«Payez un verre»: Trump, héros inattendu au royaume du golf irlandais
«Si Donald Trump descendait la rue, je lui dirais: "Bienvenue à Doonbeg"»: dans ce village de la côte atlantique irlandaise, le président américain, largement impopulaire dans le reste du pays, est avant tout considéré comme le propriétaire d'un golf, source de retombées économiques bienvenues.
Donald Trump se trouve actuellement en Irlande pour une visite de deux jours. Après une brève étape à Dublin, il a gagné cette bourgade de 784 habitants à l'ouest du pays et son complexe de golf appartenant à la Trump Organization, sa holding familiale, où l'Irish Open a débuté jeudi.
Le président américain assiste actuellement au tournoi, qui attire chaque année entre 70 000 et 75 000 spectateurs, et doit remettre le trophée au vainqueur dimanche soir.
Comme à Dublin, où une manifestation d'opposition baptisée «No Welcome for Trump» (Pas de bienvenue à Trump) a eu lieu samedi, un rassemblement a lieu près de Doonbeg. Les organisateurs dénoncent notamment les positions du républicain sur Gaza, l'immigration et le changement climatique.
Le parcours de golf, qui serpente au milieu d'imposantes dunes le long de la côte sauvage du comté de Clare, a déjà été visé à deux reprises par des militants pro-palestiniens au cours des 18 derniers mois. Comme un autre golf de la famille Trump en Ecosse l'an dernier.
Sur place, la sécurité a donc été considérablement renforcée: selon des sources sécuritaires, le dispositif est l'un des plus complexes jamais déployé dans le pays. Environ 4000 membres des forces de sécurité irlandaises et américaines sont mobilisées tout au long de son séjour, ainsi que des technologies antidrones.
Village «dynamisé»
Mais à Doonbeg, où le complexe Trump emploie environ 300 personnes au plus fort de la saison touristique, peu de voix s'élèvent contre le président américain.
Rita McInerney, conseillère municipale et propriétaire d'un café, estime que le golf, fréquenté par beaucoup d'Américains, injecte chaque année quelque six millions de livres (près de 6,7 millions de francs) de salaires dans l'économie locale, auxquels s'ajoute un montant similaire via l'achat de biens et de services.
Les jeunes y trouvent notamment des emplois saisonniers. «On raconte que le complexe a permis à la moitié de la population (du comté) de Clare de faire des études supérieures», ironise l'élue en servant un Americano à un client depuis sa camionnette-café.
Dans une vitrine voisine, une affiche représente le président américain coiffé d'une casquette rouge portant le slogan MAGA des partisans de Trump adapté au golf: «Make Birdies Great Again». Au golf, un joueur fait un birdie lorsqu'il termine un trou avec un coup inférieur à celui du par.
Les liens entre la communauté locale et le parcours de golf remontent à avant l'arrivée de Donald Trump. Tommy Comerford, militant associatif, faisait partie du groupe local qui, dans les années 1990, a porté l'idée de construire un complexe de golf afin de créer des emplois et d'enrayer le déclin économique. Des promoteurs américains ont finalement construit le parcours, ouvert en 2002.
Donald Trump a racheté le complexe en 2014, alors qu'il était en difficulté. Il y était venu en visite en juin 2019, lors de son premier mandat à la Maison Blanche.
«Beaucoup de choses indépendantes de notre volonté se sont produites ces dernières années», explique Tommy Comerford à l'AFP devant son pub, dans la rue principale de Doonbeg.
A ses yeux, la politique de Donald Trump et son rôle d'investisseur local sont deux sujets distincts. Pour lui, le président américain est «le bienvenu à Doonbeg en tant qu'investisseur qui a dynamisé notre économie locale et créé des emplois».
Eric Trump, le fils de Donald Trump qui supervise les activités golfiques de la famille, est un visiteur plus régulier et une figure familière dans les rues de Doonbeg.
Kevin Bridgeman, un retraité du village, affirme qu'il n'hésiterait pas à saluer Donald Trump si leurs chemins se croisaient. «Je lui dirais "Bienvenue à Doonbeg", puis je dirais, "C'est votre tournée. On va au bar et vous me payez un verre!"», lance-t-il en souriant.
(afp/roc)
