Covid, gangster, USA: les dessous de la nouvelle affaire Embolo
Breel Embolo a reçu une offre alléchante en février 2021. A l’époque, il jouait encore au Borussia Mönchengladbach. Une connaissance, Ertan Y. (nom modifié), lui a alors demandé s’il souhaitait acheter un certificat de test Covid.
Embolo a accepté. Le 9 février 2021, il a reçu par WhatsApp deux faux certificats permettant de voyager: un pour lui et un autre pour une connaissance.
Les certificats avaient été établis par une employée d’un laboratoire bâlois. Elle réalisait sur elle-même des prélèvements nasaux et pharyngés, puis soumettait les échantillons à l’analyse sous de fausses identités. Elle fabriquait également de faux certificats à l’aide d’un modèle Word qu’elle adaptait avant de convertir les documents en PDF.
Ertan Y. appartenait au gang de motards «Hells Angels». Dans le cadre d’une vaste enquête sur la criminalité organisée, le ministère public a intercepté ses conversations. C’est ainsi qu’il a découvert l’identité de Breel Embolo. Par pur hasard. Les faux certificats à son nom ont été révélés en 2024, lors du procès pénal contre Ertan Y.
On ignorait jusqu’à présent comment cette affaire s’était terminée pour Embolo. Les recherches du Schweiz heute, média du même groupe que watson (CH Media), apportent désormais des réponses: le 25 novembre 2025, le ministère public bâlois a rendu une ordonnance pénale à son encontre pour incitation répétée à la falsification de titres. Le joueur a été condamné à une peine pécuniaire avec sursis de 20 jours-amende à 3000 francs. Le délai d’épreuve est de deux ans.
Interrogé à ce sujet, Breel Embolo joue la carte de la transparence. Il souligne que l’ordonnance pénale porte pour l’essentiel sur des faits dont les médias avaient déjà connaissance. Il écrit:
La raison de son retard au Mondial?
Ce même mois de novembre 2025, la condamnation d’Embolo pour menaces répétées est devenue définitive. Lors d’une altercation verbale en 2018, il avait menacé deux hommes de les faire passer à tabac. Le Tribunal d’appel de Bâle a publié le jugement en avril 2026.
En juin 2026, Embolo a manqué le vol de la Nati pour les Etats-Unis, les autorités américaines n’acceptant pas l’entrée simplifiée sur leur territoire aux personnes ayant des antécédents judiciaires. Jusqu’ici, on pensait que sa condamnation pour menaces était à l’origine du problème. Mais l’ordonnance pénale pour incitation à la falsification de titres pourrait elle aussi avoir entraîné des vérifications supplémentaires.
Finalement, Embolo a obtenu son visa avant le premier match du Mondial, ses actes n’ayant pas causé de dommages graves.
Dans ce nouveau dossier, un élément plaide en sa faveur: il n’est pas établi qu’il ait utilisé ce certificat falsifié. Ce dernier n’avait en tout cas rien à voir avec la Nati ou son club. Il concernait uniquement un voyage personnel.
Il est également établi qu’il n’a pas dissimulé une infection grâce à la falsification. Trois jours avant et cinq jours après l’établissement du certificat, il a joué avec le Borussia Mönchengladbach contre Cologne et Wolfsburg. Cela n’était possible qu’avec des tests négatifs, que le club effectuait plusieurs fois par semaine. Ces résultats ne faisaient toutefois pas office de certificats de voyage.
Il convient par ailleurs de préciser qu’Embolo a acheté les documents à une époque où seules les personnes à risque pouvaient se faire vacciner. Dès que cela lui a été possible, il s’est fait vacciner à trois reprises.
Le cas d’Embolo n’est pas comparable à celui de Xhaka
L’affaire Embolo diffère de celle de Xhaka. Embolo a fait falsifier des certificats de tests. Xhaka, lui, est soupçonné d’avoir acheté un faux certificat de vaccination.
Dans le cas de Xhaka, l’affaire n’a été révélée par Blick qu’après sa sélection pour la Ligue des nations. Dans celui d’Embolo, l’ordonnance pénale n’a été rendue publique que ce vendredi, mais les faits à l’origine de l’affaire étaient déjà connus.
La procédure visant Embolo est définitivement close. Celle concernant Xhaka est toujours en cours, raison pour laquelle la présomption d’innocence s’applique toujours à son égard, et ce, même si le joueur a fait ses aveux sur Instagram.
Xhaka n’a pas de casier judiciaire. Embolo, lui, compte désormais quatre condamnations définitives. Les autres concernent des infractions routières, comme l’avaient montré de précédentes recherches.
Le capitaine a personnellement décidé de prendre une pause avec l’équipe nationale en raison de son affaire. Embolo, lui, devait rejoindre le camp de la Nati après le premier match. Il était initialement prévu qu’il soit absent samedi contre la Macédoine du Nord, puisqu’il est suspendu à la suite de sa simulation contre l’Argentine. Il manquera finalement l’ensemble du rassemblement, sur décision de l’Association suisse de football (ASF).
Un criminel s’est immiscé dans le milieu du foot bâlois
Embolo et Xhaka sont liés par une longue amitié, qui remonte à leur période commune au FC Bâle. Leurs cercles de connaissances se recoupent.
Tous deux avaient un jour félicité Ertan Y. pour son anniversaire dans des vidéos parues sur Instagram. Celui-ci présentait les messages des stars du football comme des trophées. Il a rencontré Embolo ainsi que le père de Xhaka dans des restaurants de luxe, s’y est fait photographier et a publié les images sur le réseau.
L'homme s’est également affiché avec Murat Yakin. Le sélectionneur lui confiait des montres de luxe et voulait acheter, par son intermédiaire, une Rolex Daytona en or à Embolo. Ces contacts ont été révélés lors de son procès pénal.
A l’époque, les footballeurs ignoraient qui était réellement Ertan Y. Ils auraient toutefois pu s’en douter. Il s’était fait tatouer l’inscription «Hells Angels» sur tout l’avant-bras et ne cachait pas cette marque devant les appareils photo. Le gang de motards est connu internationalement pour ses liens avec la criminalité organisée.
Si Embolo n’avait pas donné son numéro de téléphone à cet homme, il n’aurait pas reçu cette offre alléchante et n’aurait été confronté ni à la tentation ni à l’embarras. Dans cette affaire, il peut heureusement compter sur la compréhension de son sélectionneur et de son capitaine.
