc apprend; Jasmin Flury rame et Janine Schmitt manque encore de kilomètres. Ça, c'est pour la vitesse.
En technique, dans sa globalité, Rast a joué les arbres qui cachent la forêt avec cette médaille d'argent en slalom. Holdener a fini 4e et reste une valeur sûre. Mélanie Meillard, après un début de saison décevant, a montré de bonnes choses (7e). Et derrière, plus rien.
Dans Blick, Walter Reusser, co-directeur de Swiss-Ski, ne passait pas par quatre chemins:
C'est précisément cela. Les mots sont choisis avec soin, pesés et repesés, rien n'est laissé au hasard.
Michelle Gisin, précieuse pourvoyeuse de gros résultats quand elle est sur les skis mais une nouvelle fois blessée, confiait déjà en 2023 son incompréhension face à ce problème de relève: «C'est une très bonne question, que je me pose souvent et dont je n'ai pas la réponse.»
Ce que Gisin exprimait au singulier est devenu une réalité plurielle et préoccupante: les réponses manquent. Amputé de ses têtes d'affiche, le ski alpin féminin suisse a glissé en fond de classement. Sur les pentes olympiques, le drapeau à croix blanche s'est trop souvent affiché dans le dernier wagon.
Aujourd'hui, la Suisse manque cruellement de relève. Certes, Malorie Blanc apprend et s'annonce comme une future pierre angulaire de l'équipe nationale, Sue Piller développe un ski de qualité et progresse rapidement, et Dania Allenbach pourrait bientôt briller en géant. Mais le constat reste amer: trop souvent, des athlètes arrivent en trombe, décrochent des titres juniors, puis s'évaporent.
La sauce ne prend pas. Blessures à répétition, manque de confiance – les carrières s'effritent avant même d'avoir décollé. On pense à Noémie Kolly, qui a raccroché les skis, à la talentueuse Delia Durrer, qui stagne, à Stéfanie Grob, brillante en Coupe d'Europe mais qui coince au plus haut niveau. Sans oublier Alina Danioth, qui se bat pour revenir après une énième blessure.
Toujours dans Blick, Reusser confiait que Swiss-Ski a «beaucoup cassé» et «grillé» des talents. «Maintenant, on en pâtit», assénait-il.
Tandis que l'Italie se dote méthodiquement d'un collectif féminin appelé à dominer les prochaines saisons, la Suisse doit reconstruire sur de nouvelles fondations. La tendance est préoccupante, mais rien n'est irrémédiable: ce creux peut encore être lu comme une parenthèse, un moment charnière avant un renouveau.
